L'Éducation Musicale au Zimbabwe

Par Fred Zindi

La musique joue un rôle important dans le développement de la culture dans toute société et est un sujet important pour le développement holistique des étudiants. Cultiver le talent musical des enfants favorise également le développement de leurs compétences dans des domaines académiques clés telles que les mathématiques et les sciences[i]. La musique est donc tout aussi importante que la lecture, l'écriture, le calcul et les autres sujets dits «intellectuels». Dès 1964, Alan Merriam, le célèbre anthropologue et chercheur en éducation musicale, a identifié les 10 rôles de la musique et s'en est servi pour justifier l'inclusion de la musique dans les programmes[ii] scolaires. Une étude récente menée en Allemagne par Jacobs (2013) a démontré que les écoles qui ont de solides programmes d'éducation musicale ont un meilleur niveau académique par rapport à celles qui ont peu ou pas de départements[iii] de musique.

Music Crossroads Zimbabwe.
Music Crossroads Zimbabwe.

Face à ce constat, on pourrait penser que les Zimbabwéens, étant si fiers de leur culture, auraient inclus la musique comme l'une des matières obligatoires dans les programmes scolaires. Cependant, ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. Il n'y a pas de politique claire sur l'activité culturelle au Zimbabwe et l'enseignement de la musique en pâti.

L'éducation musicale dans les écoles primaires et secondaires

Les professeurs de musique du Zimbabwe ont lutté durant des années pour justifier l'inclusion de la musique dans les programmes scolaires, mais sans succès. Lorsque Stephen Chifunyise, un militant culturel bien connu au Zimbabwe, est devenu secrétaire de l'Éducation, des Sports et de la Culture en 2004, le ministère a rendu obligatoire l'enseignement de la musique de la 1ère à la 7ème année du primaire. Le programme de l'enseignement primaire (Zimbabwe Primary School Syllabus), qui avait été rédigé dès 1989, est alors entré en vigueur. Cependant, la majorité des enseignants dans ces écoles primaires n'ont pas été formés pour enseigner la musique et ne pouvaient donc pas mettre en pratique le nouveau programme scolaire. Étant donné que le programme de musique n'était pas sanctionné par un examen, il a été aboli dans la plupart des écoles. L'organisme chargé d'organiser les examens nationaux, Zimbabwe Schools Examinations Council (ZIMSEC)[iv], a tenté d'établir un programme d'enseignement de la musique au niveau secondaire, mais sans succès.

Seules les quelques écoles ayant des professeurs de musique incluent l'éducation musicale dans leurs programmes scolaires ou comme une activité extra-scolaire pour les étudiants intéressés. Il s'agit notamment des écoles suivantes: Prince-Édouard School[v], Churchill Boys High School[vi], St George's College[vii], Gateway Primary and High Schools[viii], Harare International School[ix] à Harare, Falcon College[x] à Esigodini; Girls’ College[xi] à Bulawayo, et les écoles du groupe Peterhouse[xii] à Marondera. Cependant, la plupart de ces écoles sont des institutions privées qui sont beaucoup trop chères pour la plupart des Zimbabwéens. De plus, inclure la musique dans l'horaire est souvent inutile. En effet, de nombreux enseignants préfèrent utiliser les périodes de musique pour enseigner plus de mathématiques ou d'autres sujets qu'ils considèrent être plus important.

Afin d'étendre l'éducation de la musique, le célèbre musicien zimbabwéen Oliver Mtukudzi  a ouvert en 2003 le centre d'arts Pakare Paye[xiii], situé à Norton, à 40 kilomètres de Harare. Les jeunes y apprennent gratuitement à jouer des instruments de musique. Le centre propose régulièrement des événements tels que le festival annuel Schools Solo.

L'éducation musicale au niveau supérieur

Le département de la formation des enseignants à l'Université du Zimbabwe[xiv], à Harare, offre des cours d'éducation musicale aux étudiants inscrits en licence et en   master. Récemment, d'autres universités telles que Great Zimbabwe University[xv] à Masvingo, Midlands State University[xvi] à Gweru et Africa University[xvii], près de Mutare, ont également commencé à proposer des études de musique dans leurs programmes, mais leur impact n'est pas encore connu. Ailleurs, des collèges d'enseignants comme Mutare Teachers' College[xviii], à Mutare, forment les étudiants à enseigner la musique après l'obtention de leur diplôme. Cependant, ces institutions se concentrent généralement sur les matières scolaires «plus importantes» et délaissent la musique. Cela signifie qu'en fin de compte, très peu d'écoles bénéficient de la formation musicale que ces enseignants reçoivent.

C'est principalement grâce aux efforts des institutions privées que l'éducation musicale formelle existe au Zimbabwe. La plus importante de ces institutions est le Zimbabwe College of Music (ZCM)[xix] à Harare. Fondée par Eileen Reynolds en 1947, le collège vise à fournir une formation complète dans toutes les branches de la musique à des étudiants de toutes races et de tous milieux sociaux. Il vise également à promouvoir et développer l'appréciation de la musique parmi le grand public. Les élèves y apprennent à lire et à écrire la musique, à danser et à chanter. Le collège propose également des cours de communication et des cours pratiques pour apprendre à jouer des instruments tels que batterie, violon, mbira, instruments à clavier, marimba, ngoma, flûte, hautbois, saxophone, trompette et autres instruments à vent. Les cours de guitare du collège sont populaires et deux styles sont enseignés: classique et folk. Les cours de piano sont offerts dans le style contemporain, classique et jazz. Ces instruments sont enseignés dans des programmes tels que jazz et ethnomusicologie. Les autres programmes offerts au collège sont: industrie de la musique, droits musicaux, ingénierie du son, études des musiques du monde, organologie, harmonie et structure des mélodies,  composition et recherche. Ces cours peuvent être prises à différents niveaux: pour un certificat national en musique, ou pour un diplôme de chef d'orchestre

Le Collège Kwanongoma de musique africaine (Kwanongoma College of African Music) se trouve à Bulawayo, la deuxième ville la plus grande du Zimbabwe. Le collège a été fondé en 1960 par Robert Sibson, avec l'aide de Hugh et Andrew Tracey, pour fournir des leçons de musique traditionnelle à la population zimbabwéenne. Il a, depuis, été intégré au sein du United College of Education (UCE)[xx]. Les instruments africains traditionnels tels que ngoma, mbira et marimba sont enseignés au collège.

Dans la même ville, l'Académie de musique du Zimbabwe (ZAM)[xxi] propose des cours particuliers de musique aux personnes de toute race et de tout âge. Basé à Famona, un faubourg de Bulawayo, l'académie a été fondée en 1949. C'est un organisme sans but lucratif offrant des cours particuliers pour divers instruments ainsi que des cours de chant. Des cours individuels et de groupe de marimba et de mbira sont également disponibles. L'académie compte environ 170 élèves âgés de 6 à 80 ans. Il y a aussi des cours hebdomadaires théoriques pour tous les niveaux scolaires, un ensemble de percussion, des ensembles de flûte à bec et une petite chorale appelée Academy Singers (les chanteurs de l'Académie). L'École du Rock de l'académie enseigne la guitare, les percussions, le chant et dirige son propre groupe de pop. Les étudiants passent des examens internationaux, soit ceux de l'ABRSM ou ceux de Trinity et Guildhall. Jusqu'à la 6ème année,  des examens internes sont donnés aux élèves. À partir de la 6ème année, les candidats se rendent en Afrique du Sud ou au Botswana pour passer leurs examens. Ces dernières années, l'académie a été la force motrice derrière le Festival de musique de Bulawayo et organise régulièrement des activités dans le célèbre Robert Sibson Hall.

Une autre importante initiative éducative est l'organisation Musique Crossroads Zimbabwe (MCZim, également connue sous le nom MCZ Trust), un des membres fondateurs du programme Music Crossroads International[xxii] qui existe aujourd'hui dans toute l'Afrique australe. Lancé au Zimbabwe en 1995 par les Jeunesses Musicales Internationales (JMI)[xxiii], MCZim vise à améliorer la connaissance de soi et l'intégration sociale des jeunes et à développer l'infrastructure musicale du Zimbabwe. MCZim a lancé la carrière de centaines d'artistes à l'échelle nationale, comme par exemple: Progress Chipfumo, First Farai, Munyaradzi Munodawafa, Willom Tight, Bongo Love, Liyana et Ihawu Lesizwe. Le festival interrégional Music Crossroads  est un concours annuel pour les meilleurs groupes représentant divers pays d'Afrique australe. Le festival a aidé à lancer la carrière de groupes zimbabwéens tels que Mokoomba et Club Shanga. En 2013, l'académie de musique Music Crossroads[xxiv] a été créée à Budiriro (Harare). On y  enseigne les instruments traditionnels et occidentaux, et les étudiants inscrits à l'académie obtiennent un diplôme en musique.

Recommandations

Les préoccupations concernant l'état actuel de l'éducation musicale dans l'enseignement au Zimbabwe sont fondées sur la conviction que cette matière spécifique est de la plus haute importance pour assurer le développement holistique de tous les étudiants. Les enfants qui excellent dans les arts, mais ont du mal dans d'autres sujets, peuvent apprendre beaucoup au travers de la musique; savoir jouer d'un instrument et savoir chanter peuvent leur être bénéfique en cas d'échec académique. Incontestablement, la musique devrait faire partie de l'enseignement général pour le bénéfice non seulement de chaque individu, mais aussi pour celui de la société dans son ensemble. Mais, cela  n'a pas encore été mis en œuvre, le rôle essentiel de l'enseignement de la musique au Zimbabwe n'étant pas toujours reconnu. Les planificateurs des programmes d'études devraient donc envisager sérieusement à inclure l'enseignement de la musique dans le programme de chaque école. Le gouvernement devrait réorienter la loi sur l'éducation afin d'assurer que les arts et la culture soient également traités de manière prioritaire dans le système scolaire.

L'éducation musicale a le potentiel non seulement de soutenir le développement affectif des élèves zimbabwéens, mais aussi d'améliorer l'interaction sociale harmonieuse entre élèves et d'aider le pays dans son ensemble. En effet, l'éducation musicale peut être l'un des moyens de créer une société pacifique[xxv].


[i] Whitthall, A. 2002. “Rhythm Chambers”. The Oxford Companion to Music. Oxford University Press.
[ii] Merriam, A.P. 1964. The Anthropology of Music. Northwest University Press
[iii] Jacobs, T. 2013. “Music Lessons Boost Emotional, Intellectual Development”. The Science of Society. See also Hallam, S. & J. Price. 1998. “Music and Academic Performance”. British Journal of Special Education.
[xx] Contact the college at: ucecollege@yahoo.com
[xxv] Zindi, F. 2013. “School Syllabi Must Embrace Music Education”. The Herald, 13 August. Available online from <http://allafrica.com/stories/201308130425.html>

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