L’industrie du disque au Ghana

Par Dr.Godwin Kwafo Adjei

Ce texte offre un aperçu historique de l’industrie du disque au Ghana des années 1920 à nos jours.  Celui-ci évoque également les principaux labels, studios et producteurs, passés et présents, qui ont marqués l’industrie de la musique.

Osibisa. Photo: Africa Oyé
Osibisa. Photo: Africa Oyé

Contexte

Le Ghana, l’un des pays les plus influents de l’Afrique de l’Ouest, bénéficiait dès les années 1920 de maisons de disque comme Zonophone et HMV, établies par des hommes d’affaires britanniques.  En effet, ces maisons de disques diffusaient la musique Highlife ghanéenne à travers le marché ouest africain (Collins, 2002 :8). Le Ghana fut également reconnu comme le premier pays à avoir son propre studio d’enregistrement indépendant, Decca, installé en 1948 (ibid). Dès les années 70, Le Ghana possédait déjà quatre studios d’enregistrement et des usines de pressage pouvant produire plus de 500,000 disques par an. Suite à cette croissance phénoménale des maisons de disques, la musique Highlife ghanéenne s’est répandue dans de nombreux pays donnant naissance à une variante appelée afro-rock par un groupe ghanéen basé à Londres appelé Osibisa.  Cette nouvelle variante a rendu le groupe Osibisa très populaire en Europe. Ces derniers ont joui d’une certaines popularité en Europe, longtemps avant l’explosion de la « world music » (Collins, 2002 :8). Tout semblait prêt à cette période pour que l’industrie musicale ghanéenne se développe considérablement ; de nombreuses boites de nuit et espaces de dance à Accra se sont mis à apparaitre un peu partout.

La perception que l’industrie musicale était une mine d’or pour le pays est devenue un cauchemar pour beaucoup, dû aux nombreux obstacles qui ont secoué l’industrie dans les années 80 lorsque l’intérêt pour la world music se mit à grandir. Beaucoup de jeunes musiciens ne pouvaient pas établir leurs propres boites de nuit et studios d’enregistrement. Les rares à avoir réussi à établir leurs propres boites de nuit et studios d’enregistrement sont Osibisa, Amakye Dede, Kwadwo Antwi et Daddy Lumba. Il est important de noter que ces quelques artistes ont réussi en s’exportant à l’étranger (Collins, 2002).

Entre 1982 et 1984, un couvre-feu a été imposé et ceci a drastiquement affecté l’industrie musicale locale en particulier les boites de nuit et les orchestres live. Quelques temps après la fin du couvre-feu en 1984, des dizaines de discothèques mobiles ou « spinners » qui opéraient jusque-là dans de petites discothèques ont pris le dessus sur les boites de nuits de plein-air  Avec leur frais d’entrée à bas prix, ils ont rapidement pris le dessus sur les orchestres dansants des villes et ensuite des villages. Ils avaient acquis à bas prix des équipements de « spin » qui était plus simple à gérer que ceux plus complexes des groupes de highlife. C’est à cette période que le marché local de la vidéo commence à fleurir offrant des revenus aux promoteurs de concerts ; cela a contribué à détruire les performances live des groupes faisant des tournées dans les villages lointains. (Collins, 2002).

Un obstacle majeur à l’industrie musicale était l’effondrement de l’enregistrement vinyle à la fin des années 70. En conséquence, le pays s’est orienté vers la production de cassettes dans les années 80, principalement mise en œuvre par le marché pirate ; approximativement 5000 pirates opéraient dans la vente de cassettes dans des petits kiosques. Même si ces pirates ont tenté de légaliser leurs opérations et de complètement dominer l’industrie musicale, ils échouèrent dû à des produits de mauvaise qualité.

Une autre entrave à la croissance de l’industrie musicale est le piratage rampant. Le piratage ici se réfère à la duplication non-autorisée de contenu protégé pour ensuite être vendu à des prix substantiellement bas sur le marché. Avant l’introduction en 1992 de la ‘banderole’ anti-piratage pour les cassettes et CD par l’administration gouvernementale des droits d’auteurs, il était estimé que le piratage composait 90% du marché (Collins, 2002).

Les studios d’enregistrement au Ghana

De nos jours, seulement quelques studios et maisons de disques existent au Ghana. La plupart sont localisées dans les capitales régionales telles qu’Accra, Téma et Kumasi. Malheureusement il n’a pas été facile de trouver tous les noms de producteurs et ingénieurs de ces studios. Quelques-uns sont malgré tout listés ici-bas :

Le studio d’enregistrement de l’Université du Ghana situé au Département de Musique (SPA) a Amakye comme chef ingénieur et Ernest Opoku comme ingénieur de studio.

Koded Studio[i], un studio d’enregistrement situé à Takoradi, a Kofi Dua comme ingénieur de studio.

MIDO Productions[ii], studio d’enregistrement à Asylum Down Accra a Jerry K. Boansi comme ingénieur de studio.

LAT Studio[iii] est situé à New Town Accra.

La maison de disque Q. Lex Entertainment[iv], studio d’enregistrement dans le nord d’Accra, a Jeff Tennyson Quaye comme producteur et ingénieur son.

Studio Sunset à Tema a Chris Coady comme producteur et ingénieur[v].

Les maisons de disques populaires au Ghana

Une maison de disque est une marque associée au marketing des sons et clips musicaux. C’est reconnu comme une société de publication qui gère des produits et marques et coordonne la production, la fabrication, la distribution, le marketing, la promotion et la mise en œuvre des droits d’auteurs pour les sons et clips vidéo. Elle effectue aussi de la recherche et du développement de nouveaux talents. 

Parmi les maisons de disques les plus populaires au Ghana on trouve: Lynx Entertainment, qui a émergé comme une équipe auquel le peuple s’est attaché. Le label à signer beaucoup d’artistes à bord comprenant Irene Logan, Zigi Oj Blaq, Eazzy et quelques autres. Même s’ils avaient très bien démarré, ils sont désormais aux abonnés absents.

Une autre maison de disque est Skillions. Ce label n’est peut-être pas populaire à travers tout le Ghana mais ils sont dotés d’une bonne vision.

Bullhaus Entertainment est entré sur la scène musicale avec des artistes comme Iwan, Nii Soul et beaucoup d’autres et a pris le devant de la scène ghanéenne avec une équipe hautement compétente. Le nouveau membre du label, Natural FaCe, pourrait être le prochain grand artiste.

Une autre maison de disque populaire au Ghana dirigé par Hammer est Last 2. Ce label gère de grands artistes tels que Obrafour, Tinny, Edem, Kaw Kese et d’autres que l’on entend de nos jours. Même s’ils ont fermé, ils méritent d’être mentionnés.

Le label le plus récent à faire des vagues dans l’industrie musicale est BBnZ Live. A ce jour, ils ont uniquement signé El à leur label et même s’ils sont nouveaux dans le secteur, ils ont démontré leur habilité à être à la hauteur.

Empire Entertainement est en charge du duo Ruff and Smooth ; il y a trois ans ils ont connu le succès avec leur single “Swagger”. Ils ont depuis signé beaucoup d’artistes tels que “Guru” et d’autres.

Native Park Records a déjà trois artistes, Nana Sei, Edyth et Pastor Samuel Atto et est dirigé par Zapp Mallet.

Arizoner Music Group a façonné en silence des artistes tels que Sylvia, El Hardy et J. Nino. Ces artistes sont devenus populaires et continuent de travailler sous le groupe AMG.

Parmi les nombreuses maisons de disques au Ghana, Media Excel Productions est classé comme le meilleur label chrétien. Il a propulsé des artistes gospels tels qu’ASP Kofi Sarpong et la sensationnelle Joyce Blessing qui a remporté l’album gospel de l’année aux VGMA. Cette maison de disque a transformé les chanteurs d’église en icones  mondiales et nationales en peu de temps. La maison de disque est dirigée par Kwasi Ennin.

Même si le Ghana est pionnier dans l’afro-pop et a une industrie musicale locale établie, l’industrie du disque a été confrontée à beaucoup d’obstacles dès la moitié des années 1970 dû à la récession économique générale du pays. A cette période, la production de disques avait diminué de plus d’un quart. Beaucoup de musiciens et groupes partirent à l’étranger pour enregistrer sans jamais revenir. La conséquence de ces départs est que l’industrie musicale est restée dormante lors des trente dernières années et continue d’être freinée par des crises économiques régulières et un manque de politique effective de la part de l’état.

Réferences:

Amegatcher, A. 1990. ‘Recent Copyright Cases’. Ghana Copyright News, vol. 12.
Amegatcher, A. 1993. The Ghanaian law of Copyright. Accra: Omega Publishers.
Collins E. J. 1985. Music Makers of West Africa, Washington DC: Three Continents Press.
Collins E. J. 1992. African Pop Roots. Philadelphia: Temple University Press.
Collins E. J. 1994. “The problems of oral copyright”. In Frith, S. (ed) Music and Copyright. Edinburgh University Press, pp. 194.
Collins E. J. 2002. “The Ghanaian music industry: a quarter century of problems”. West Africa. Accessed online from <www.scientific-african.org/scholars/jcollins/files/bib17/at_download>.
Collins E. J. 2004. “Copyright, Folklore, and music piracy in Ghana”. Critical Arts: A Journal of South-North Cultural and Media Studies Culture, Communication and Media Studies. Accessed online from <http://www.academia.edu/4481847/JOHN_COLLINS_S.AFRICAN_COMMUNICATION_and_MEDIA_STUDIES_2006._Copyright_Folklore_and_Music_Piracy_in_Ghana>
N Atta Kusi Adusei. The Media and Copyright in Ghana. Accessed online from <https://attakusiadusei.wordpress.com/2011/07/02/the-media-and-copyright-in-ghana/>

[i] Koded Studio (0209316752)
[ii] MIDO Recording studio  024 4376900
[iii] LAT Studio 0273767557
[iv] Q. Lex entertainment record company (0244281621)

Comments

comments powered by Disqus