Gagner sa vie à travers la musique au Malawi

Par Gregory Gondwe

Réussir à gagner sa vie en tant que musicien au Malawi  n’est pas une chose aisée car l’industrie est désorganisée et avec peu de réglementations, conduisant à une perte de revenus potentiels pour le secteur. Cependant, il y a des activités qui permettent à un artiste de générer des revenus. Ce texte  donne un aperçu de celles-ci.

Chibuku Road to Fame, 2014. Photo: timesmediamw.com
Chibuku Road to Fame, 2014. Photo: timesmediamw.com

Des offres spéciales d’enregistrement

Le Malawi n’a pas de labels et des studios d’enregistrement professionnels[i]. Il n’y a donc pas de réelles offres de contrats d‘enregistrement sauf à quelques occasions où un groupe d’artistes fait équipe pour offrir des contrats d’enregistrement à des artistes-interprètes ; malheureusement si ceux-ci sont souvent temporaires. Le Malawi a beaucoup d’espaces d’enregistrement informels appelés à tort studios. La plupart des musiciens d’ailleurs établissent de tels espaces eux-mêmes. Dans le quartier de Lilongwe  appelé Area 23, il y a plusieurs endroits qui sont appelés studios mais qui ne remplissent pas les critères d’un studio professionnels. Par exemple, un de ses fameux studios utilise des couvertures suspendus par quelques cordes pour l’insonorisation ainsi qu’un microphone ordinaire provenant d’un magnétophone, enveloppé dans de la mousse et suspendu au plafond ! De tels studios d’enregistrement de fortunes sont nombreux!

La vente et la distribution de disques

Dans le passé, les musiciens enregistraient dans les studios de fortune cités ci-haut ou dans des studios professionnels tels que Andiamo Studios[ii] (appartenant à l'Eglise catholique, appelé Alleluya Studios maintenant[iii]) ou encore MC Studios. Ils se rendaient ensuite avec la copie de cet enregistrement à Afri Music Company[iv] (connu sous de OG Issa) pour la duplication et la distribution de leurs albums. Cette société était responsable de la distribution d’albums ces 30 dernières années avec sept points de vente en gros qui fournissaient les détaillants. C’est dans ces points de ventes que les vendeurs de rue se fournissaient. A cette époque, les vendeurs venaient de partout dans le pays pour acheter des albums cassettes pour la revente. Depuis la fermeture de la compagnie en 2012, les musiciens ont eu du mal à écouler leurs albums. Dans le passé, un artiste pourrait vendre jusqu’à 600 000 exemplaires d’un album, mais maintenant ils peuvent à peine vendre même 500 exemplaires (selon une interview avec Dorah Makwinja, DG de la COSOMA (Copyright Society of Malawi).

Dernièrement, il y a eu l’introduction de la vente en ligne et des plateformes de streaming tels que www.malawi-music.com la première plate-forme en ligne pour diffuser la musique locale[v]. Toutefois, une majorité de la population n’as pas accès à ces plateformes en raison de l’accès limité à internet et un manque de connaissance des transactions par carte de crédit. En Février 2015, un Malawite qui a étudié à Glasgow a lancé www.mvelani.com (ce qui veut dire en chichewa « écouter), que les médias internationaux ont appelé à tort « la première plateforme africaine de streaming[vi] ». Déjà, il a des problèmes avec certains musiciens locaux. Lawi, l’un des musiciens les plus populaires au pays, lui a demandé d’arrêter de diffuser sa musique parce que, comme pour la plupart des artistes locaux dont la musique est disponible sur le site, leur avis n’a jamais été demandé[vii].

Les prestations live et les tournées

Actuellement, les musiciens ne sont plus dépendants des ventes de leurs albums sur le marché, mais sont plutôt obligés à faire des prestations live fréquentes afin de gagner de l’argent. En raison de la baisse des revenus provenant des ventes de disques, la plupart des musiciens organisent des spectacles dans différents endroits du pays tout au long de l’année (avec un peu de temps de repos ou pour de nouvelles productions). Un défi majeur à cet égard est le manque de matériels de qualité. Des entrepreneurs ont vu le besoin d’investir dans ce domaine en faisant louer du matériel aux musiciens. Il y a au moins trois maisons de location connus localement. Il s’agit de d’Entertainers Promotion[viii] de l’avocat Jai Banda[ix], l’ingénieur du son Lemekeza Phiri[x], ainsi que Mibawa One Stop Multimédia and Events Centre, qui appartient au promoteur John Nthakomwa[xi].

La collection de redevances

La société de droits d’auteurs du Malawi, COSOMA[xii] en sigle, a été créé en 1992 et elle est régie par la loi sur les droits d’auteur de 1989, qui protège les droits d’auteur et les droits voisins au Malawi.

Il y a trois manières à travers lesquelles les musiciens peuvent percevoir les redevances. Tout d’abord,  la COSOMA perçoit des redevances mécaniques qu’il donne à un artiste après qu’il ait enregistré avec une maison de disques. Deuxièmement, il y a les redevances de radiodiffusion qui proviennent de la diffusion de la musique d’un artiste à travers une station de radio ou de télévision. Troisièmement, il y a des droits d’exécution publique, qui comprend les redevances que l’artiste gagne lorsque sa musique est jouée dans les lieux publics comme les bars, les transports publics, les hôtels, etc.

Selon Dora Makwinja, DG de la COSOMA, ceux-ci conservaient les chiffres des ventes d’albums par les distributeurs agréés, en particulier ceux qui possèdaient des licences. Elle affirme que quand Afri Music Company était encore dans le marché de production et de distribution de la musique, ils disposaient d’une bonne base de données sur les ventes de disques. Ceci était vrai également pour d’autres compagnies parce qu’il y avait une sorte de contrôle. Makwinja affirme que ce système était bénéfique pour les musiciens. Par exemple, en 2009 le musicien Laurent Mbenjere a établi un record lorsqu’il est devenu le premier musicien à percevoir  plus de Kwasha 2.5 millions (plus de $ 5700) en redevances[xiii]. Maintenant, avec les marchés parallèles où les musiciens vendent également leurs œuvres, il est devenu difficile d’avoir des données complètes sur les ventes. Cela conduit à une énorme perte de revenus provenant des redevances.

Il existe de nombreux défis en matière de collecte de redevances, en particulier dans le domaine de la radiodiffusion. Certaines stations de radio, y compris la Malawi Broadcasting Corporation, propriété de l’Etat (MBC)[xiv], ne versent pas régulièrement les redevances[xv]. En 2013, la MBC devait à la COSOMA K45 millions (plus de $100.000)[xvi]. Pour résoudre ce problème, l’Autorité de régulation des communications du Malawi (Macra)[xvii] a annoncé qu’elle a acquis un système de gestion de réglementation des TIC consolidé. Rosario Kamanga, directeur des licences à  la COSOMA, souligne que cela va les aider à gérer les redevances de radiodiffusion parce que certaines chaines de radiodiffusion ne déclarent pas si elles ont joués ou non la chanson d’un tel artiste, ni  le nombre de fois qu’elles l’ont joué.’[xviii].

Autres opportunités de gagner des revenus

Les concours de talents organisés par des entreprises locales en collaboration avec des musiciens de l’Union du Malawi (MUM)[xix]  sont d’autres opportunités pour les musiciens locaux de gagner des contrats et de l’argent.  On peut citer le concours Chibuku Road to Fame, où des musiciens en herbe sont en compétition pour un contrat d’enregistrement, une tournée à l’extérieur du pays, ainsi qu’une somme d’argent[xx]. Il y a aussi le concours Crossroad Competition où les artistes participants participent à des ateliers tandis que le gagnant reçoit une bourse d’étude et la possibilité d’assister à des festivals internationaux[xxi].

Dora Makwinja de la COSOMA dit que son institution a facilité un certain nombre d’ateliers pour les musiciens ainsi que pour d’autres artistes dans diverses disciplines artistiques. Par exemple, en 2013, ils ont organisé deux ateliers – l’un sur la gestion des entreprises créatives et un autre sur la performance et la contribution économique des industries du droit d’auteur au Malawi. Cette formation peut équiper les musiciens avec des compétences et des connaissances nécessaires et leur permettre de gagner de l’argent à travers leur musique.

Certaines organisations internationales ainsi que des compagnies locales sont également une source potentielle de revenus. Certains artistes ont lancés des projets comme l’artiste de hip-hop Third Eye, qui a lancé divers projets musicaux avec l’Unicef, Goethe-Institut, le British Council, Coca-Cola ainsi que Raising Malawi de Madonna[xxii] et d’autres organisations similaires. Les sociétés de télécommunications  collaborent régulièrement. Maskal, chanteuse de RnB est l’ambassadrice de la marque Access Communications Limited, tandis qu’Airtel Malawi soutient le rappeur Piksy,

En 2011, l’ambassade américaine au Malawi a également participé à la promotion musicale locale. Le 26 Septembre 2011, l’ambassade a organisé un atelier de cinq heures de guitare basse. Chris Baio du groupe de rock américain Vampire Weekenda a animé cet atelier dans un contexte d’apprentissage stimulant pour les joueurs de tous niveaux qui ont été exposés à divers styles et techniques de la guitare basse[xxiii]. Quelques mois plus tard, le 30 Novembre 2011 et en commémoration de la Journée mondiale du sida, l’ambassade a présenté «Mau a Malawi: Stories of AIDS», une performance musicale  Andrew Finn McGill de la Fondation Fullbright avec le musicien Peter Mawangasa et son groupe le aMaravi Movement au Crossroads Hôtel Auditorium.

Le gouvernement du Malawi est en train d’essayer d’introduire la musique comme une carrière à l'université technique du pays (selon une interview avec Luis Msasa, porte-parole de l’Autorité chargée de l’entrepreneuriat, l’éducation et la formation professionnelle et technique (TEVETA)[xxiv], une initiative qui pourrait transformer l’industrie de la musique du Malawi. L’autre solution possible est d’introduire un département divertissement et loisirs au niveau des villes, municipalité, conseils et district.

Il est évident que l’industrie de la musique au Malawi a assez de talents pour accéder à la scène internationale. Tout ce qui est requis est d’apporter de l’ordre dans le secteur afin que chaque partie de l’industrie  (de l’identification des talents à travers les écoles de musique au développement du marché grâce à la promotion, la vente de disques  et les contrats) travaillent étroitement et permettent aux musiciens de convenablement gagner leur vie.


[i] Johnson, T. “Malawi’s Emergent Music Industry”.Rhythm of Life. http://roluk.org/Malawi%20Music%20Industry%20.pdf

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