Gagner sa vie en tant que musicien au Ghana

Par Charles Amoah

Est-il possible de gagner sa vie en tant que musicien au Ghana ? Ce texte analyse les différents moyens pour les musiciens, de gagner sa vie honnêtement ainsi que les différents types d’emplois disponibles dans le domaine.

Photo: Ghana Gist
Photo: Ghana Gist

L’héritage culturel riche et varié du Ghana a inspiré beaucoup de musiciens et instrumentistes talentueux. Ces fondations ont aidé beaucoup d’autres à émerger facilement dans d’autres styles et genres de musique. Ces musiciens  étaient des joueurs occasionnels qui ne gagnaient probablement pas beaucoup mais qui ont évolué en des groupes et musiciens professionnels.  De plus, l’augmentation d’espaces de divertissement et de musique live a créé une forte demande pour des musiciens qualifiés à travers le pays ; ceci en retour a stimulé la concurrence et la créativité.  Les orchestres effectuaient fréquemment des tournées. Celles-ci garantissaient aux musiciens du travail régulier. Ces succès commerciaux ont malheureusement rendu les leaders d’orchestres plus populaires et mieux payés en comparaison aux autres musiciens du groupe. Cela nécessitait donc le besoin de catégoriser les talents et la reconnaissance individuelle ainsi que les rétributions appropriées pour leurs contributions. Ces agitations, couplées à des turbulences économiques des années plus tard, ont poussé beaucoup de ces musiciens à se lancer dans  des carrières solo localement et à l’international. Cet exode a de bons et mauvais côtés car d’une part, le pays a perdu beaucoup de musiciens talentueux mais d’autre part, certains d’entre eux sont revenus plus populaires et expérimentés et ont contribué  à raviver la scène musicale au début des années 80 et après.

Cependant, avons-nous maintenu cet élan et créée plus d’emplois ?

Les ventes physiques

Beaucoup des groupes de musique au Ghana créaient et produisaient des albums périodiquement. L’industrie avait aussi des représentations de quelques grands labels et maisons de disques internationaux. Leur départ et la rupture de beaucoup de groupes due à des turbulences économiques et sociales dans le pays a ralenti la croissance de l’industrie musicale. Le déclin global de ventes de CD et la recrudescence du piratage ont d’avantage empiré le problème.  Dans l’espoir de gagner sa vie, quelques artistes ont opté pour la production de singles, les vendant extensivement pour générer de la demande pour des concerts live et quelques recettes. Peut-être les investissements minimums sur des singles sont plus simples à récupérer et équilibrer que d’investir dans un album entier et les voir rester en kiosque.

La vente en ligne

Les musiciens ghanéens  commencent de plus en plus à prendre en compte l’internet pour la vente de leur musique. C’est vraiment un outil de vente qui crée de la visibilité pour les artistes  et des offres d’emploi, particulièrement à l’étranger. Malgré cela, des retours minimes ainsi que l’absence de systèmes de paiement standards, présentent des obstacles à ce succès.

Les performances live

Les concerts et performances live sont vraiment les principaux secteurs où l’on peut se faire de l’argent en tant que musicien.  Malgré qu’il semble y avoir une augmentation des concerts live, surtout dans l’industrie du hip-hop et de la musique hip life, la tendance actuelle à n’utiliser que des DJ ou à faire du play-back pour réduire les couts n’améliore pas une industrie déjà en difficultés. Des concerts à grand budget aurait été une option pour les musiciens de gagner convenablement leur vie.

PS : Il y a une confusion lorsqu’on parle des revenus des artistes au Ghana. En général, les gens se réfèrent aux chanteurs et rappeurs et non pas aux musiciens (instrumentistes) qui accompagnent les artistes principaux.

La plupart des musiciens font des concerts pour gagner leur vie. Ces concerts aident aussi les musiciens en devenir à gagner en expérience pratique et à perfectionner leurs compétences professionnelles. Mais la scène nocturne au Ghana a souffert après le coup d’état de 1966 et l’instauration d’un couvre-feu ainsi que  de nombreuses perturbations sociales. L’instabilité économique a résulté dans la fermeture de beaucoup d’espaces de divertissement et une perte d’emploi pour les musiciens. 

Il y a eu une renaissance graduelle de la musique live au Ghana à partir des années 1990. Malgré cela, la croissance est minime en comparaison au nombre de musiciens disponibles. Des musiciens individuels s’unissent pour un concert ou un contrat particulier, rendant les sélections très subjectives et bénéficiant principalement aux mêmes groupes de personnes. Un secteur intéressant pour la musique live et qui se développe rapidement  semble être les églises. L’inclusion de musique live dans les louanges et la recrudescence de concerts gospels créent de l’emploi  pour les musiciens.

Sessions d’enregistrement en studio

La technologie a sans aucun doute eu un impact important  pour le musicien professionnel. Un secteur évident est celui des studios où les ordinateurs et séquenceurs ont remplacé les musiciens de session. Au Ghana, les sessions d’enregistrement sont non seulement inexistantes, mais les critiques déclarent que le déclin d’intérêt pour les enregistrements en studio a résulté dans l’extinction rapide d’artistes et d’instrumentistes de session en général, en particulier pour les instruments rares tels que le hautbois, le saxophone, la clarinette, le trombone et la flûte entre  autres.

L’éducation musicale

Les grands pionniers de la musique ont démontré au fil des années les avantages d’une vraie éducation musicale. En dehors des outils pratiques et théoriques qu’un musicien développe, une des récompenses évidentes est  la possibilité de gagner sa vie en enseignant dans des institutions musicales ou en donnant des leçons particulières. Dans ce cas, l’éducation et l’expérience vont de pair. Afin de maximiser son potentiel de gain, un musicien  doit pouvoir jouer ou enseigner  plus d’un instrument. De plus un enseignant de musique doit savoir lire et transcrire la notation et avoir une bonne compréhension des différents styles et genres musicaux.  Il est dommage que la musique ne soit pas une priorité dans la plupart des  programmes pédagogiques au Ghana ; celle-ci a même été complètement éliminée dans certaines écoles et cette filière, pourtant essentielle, a complètement disparu. Certains défendent que c’est la raison pour laquelle  nous avons besoin de former de nouveaux enseignants, établir des académies de musique et promouvoir le retour de l’éducation musicale.

Autres sources de revenus

Des industries voisines telles que le cinéma, le théâtre, la télévision et la publicité sont d’importants secteurs qui peuvent fournir une source de revenus pour les musiciens professionnels. Les artistes talentueux peuvent gagner de l’argent en contribuant à des bandes sons, en composant ou en ayant leurs chansons utilisées dans des publicités à la télévision. Mais la pratique consistant à utiliser de la musique ou des chansons modifiées comme jingle dans les publicités, au lieu du morceau original, diminuent les chances de revenus des musiciens locaux mais freine aussi la créativité et la croissance de l’industrie.

Les réussites

Des conditions sociales favorables, des opportunités d’emploi à l’international et  les moyens d’investir dans les entreprises liées à la musique semblent être les recettes pour le succès de certains musiciens au Ghana tels que Dr. K Gyasi, Koo Nimo, Kofi Ghanaba, Ebo Taylor et Osibisa. Mais pouvons-nous vraiment dire qu’ils ont gagné leur vie au Ghana lorsque presque toutes ces réussites découlent de leur travail dans des pays étrangers ?  De plus certains sont restés basés à l’étranger pour leur carrière.

Si gagner sa vie en tant que musicien au Ghana se mesure  par le nombre de concerts ou de performances, dans des festivals par exemple, il n’y a définitivement pas assez de travail pour qu’un musicien puisse vivre de sa carrière.  Alors que des musiciens tels que Hugh Masekela, George Benson, Herbie Hancock ou U2 se produisent encore régulièrement, beaucoup de leurs pairs au Ghana peine à gagner leur vie et meurent pauvres parce qu’il n’y a aucun travail pour eux. Ceci  a poussé la présente administration de l’union des musiciens locale (Musicians Union of Ghana- MUSIGA)[i] à créer un fond pour aider les musiciens âgés dans le besoin.

Quelques solutions

Les  acteurs   de l’industrie musicale doivent continuer à exiger des changements pour générer des emplois. Il faut créer  des académies de formation capables de produire des professionnels compétitifs sur le plan international. Les structures de l’industrie, les pratiques et les standards internationaux doivent être adéquatement mis en œuvre et maintenus. Les syndicats, les sociétés collectives et les agences juridiques doivent fonctionner efficacement pour que des emplois soient créés et maintenus. Des problèmes tels qu’établir des échelles de salaires, améliorer la spécialisation et la catégorisation des compétences doivent être adressés.  De plus, des actions gouvernementales en faveur des organisations et individus contribueront également à améliorer le secteur, par exemple, en terme d’exemptions fiscales pour encourager les investisseurs et promoteurs musicaux.

Les accusations, agitations et batailles juridiques entre  le Ghana Music Rights Organisation (GHAMRO)[ii] et MUSIGA continuent de retarder les progrès d’une industrie déjà souffrante. On espère que les débats actuels conduiront à des changements positifs en faveur des musiciens ghanéens.

C’est seulement lorsque tous les éléments importants  cités ci-haut seront mis en place que  les musiciens locaux pourront décemment gagner leurs vies. Ceux-ci aideront les musiciens à identifier et créer une niche dans le marché, faire sa promotion, se constituer une bonne équipe en terme de représentation juridique et de management ; comprendre les droits d’auteur et les royalties ; connaître les avantages des syndicats, les sociétés collectives et d’autres structures disponibles de l’industrie ; et enfin apprendre comment incorporer tous ces éléments pour réussir et s’assurer une carrière durable.


Pour en savoir plus:

-‘Sidiku implore le MUSIGA de créer des emplois pour les seniors’- Modern Ghana
- ‘MUSIGA soutient les musiciens agés’ – Ghana Online
-‘La justice ordonne Carlos Sakyi, Bureau du GHAMRO, de démissioner’ – Joy Online
-‘Musiciens mécontents du Bureu du GHAMRO
-‘Ambolley : MUSICA vole les musiciens’- Vibe Ghana
- ‘Obour prêt à créer des emplois pour les musiciens’ – Daily Guide
- ‘On ne peut pas gagner sa vie en étant musicien au Ghana- Gyedu’ – NYDJ Live
-‘Les 13 musiciens ghanéens les mieux payés en 2014’ – OMGGhana
-‘Dates de tournée 2014 d’Ebo Taylor – Concert d’Ebo Taylor à venir’-Bands in town.

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