L’education musicale en Ouganda

Par Benon Kigozi

Lorsque la République d’Ouganda fut établie le 9 octobre 1962, le ministère de l’enseignement publia un programme national décrivant comment et à quoi seraient désormais formée la jeunesse ougandaise dans divers domaines académiques afin de promouvoir la culture et la civilisation de la nation. Quelques pédagogues ont reçu une formation musicale à l’étranger dans le but de contribuer à l’enseignement de la musique. Parmi ceux-ci, on pouvait citer Michael Kalule, George Kakoma, Zadok Adolu Otojoka, Moses Serwadda, Mbabi Katana and Sennoga Zaake. Avec la contribution d’autres enseignants, la musique est devenue un cours dispensé à tous les niveaux dans les écoles.

l'éducation musicale en Ouganda. Photo: www.educationinnovations.org
l'éducation musicale en Ouganda. Photo: www.educationinnovations.org

Le département de musique, danse et théâtre de l’université de Makerere a été fondé en 1971, et, par conséquent, la musique s’est vue enseignée dans plusieurs autres institutions. La structure des cours de musique est basée bien plus sur le modèle occidental que de la véritable musique africaine, laquelle est le miroir de la philosophie africaine. Et bien qu’enseignée dans les écoles, la musique évolue autour de pratiques et de ressources qui sont distribuées de manière inégale, notamment en matière d’infrastructures et de professeurs.

La société ougandaise pour l’enseignement des arts musicaux, une institution nationale récemment formée et issue de la société internationale pour l’enseignement de la musique, a lancé une campagne pour s’assurer que les perspectives et approches de l’enseignement de la musique aient leur place dans les écoles. Les modèles philosophiques basés sur des concepts africains et des esthétiques africaines doivent être mis en avant, tout en ne tournant pas le dos aux paradigmes occidentaux, et ce, afin d’intégrer et de valoriser des approches holistiques et culturelles à l’enseignement des arts musicaux.

A l’heure actuelle, la musique est enseignée de manière isolée. Dans certaines écoles, elle est intégrée à la danse et au théâtre, dans un programme connu sous le nom de « Music, Dance and Drama » (MDD).

Les écoles publiques primaires et secondaires

En 2010, le ministère de l’enseignement et des sports a publié un nouveau syllabus pour les arts du spectacle et l’éducation physique destiné aux écoles primaires, en y incorporant la musique, la danse, le théâtre, les arts visuels, la technologie et l’éducation physique. Ce syllabus comprend deux parties : la première concerne les arts du spectacle et fait la promotion de la musique, des arts visuels et du théâtre. La deuxième couvre l’éducation physique et la technologie.

Dans certaines écoles primaires, la musique est un cours à part entière. Cependant, étant donné que la musique ne fait l’objet ni d’inspection, ni d’examen, les administrations scolaires accordent peu d’importance au développement des aptitudes cognitives. Les élèves apprennent surtout à jouer d’un  instrument indigène, à danser et chanter des chansons traditionnelles.

Le gouvernement organise des festivals annuels de musique, de danse et de théâtre. Ceux-ci font partie du programme scolaire et se déroulent tant dans les districts qu’à échelle nationale. C’est tout au long du deuxième trimestre que les élèves s’impliquent sérieusement dans la préparation de divers spectacles.

Au niveau secondaire, le lycée Gayaza[i] et l’école pour filles de Bwerenyangi[ii], font partie de ces écoles qui offrent encore un enseignement de la musique parmi 11 matières au choix au cours d’un cycle de quatre années, et à l’issue duquel ils subissent l’examen national du Comité National des Examens. [iii]

Les élèves peuvent aussi choisir la musique parmi les trois cours exigés pour le certificat de niveau avancé (A-Level) avec deux ans d’études supplémentaires, lesquelles s’achèvent également par un examen national.

Les écoles privées

Alors que l’enseignement de la musique dans les écoles publiques est dicté par un programme national, dans les écoles privées, et en particulier les écoles internationales, les élèves sont exposés à une forme d’enseignement d’origine étrangère. Par exemple, l’école internationale de Kampala (KISU)[iv] et l’école internationale Rainbow[v] suivent le programme national de Grande Bretagne et du Pays de Galles.

Le programme du cours de musique (AT KISU) est une adaptation du curriculum national dans lequel est intégrée l’étude de la musique africaine indigène. L’école internationale d’Ouganda (ISU) [vi] elle, fonde son enseignement sur le modèle américain. La plupart des écoles internationales adaptent leur curriculum afin d’y intégrer des études sur le pays hôte, l’Ouganda.

Dans les écoles privées locales, le cours de musique est présenté comme une activité extra-scolaire et constitue la base d’autres arts de nature holistique que sont la danse et le théâtre. La pratique de ces activités connaît son apogée lors de concours interscolaires d’art et de musique, au cours desquels des spécialistes sont sollicités pour juger les performances des élèves. En général, les écoles privées accordent plus d’attention et de moyens financiers aux cours artistiques, en effet, elles disposent de plus de ressources et peuvent, par conséquent, offrir un meilleur enseignement de la musique que les établissements publics.

L’enseignement de la musique à l’université.

Alors que la musique tient une place importante à l’Université Chrétienne d’Ouganda (UCU) [vii] et à l’Université de Kyambogo (KYU) [viii], le Département des Arts du Spectacle à l’Université de Makerere[ix] est sans aucun doute la meilleure école de musique du pays.

Fondé en 1971, ce département offre un programme riche et varié aussi bien en musique africaine qu’occidentale, dans le cadre d’un bachelier ou d’un master. Les trois institutions précitées accueillent des étudiants titulaires du A-Level mais permettent aussi à des apprenants matures de parfaire leurs connaissances et aptitudes dans diverses spécialisations musicales.

A l’Université Chrétienne d’Ouganda et à l’Université de Kyambogo, le plus haut niveau de qualification est le bachelier en enseignement de la musique alors qu’à celle de Makerere, le programme de premier cycle débouche sur un diplôme de musique, de danse ou de théâtre, (deux ans de cours), ou sur un bachelier en arts de la musique (trois ans de cours). C’est à travers une variété de cours que le programme de musique à l’Université de Kamarere combine à la fois théorie et pratique, ce qui suscite chez les étudiants à la fois la réflexion et l’expérimentation. Le cours de niveau supérieur donne accès à un master en arts du spectacle (musique, danse ou théâtre).

D’autres alternatives pour enseigner la musique

MusiConnexions est une institution hétérogène qui offre un enseignement de la musique instrumentale, notamment les instruments à vent, à cordes et claviers, et cela, aussi bien dans le genre indigène qu’occidental. MusiConnexions dispense des cours issus du Comité des Ecoles Royales de Musique à divers niveaux et organise des concerts publics pour ses étudiants tout au long de l’année[x].

Grâce au projet de Fiona Carr “des pianos pour l’Ouganda”, l’Ecole de Musique de Kampala[xi] est devenue l’une des meilleures institutions du pays. A l’instar de MusiConnexions, l’Ecole de Musique de Kampala offre aux étudiants l’opportunité de passer les examens de niveau international du Comité des Ecoles Royales de Musique.

Il y’a peu, d’autres institutions se sont formées en Ouganda sur le modèle du conservatoire et sont davantage tournées vers un enseignement de la musique de type occidental, aussi bien classique que contemporain[xii].

L’Ecole de Musique ESOM offre des leçons de musique instrumentale de violon, de guitare, de basse, de batterie, de chant, de composition, de théorie, de montage vidéo et de danse. L’Ecole de musique de Kiwatule[xiii] propose principalement des cours de guitare et de claviers.

Le Collège de Théologie Réformée, établie par des missionnaires coréens, offre des leçons de guitare, de piano et de théorie musicale. De plus, certains musiciens indépendants y donnent aussi des cours de musique privés, généralement à domicile.

Des défis à relever

Afin d’évaluer la qualité du système et des structures d’enseignement, Kwesiga (2002), Tamale (2002), Reinikka (2001) et Kabuji (1991), soulignent l’insuffisance des cours de musique à satisfaire les attentes des apprenants. En effet, la musique n’est pas considérée comme une discipline à part entière et par conséquent on y accorde peu d’attention malgré sa grande valeur du point de vue social, émotionnel, physique et intellectuel. En raison du peu d’importance accordée à la musique, des conflits dans les horaires de cours sont chose courante et de nombreuses leçons sont reportées, voire annulées dans presque toutes les écoles publiques.

Il existe un écart entre les priorités du gouvernement et la nécessité d’améliorer les politiques personnelles de gestion de l’enseignement de la musique. Les processus de développement ne se font pas de manière transparente et certaines écoles sont bien mieux équipées que d’autres. De plus, la formation des enseignants est loin de leur procurer les connaissances et outils adéquats afin d’encadrer leurs élèves de manière efficace.

On observe peu de progrès pour contrecarrer la formation inadaptée des candidats enseignants de niveau post primaire qui ont été désignés et approuvés par la Commission de l’Enseignement. Les étudiants s’inscrivent aux programmes d’enseignement avec peu de bagage et d’expérience en musique, ce qui, sans surprise, fait baisser le niveau de leurs capacités à enseigner cette matière.

De nombreux professeurs qualifiés ont cependant des lacunes quand il s’agit d’enseigner la musique dans les écoles primaires. Cela devient problématique lorsqu’il est demandé à des enseignants non spécialisés d’inclure la musique dans le syllabus des arts créatifs (Makubuya 1999:4).

Un recensement en mars 2000 et basé sur les inscriptions à échelle nationale, établit que les ressources destinées à l’enseignement de la musique sont inadaptées.

Conclusion

Avec la formation de l’USMAE (Uganda Society for Musical Arts Education), l’avenir de l’enseignement de la musique s’annonce plus brillant. Alors que la structure et la nature de l’enseignement de la musique sont principalement déterminées par le système général d’enseignement, les professeurs de musique, sous l’égide de l’USMAE, peuvent jouer un rôle significatif dans le changement du visage de la musique à travers leur implication dans l’adoption de mesures, l’allocation du budget,  l’administration et la gestion générale de l’enseignement de la musique à tous les niveaux.

Enfin, le gouvernement ougandais, à travers le Ministère de l’Enseignement et des Sports, devrait s’associer à la Société Pan Africaine pour l’Enseignement des Arts de la Musique[xiv], afin d’améliorer la qualité des cours de musique en élargissant le soutien logistique et financier à tous les écoles.


Bibliography

  • KAJUBI, S. 1991. “Educational reform during socio-economic crisis”. In Hansen, H.B. and Twaddle, M. (eds.), Changing Uganda. James Currey, London.
  • KWESIGA, J.C. 2002. “Women’s empowerment: The link between theory and practice”. In ACFODE Arise Magazin No. 2, 3 January / April, 1998, pp. 7-9.
  • MAKUBUYA, J. K. 1999. “The ndongo bow lyre of Uganda: an examination of its acoustical properties”. Journal of the international library of African music. Vol. 7, No 4. pp 24-27.
  • MAKUBUYA, J. K. 1999. Primary school teachers as classroom managers with specialized abilities. Mombasa: SAMES, 121 – 125.
  • REINIKKA R. & COLLIER P. 2001. Uganda’s Recovery: The role of firms, farms and government. Fountain Publishers.
  • RUHWEZA, A.K, BAGUMA, G & ETTA F. 2000. SchoolNet Uganda: Curriculumnet. Information and Communications Technologies for Development in Africa: Volume 3. IDRC Books.
  • TAMALE, S. 2002. When Hens Begin to Crow: Gender and Parliamentary Politics in Uganda. West view Press.
  • UGANDA, 2001. The Uganda Primary Schools Curriculum. National Curriculum Development Centre.
  • UGANDA, 1999. Education Strategic Investment Plan. Ministry of Education and Sports.
  • UGANDA, 2000. Education Management Information Systems. Ministry of Education and Sports, Kampala.
  • UGANDA (Ministry of Education and Sports (MoES), 2010. Regulations and syllabuses: Uganda Certificate of Education.

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