L’éducation musicale en Gambie

Par Oko Drammeh

Ce texte offre un aperçu de l’éducation musicale en Gambie à commencer par ses origines, et analyse en  détails l’éducation musicale contemporaine aux niveaux primaires, secondaires et universitaire.

The Amadu Bansang Jobarteh School of Music. Photo: Facebook
The Amadu Bansang Jobarteh School of Music. Photo: Facebook

L’éducation musicale dans les écoles primaires

L’apprentissage de la musique n’est pas une priorité dans les écoles gambiennes actuelles. Les chansons qui sont encore présentes dans le système scolaire datent de la fin de l’ère coloniale en 1965, et sont  l’hymne national de la Gambie ainsi que des chansons de fanfare de la police accompagnant les fanfares gambiennes lors de défilés ou de cérémonies nationales. Ces chansons sont enseignées aux enfants dans de simples notes que les professeurs et élèves peuvent adapter pour jouer lors de différentes fonctions. En dehors de cela, les seules chansons jouées à l’école sont des chansons locales utilisées dans les pièces de théâtre qui ne nécessitent pas de professeur de musique qualifié pour être enseigner.

Dans le système d’éducation primaire gambien, la Wesley School, un établissement colonial britannique a introduit des leçons de musique et a formé un groupe symphonique composés d’élèves masculins. Les garçons chrétiens étaient regroupés  dans un ensemble musical pour jouer de la musique classique européenne. La Wesley School n’était pas limitée aux étudiants chrétiens et recevait aussi des élèves musulmans, mais pas dans la symphonie musicale. La Welsey School et la Gambia High School (fondée en 1959) ont introduits les leçons de musique au niveau des écoles primaires et intégrées celles-ci dans le curriculum scolaire. Le cours musical comprend l’apprentissage d’instruments tels que la flûte, la clarinette, la flûte à bambou, les instruments de chorale, le hautbois, le tambour à hochet, la grosse caisse et la caisse claire pour les défilés.

La plupart des grandes écoles en Gambie sont traditionnellement gérées par des groupes religieux. En dehors des écoles chrétiennes, les écoles musulmanes enseignent la musique typique arabe sans instruments ou les percussions jouées lors de cérémonies musulmanes spéciales. Par exemple, l’école primaire Muhammedan Primary  (fondée en 1903) est l’une des plus grandes écoles musulmanes établies dans le pays et utilise des recueils de chansons arabes pour enseigner la musique.

L’éducation musicale dans les écoles secondaires

La Gambia Senior Secondary School (anciennement appelée Methodist Boys High) a ses origines dans l’église Wesleyenne de 1876. L’institut fut fondé à Banjul par  la mission Wesleyenne. 25 ans auparavant Mère Anne- Marie Javouhey, la première des Sœurs de St Joseph de Cluny visite Bathurst (ancien nom de Banjul) et prévoit d’y installer une mission en 1849. En 1898, l’école ouvre et s’appelle Methodist Boys High School, suivit en 1915 de la Girls High School (Actuellement Albion Lower Basic School).

Les écoles pour filles et garçons ont fusionnés en 1959 pour former la Gambia High School (GHS).  Monsieur Pye, un pianiste britannique, professeur et chef d’orchestre (de 1959 au début des années 70) en était le professeur de musique. Il a commencé son enseignement musical à Methodist Primary ainsi que Methodist Boys High School. En 1994, le nom fut à nouveau changé en  Gambia Senior Secondary School lorsque la politique d’éducation du gouvernement fut modifiée. GHS a produit parmi les meilleurs pianistes tels que Crispen Grey Johnson, car ils avaient un piano dans le hall de l’école et les étudiants jouaient  tour à tour pour montrer leur niveau. [i]

D’autres écoles secondaires de l’époque, comme St Augustine High School et le couvent St Joseph ont aussi enseigné la musique mais uniquement sur les chants religieux chrétiens.

De nombreux musiciens populaires tels qu’Ousman Sosseh Chex de Magadan Ban et Abdel Kabir du Gelewar Band ont étudiés à Crab Island School. C’est une école intermédiaire où la musique et le théâtre sont prioritaires. Dans cette école, le solfège  y est enseigné et encouragé à chaque leçon d’instruments ou de chant. L’école avait deux enseignants de musique dans les années 60-70, le feu M. Bittaye et M. George. ; M. George enseignait la flûte de pan et la mélodie alors que M. Bittaye enseignait la trompette et le trombone. Le cursus comprenait des cours de musique complétés par des cours du soir pour s’entrainer aux  instruments. Le groupe de théâtre de Crab Island a produit deux des meilleurs chanteurs en Gambie, Fatou Joof et Santiyoung Secka qui apparaissent régulièrement sur Radio Gambia[ii].

Il y a de nouvelles écoles privées en Gambie parmi lesquelles SBEC International School[iii], Marina International School[iv] et Banjul American Embassy School[v] (BAES). Dans ses écoles la musique fait partie du cursus. Ils sont financés par des donateurs étrangers et privés contrairement aux écoles publiques gambiennes telles que Crab Island School qui dépendent de ressources gouvernementales. Les élèves dans ces écoles privées comprennent aussi bien des gambiens que des européens, des américains et enfants de diplomates africains basés en Gambie.

Le populaire Concours National de Chant entre écoles a lieu à chaque fin d’année en Gambie. Les enfants qui y participent passent souvent de longues heures à étudier et s’exercer pour la compétition. Cet événement offre l’occasion aux enfants d’apprendre et améliorer leurs compétences en chant, en écriture de chansons et sur scène. Les familles s’impliquent en déguisant les enfants comme les stars locales qu’ils imitent sur scène. Beaucoup de chanteurs populaires en Gambie (et au Sénégal voisin) n’ont pas pris de cours de musique mais ont été repéré dans des concours de chant entre écoles. On peut citer notamment les chanteuses Sambou Suso, Cess Ngum et beaucoup d’autres.  Cette plateforme permet en général aux participants de se faire connaitre du public et espérer plus tard vendre des CDs et faire des apparitions sur les chaines TV et Radio nationales.

D’autres écoles tels que Nusrat High School à Tallinding, Serekunda[vi], St Peters à Lamin Village[vii] et St Thérèse à Fula Batang organisent aussi leur propre concours de chant.

L’éducation musicale au niveau universitaire

L’Université de la Gambie[viii] à Sere Kunda, établie à la fin des années 90, est l’unique université en Gambie. Elle n’a malheureusement aucun cours de musique mais a récemment annoncé la création prochaine d’une faculté de musique. Les étudiants ont hâte de voir ce programme débuter même si le gouvernement n’a pas encore indiqué de date pour son introduction.

Les académies privées et autres projets éducationnels

La Force de Police Gambienne (GPF) est une institution importante à travers laquelle les gambiens peuvent devenir des musiciens professionnels et commencer leurs propres orchestres. Beaucoup de musiciens populaires ont pris des cours de musique avec le Gambia Police Marching Corps comme certains des membres du légendaire groupe Ifang Bondi tels que Pa Njie (basse), Ali Harb (saxophone), Paps Touray (voix) et Samson Gassama (percussions). Cette institution a trois divisions musicales à savoir : l’orchestre de l’armée,  celui de la police et la fanfare des Royal Corps. Les élèves qui ont abandonnés leurs études peuvent y apprendre comment jouer des instruments tels que le saxophone, le trombone, la flûte et la clarinette.

Depuis de nombreuses années, les maisons de griots sont utilisées comme des écoles pour des étudiants internationaux qui viennent d’Europe et des Etats-Unis. Quelques-uns de ces griots voyagent dans des écoles et universités européennes afin d’enseigner l’art de la kora et du balafon. Le Smithsonian Institute aux Etats-Unis et l’école de chant et de théâtre Guildhall au Royaume-Uni envoient régulièrement leurs étudiants vivre et étudier avec les griots dans leurs maisons familiales, apprendre leurs traditions et chants.

L’école de musique Amadou Bansang Jobarteh (ABJ) est la première école de musique en Gambie dédiée exclusivement à l’apprentissage de la musique mandingue, une des plus anciennes traditions musicales existant encore en Afrique de l’Ouest. Elle a été lancée en 2014 par le célèbre musicien de kora, Sona Jobarteh en hommage à son grand-père Amadou Bansang Jobarteh, maître reconnu de kora. La mission principale de l’école est de promouvoir et cultiver l’expertise dans la musique traditionnelle parmi les jeunes en Gambie[ix].

L’Académie de Musique Mandingmorry (MAM) a été fondée en 2012 et est gérée par la Fondation Mandingmorry pour les Arts Dramatiques (MANFOPA) et financée par Roskilde Festival Society au Danemark. 16 étudiants ont fini en 2014 en théorie et pratique musicale. La formation de deux ans comprend la notation musicale, le chant, les harmonies, desw formations en locution et en audition, les arrangements,  se produire sur scène et des cours de gestions comme les droits d’auteurs et la publication, la communication et l’expression orale, le management, le marketing, la technologie musicale, les nouveaux média, les finances et la gestion d’évènements etc.) ; Elle offre aussi des formations d’instruments tels que percussions,  djembe, guitares (acoustiques, à rythme et basse) et des instruments traditionnels tels que la kora et le balafong. L’académie a aussi son propre studio pour des travaux pratiques[x].

L’ONG Education Through Culture and  Communication Organisation (ECCOGambia) promeut l’éducation culturelle et l’entreprenariat en Gambie, en utilisant la culture comme outil de communication pour des problèmes sociaux liés à la santé et la démocratie. Ils ont des cours sur la musique ouest africaine, la danse, la narration pour des étudiants universitaires d’Europe et des Etats-Unis ainsi que des formations en musique et danse traditionnelle pour des étudiants locaux. ECCO assiste diverses organisations communautaires dans la construction de camps culturels et entraine des groupes communautaires dans la gestion de camps culturels. ECCOGambia dirige le programme Culture Kids en Gambie en collaboration avec les ministères d’éducation de base, secondaire, supérieurs et du tourisme et de la culture[xi].

L’éducation musicale en Gambie se développe progressivement grâce aux institutions et initiatives citées ci-dessus et amène de nouvelles opportunités pour que de jeunes musiciens ambitieux développent l’industrie musicale locale afin qu’ils deviennent des ambassadeurs de la musique gambienne à travers le continent et le reste du monde.

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