L’education musicale en Afrique du Sud

Par Doug Rodger

L’éducation musicale en Afrique du Sud couvre une variété de disciplines, de genres et d’influences culturelles, qui reflètent la large diversité de la population et des langues parlées dans le pays.

La musique africaine traditionnelle côtoie la musique des immigrés venus du monde entier. Parmi eux, beaucoup sont arrivés à la suite de la colonisation de l'Afrique du Sud par les Européens originaires de Hollande, de France et de Grande-Bretagne. Une autre partie de ces immigrés a été emmenée comme ouvriers d’Asie, particulièrement d’Inde, de Chine et de Malaisie, par les colonisateurs. Avant l’arrivée des Européens sur le continent, l’Afrique australe a connu une première vague de colonisation par les peuples bantous venus du centre et de l’est de l’Afrique. A leur arrivée, ces peuples ont trouvé les premiers habitants connus de la région, les chasseurs-cueilleurs du peuple Khoisan.

La scène musicale contemporaine locale a donc été largement influencée par cette grande diversité culturelle que l’on retrouve aujourd’hui dans le mélange éclectique des styles et dans la cohabitation des savoirs et méthodologies occidentales et traditionnelles dans l’éducation musicale. On observe cette diversité ceci à tous les niveaux, dans le public ou le privé aussi bien dans la formation formelle ou informelle de la musique.

L’éducation musicale en Afrique du sud: Contexte

Comme dans les autres domaines de la vie en Afrique du sud, la séparation raciale dans l’éducation, a laissé un héritage d’inégalité et de division dont on ressent encore les conséquences de nos jours. Depuis l’avènement de la démocratie en 1994, toute forme de discrimination sur base de la race, du sexe ou de tout autre critère est illégale. Mais à cause des effets persistants de l’Apartheid, la société sud-africaine est aujourd’hui clairement divisée d’un point de vue économique. En termes d’éducation, les habitants des quartiers autrefois non privilégiés n’ont dans leur majorité toujours pas accès à une éducation de qualité au niveau primaire et secondaire. Tandis que ceux qui vivent dans les quartiers réservés à l’époque aux blancs jouissent d’un accès aux écoles privées et aux écoles anciennement appelées “Model C’ (c’était des écoles publiques réservées aux blancs et jouissant d’un large degré d’autonomie). Ces écoles offrent en général une éducation  et des infrastructures de qualité supérieure grâce à des classes de petites tailles et un meilleur financement.

Les écoles primaires et secondaires en Afrique du sud relèvent du Ministère de l’Éducation de Base. La plupart des écoles privées sont membres de l’Association Des Écoles Indépendantes d’Afrique du Sud (ISASA). Les élèves de ces écoles passent les examens composés par l’IEB (Independent Examinations Board) mais reçoivent le même diplôme (National Senior Certificate-NSC)  que les élèves des écoles gouvernementales. Cependant le diplôme obtenu via l’IEB est considéré comme ayant plus de valeur que celui obtenu dans les écoles publiques parce que l’enseignement privé est plus exclusif, mieux financé et offrent des classes plus petites.

Le cursus scolaire dans le secteur tant privé que public va du ‘grade R’, une classe pré-primaire, au ‘grade 12’, également appelé ‘matric’. Ce cursus est divisé en deux parties: ‘General Education and Training (GET)’ qui va du grade R jusqu’au grade 9 et ‘Further Education and Training (FET)’ qui comprend les grades 10 à 12.

L’éducation musicale est en général mieux développée et mieux financée dans les écoles privées que dans les écoles publiques. Ces écoles privées basent leur programme sur le curriculum du Ministère de l’Éducation de Base, mais elles offrent un programme plus élaboré en fonction des ressources disponibles. La plupart de ces écoles offrent des cours basiques de musique tel que requis par le cursus national mais emploient également des professeurs de musique spécialisés qui offrent des cours particuliers aux élèves désirant apprendre un instrument comme activité extrascolaire ou comme sujet d’examen de terminale (matric). L’accès aux ordinateurs dans ces écoles est largement répandu et certaines de ces écoles ont même commencé à offrir une formation de base en  composition et production de musique électronique à l’aide d’applications informatiques et de tablettes numériques.

Plusieurs écoles privées ont une longue tradition d’excellence musicale et offrent aux élèves la possibilité de prendre part à des chorales ou des groupes musicaux divers. Récemment certaines écoles privées sud-africaines ont créés des centres de musique qui font appel aux services de professeurs itinérants payés directement par les parents des élèves. Certaines écoles publiques  très anciennes telles que Pretoria Boys High, King Edward VII School à Johannesburg ou  le SACS dans la ville du Cap ont su maintenir une longue tradition musicale et ont des chorales, des groupes de jazz ou encore des orchestres de cornemuses. Ces écoles publiques offrent également des cours particuliers de musique.

A cause de la politique d’urbanisation durant l’Apartheid (avant 1994) et de la division économique qui existe toujours en Afrique du Sud, la plupart des écoles privées et celles appelées ‘Model C’ se trouvent dans ce qui fut autrefois (et qui le demeure toujours en majorité) les riches quartiers blancs. Cependant, la race n’est plus un facteur d’exclusion dans ces quartiers, et toute personne qui a les moyens peut désormais y vivre. L’accès aux cours de musique, comme toute autre forme d’éducation est devenu en théorie plus démocratique. Cependant les disparités économiques font que seule la formation musicale la plus élémentaire (celle faisant parti du programme des écoles publiques jusqu’à la terminale) est réellement accessible à toutes les bourses. Mais, la qualité de cette formation varie selon les ressources disponibles dans les différentes écoles publiques.

École primaire et secondaire (premier cycle)

La partie “Général Education and Training” (GET) mentionnée plus haut est divisée en trois phases différentes: la fondation qui comprend les grades R à 3, la phase intermédiaire qui comprend les grades 4 à 6, et la phase senior qui comprend les grades 7 à 9. L’éducation secondaire supérieure commence dans le grade 8, bien que techniquement cela est une continuation de la phase senior.

Pour chaque phase, le Ministère de l’Éducation de Base prescrit un curriculum qui décrit les paramètres à suivre dans l’enseignement et l’apprentissage des matières programmées. La musique figure aux cotés des cours d’art dramatiques et de la danse dans la catégorie ‘Aptitude à la Vie’ (life skills)  pendant les phases de fondation et intermédiaire de la GET. Les mêmes matières se retrouvent dans la catégorie des Arts Créatifs pendant la phase dite senior.

Selon le document CAPS qui prescrit le programme dans les phases de fondation et intermédiaire de la GET:

Le but principal des Arts Créatifs est de développer chez les élèves un esprit créatif, imaginatif et une appréciation des arts. Un autre objectif est de donner une connaissance basique et les compétences permettant de participer dans des activités créatives.[1]

Pendant la phase senior, le programme national décrit la musique dans la section Arts Créatifs comme suit:

L’étude de la musique dans les Arts Créatifs vise à développer l’habilité à produire de la musique vocalement ou par l’utilisation d’instruments au sein d’un groupe ou en solo. Les élèves sont exposés au langage écrit et auditif de la musique grâce à la lecture et l’écriture de la musique. De plus, les sujets développent l’habilité à créer de la musique, par improvisation ou composition, utilisant des techniques de compositions conventionnelles ou non. Le contenu permet aux élèves de devenir des auditeurs informés en écoutant activement une variété de genres allant de la musique occidentale, à la musique populaire ou traditionnelle. Si les élèves veulent continuer l’apprentissage de la musique dans la phase dite ‘FET’ ils doivent fournir un effort supplémentaire afin d’acquérir un niveau de base dans la pratique d’un instrument ou le chant, ainsi qu’avoir un bon sens du rythme et une justesse de ton. Ils devraient également pouvoir lire la notation sur portée à la fin du grade 9[2].

École secondaire supérieure

Dans la partie FET des études secondaires, donc les grades 10 à 12, les cours de musique ne sont pas obligatoires et sont offerts comme matières en option parmi les sujets de fin d’année en terminale (matric). Le programme national décrit les objectifs que les élèves de musique doivent atteindre comme suit:

  • Contrôle technique d’un ou plusieurs instruments ou de la voix
  • Capacité de jouer une grande variété d’œuvres musicales, en solo ou en groupe, variant de la musique occidentale au jazz et à la musique africaine traditionnelle
  • La capacité à lire le solfège
  • La créativité à travers l’improvisation et originalité de son travail
  • Comprendre les œuvres musicales existantes du point de vue  de la technique de composition utilisée, application des éléments musicaux utilisés dans les œuvres et savoir les placer dans un contexte culturel et historique spécifique
  • Connaissances de traditions musicales variées
  • Appréciation de différents styles de musique[3]

Les instruments que les élèves sont autorisés à apprendre à ce stage sont: les instruments  à clavier, la guitare, les instruments d’orchestre, la percussion (trois instruments), les instruments de groupes, la batterie, les instruments traditionnels africains, les instruments indiens, et tambours métalliques. Les sujets à ce niveau sont divisés dans les catégories suivantes: performance musicale et improvisation, lecture musicale et connaissance générale analyse de la musique.

A ce niveau, l'étude de la musique est intense et nécessite un haut niveau de développement théorique et pratique. De nombreuses écoles privées proposent des cours de musique pour les élèves qui souhaitent étudier la musique comme l’une des matières du ‘matric’. Pour les élèves qui n’ont pas accès à ce genre de cours dans leurs écoles, il y a la possibilité de prendre des cours avec un professeur particulier. Ce dernier veillera à ce que les élèves remplissent les exigences du sujet et complètent la documentation requise par le Ministère.

Ecoles de musique

En plus de l'éducation musicale donnée dans les écoles, il ya un certain nombre de centres qui enseigne la musique dans les grandes villes d'Afrique du Sud. Certains de ces centres sont des organisations à but non lucratif et d'autres sont des institutions privées. Les prix des cours varient en fonction du statut public ou privé du centre. Les centres emploient généralement des professeurs de musique itinérants. On compte par exemple le Beau Soleil, Hugo Lambrechts et le Frank Pietersen  Music Centre au Cap et l'Académie de Musique de Gauteng, à Johannesburg.

L’éducation musicale au niveau universitaire

La plupart des universités sud-africaines offrent des diplômes en musique au niveau universitaire et  au troisième cycle. C’est le cas pour : l’UNISA (University of South Africa), l’Université du Cap (UCT), Université de Witwatersrand (Wits) à Johannesburg, Tshwane University of technology (TUT), l'Université du KwaZulu-Natal (UKZN) à Durban et Nelson Mandela Metropolitan University (NMMU) à Port Elizabeth. Ces institutions offrent diverses qualifications dans plusieurs domaines liés à la musique : théorie musicale, performance musicale, gestion des carrières artistiques, administration, technologies du son, musicothérapie, direction d’orchestre, archivage et ethnomusicologie.

Ecoles privées de musique

Les écoles privées de musique sont présentes dans la plupart des villes sud-africaine, dans les petites comme dans les grandes villes. Les cours se donnent soit sous la forme de cours particuliers pour des individus ou de cours de groupe donnés à la maison de l'enseignant. Certaines écoles  privées spécialisées donnent des cours de musique les après-midis et  week-ends. Une nouvelle tendance est de donner des cours de musique dans les locaux des vendeurs d'instruments de musique, par exemple Paul Bothner Music, The Music Connection, Marshall Music, Music Mate et Matt’s music.

Le prix des cours dans le secteur privé varie en fonction de l'enseignant ou de l'institution et, comme de nombreux autres services d'enseignement privés, il n'existe aucune réglementation de la tarification. Par conséquent,  les cours de musique privés ne sont pas disponibles dans les secteurs défavorisés de la société sud-africaine. De plus, l'éducation scolaire dans ces milieux favorise les matières de base par rapport aux autres activités. La croissance des initiatives de développement dans les communautés précédemment défavorisées a permis de commencer à s’attaquer à ce problème dans de nombreuses régions du pays.

Il ya un certain nombre d'institutions d'enseignement supérieur privées en Afrique du Sud qui sont spécialisées dans l'interprétation musicale, la production et la commercialisation. L'une des plus importantes institutions est la COPA (Campus of the Performing Arts), qui est divisée en quatre succursales - à Johannesburg, Pretoria, au Cap et à Durban. Chaque campus est divisé en écoles de l'interprétation musicale, production de musique ou business de la musique. Des cours à temps partiel sont également disponibles. Tous les cours de la COPA sont accrédités et reconnus par la SAQA (South African Qualification Authority) et font partie des cours agréés par la NQF (National Qualifications Framework). La COPA a également conclu un accord avec l'institution britannique  the Academy of Contemporary Music (ACM) pour offrir les cours de celle-ci en Afrique du Sud. Ces cours sont accrédités à l'échelle internationale.

D'autres exemples de collèges privés réputés sont l'Institut SAE au Cap (qui fait partie d'un réseau mondial de collèges SAE offrant «l'éducation aux médias créatifs»), the Academy of Sound Engineering dans les locaux de la chaîne nationale sud-africaine (SABC) à Johannesburg; City Varsity, qui possède des campus à Johannesburg et au Cap, offre des cours dans divers domaines de la création, y compris l'ingénierie du son, et Emendy Sound & Music Technologies à Pretoria, qui offre des cours complets et cours accrédités en technologie de la musique, y compris l'ingénierie du son et la production de musique numérique.

Les associations de professeurs de musique

Tous les enseignants qui travaillent à temps plein dans les écoles sud-africaines, y compris les professeurs de musique, doivent être enregistrés auprès du Conseil sud-africain des éducateurs (SACE : South African Council of Educators). Cependant, il y a beaucoup de professeurs de musique itinérants travaillant dans les écoles et qui ne sont pas enregistrés  auprès de la SACE, car ils y travaillent à titre privé.

La Société sud-africaine de professeurs de musique (SASMT : South African Society of Music Teachers) est une association à but non lucratif fondée au Cap en 1918, qui représente les enseignants locaux de musique quel que soit leurs domaines et le niveau d'éducation auquel ils enseignent. L’adhésion à la SASMT est volontaire et non obligatoire. Le site internet de la SASMT fournit une base de données nationale des professeurs de musique enregistrés auprès de l’organisation, ainsi que des informations qui peuvent intéresser ceux qui travaillent dans l'éducation musicale.

Initiatives de développement

Les jeunes Sud-Africains qui veulent étudier la musique peuvent également compter sur une variété de projets de développement gérés par des associations à but non lucratif qui utilisent la musique pour former et aider ceux qui viennent de communautés pauvres. Il ya par exemple: MIAGI (Music Is A Great Investment), qui forme des jeunes au classique, au jazz et à la musique traditionnelle, et organise des événements musicaux, des ateliers et des voyages internationaux; Buskaid, qui possède une école de musique dans Diepkloof, Soweto ; Johannesburg Youth Orchestra Company, qui offre des cours de musique d’orchestre et de groupes à des  écoliers de Johannesburg et des cantons environnants, ainsi que des programmes de formation pour les enseignants ; le Hout Bay Music Project près du Cap et Music van de Caab à la ferme viticole de Solms-Delta dans la région de Franschhoek (Cap-Occidental).

Pour tous les musiciens d'âge scolaire, l'Académie Nationale Eisteddfod (NEA : National Eisteddfod Academy), créée en 1997, organise annuellement des compétitions nationales. Les candidats s’affrontent dans les disciplines de la scène (musique, expression orale, théâtre et danse), participent à des éliminatoires locaux et les meilleurs participent à la finale nationale. Dans la catégorie musique, l'Eisteddfod comprend les divisions suivantes: chorale, musique traditionnelle, musique classique, musique ‘crossover’, musique de scène et musique contemporaine. La NEA a une autre initiative de développement social connue sous le nom Di Konokono Arts and Culture Festival, qui offre aux membres des communautés défavorisées la possibilité de jouer dans un festival national des arts de la scène.

 

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