L’industrie du disque au Malawi

Par Gregory Gondwe

L’histoire de l’industrie du disque au Malawi ne date pas de si longtemps. Celle-ci débute en  1968 lorsque Nzeru Record Company (NRC) a été créé pour promouvoir l’industrie musicale indigène. Avant cela, les enregistrements été faits d’abord dans des studios d’enregistrement mobiles et plus tard par le Federal Broadcasting Studio à Lusaka, en Zambie. Plus tard, les artistes avaient la possibilité d’enregistrer dans les studios de la radio nationale, Radio Malawi, appelée plus tard Malawi Broadcasting Corporation (MBC). Selon John Lwanda et Chipo Kanjo (2013), «Avec le déclin de NRC, entre 1972 et 1989, les musiciens dépendaient largement des installations d’enregistrement de la MBC; compte tenu de la censure  en vigueur pendant l’ère du parti unique, ceci a fort influencé la musique de l’époque et son contenu lyrique[i]

Photo: Piksy/Facebook
Photo: Piksy/Facebook

Lorsque la MBC était le seul lieu d’enregistrement pour les musiciens, ces derniers ne possédaient pas les droits de leurs chansons. L’institution stockait la musique sur des bandes en bobine libre comme elle n’avait pas les moyens de la mettre la sur des  disques vinyle. Cela signifie que les musiciens devaient écouter leurs propres chansons à la radio. Pire encore, les ondes étaient à la merci des présentateurs. Parmi, les orchestres populaires de cette époque, on compte des groupes tels que Likhubula Dance Band de Robert Fumulani, The Police Orchestra, MBC Band, les Chichiri Queens et de nombreux autres. Malgré le talent énorme de beaucoup de musiciens, ceux-ci avait peu de connaissances sur la façon de convertir ce talent en un produit musical dans un studio d’enregistrement. Et puisque la musique été stocké sur des bobines pour les ondes de la MBC seulement, il n’y avait pas moyen de commercialiser cette musique. Seuls les musiciens qui avaient été en Rhodésie du Nord et du Sud (la Zambie et le Zimbabwe) ou en Afrique du Sud, ou ceux qui ont eu la possibilité d’envoyer leur musique dans ces pays, ont pu conserver leur musique sur vinyle. Parmi ces artistes  ont peut citer Ndiche Mwalale, Bali Kuseli et Gerald Wayawaya, entre autres.

Les archives nationales du Malawi à Zomba[ii] sont peu médiatisés et elles vantent d’avoir préservé la musique qui retrace l’histoire de l’enregistrement au Malawi remontant jusqu’à l’époque coloniale. Cependant, étant donné qu’aucune société n’a publié de chansons sur vinyle et il n’y avait pas de studio d’enregistrement autre que la MBC, ce que les archives ont conservés sont pour la plupart les bobines libres de cette institution uniquement. Malheureusement, ces bobines font face à la décomposition chimique appelée  le « syndrome du vinaigre «  en raison du mauvais état dans lequel elles sont conservées.

L’avènement du multipartisme au Malawi en 1994 a d’avantage libéré l’industrie musicale locale, même si la distribution est restée l'apanage de certains commerçants[iii]. Un élément clé dans le développement de l’enregistrement au Malawi est l’orchestre Alleluya. Celui-ci fut lancé en 1978 par le Père Mario, un prêtre catholique, à son arrivée dans la ville méridionale de Balaka. Plus tard, l’Eglise catholique a établi un studio d’enregistrement connu sous le nom d’Andiamo Studios. Ce studio a permis à Alleluya d’enregistrer son premier album sur cassette. L’enregistrement des albums cassettes d’Alleluya Band par Andiamo Studios, par exemple Mtendere (1988), a vu la naissance de l’histoire de la musique moderne au Malawi  (qui a vite fait d’inaugurer l’ère numérique[iv]). L’émergence d’Alleluya Band, dirigé par les mains de maître du guitariste Paul Banda, a conduit le public  à réaliser le potentiel de la musique ;  à savoir que les chansons peuvent être enregistrées dans des studios indépendants, et pas seulement dans les studios de la MBC, et que celles-ci peuvent être mises sur cassettes et appréciées à n’importe quel moment, du moins par ceux qui avaient assez d’argent pour le faire.

Les studios d’enregistrement et la confusion des rôles

Lorsque Paul Banda (frère aîné du célèbre musicien/politicien Lucius Banda) a enregistré un album avec son groupe Alleluya, il a ensuite lancé son propre studio d’enregistrement,  Imbirani Yahvé Studios, dans la ville de Balaka en 1991. De là, la confusion a suivi ; tout artiste musicien ayant déjà enregistré un album ou un single voulait maintenant être propriétaire d’un studio. Même aujourd’hui encore, chaque musicien au Malawi espère qu’un jour devenir propriétaire d’un studio. En raison de cette confusion, le Malawi n’a toujours pas de studios d’enregistrement professionnellement gérés[v].

L’exemple de grands groupes de Gospel et musiciens profanes offre un aperçu des tendances actuelles d’enregistrement au Malawi.  La grande chanteuse de Gospel Ethel Kamwendo-Banda a enregistré son album de 2012 avec l’ingénieur du son Jabby Nkhwazi au 12Note Studios à Blantyre, mais si vous regardez ses 10 précédents albums, vous remarquerez qu’ils ont tous été enregistrés dans différents studios. Ensuite, il y a Laurent 'Lulu' Khwisa, l’un des ingénieurs du son les plus talentueux du Malawi, qui travaillaient pour différents studios avant de former un groupe appelé Mathumela. Ceci est également devenu le nom de son studio à Lilongwe[vi]. Un autre exemple, le chanteur reggae Hax Mumba, a enregistré son album Chibvumbulutso Volume 1 au MC Studio à Lilongwe en 2005, mais plus tard est allé avec Patrimoine Studio pour enregistrer Chibvumbulutso Volume 7 en 2012.

Skeffa Chimoto a enregistré son premier album à succès Nabola Moyo à Eclipse studio (appartenant au feu Lovemore Mwanyama) à Lilongwe en 2011. Quand il a trouvé la gloire et la richesse, il a formé un groupe appelé Real Sounds en 2011, le même nom que son studio à Lilongwe où il a enregistré son dernier album, Chikondi (2013). Les leaders du reggae au Malawi, les Black Missionnaries, lancé par le roi du reggae Evison Matafale, aujourd’hui décédé, a commencé à enregistrer une série d’albums appelé Kuimba One et Kuimba Two au MC Studios à Blantyre entre 1999 et 2000, car à cette époque l’ingénieur du son, le feu Chuma Soko y travaillait. Lorsque Soko décide de commencer son propre Pro Sounds Studios à Blantyre en 2001, le groupe l’a suivi pour enregistrer Kuimba 3 en 2002. Leur album de 2013 Kuimba 9 a été enregistré à Ralph Records à Blantyre.

Habituellement l’enregistrement d’un album nécessite juste un studio d’enregistrement, mais il y a des projets au Malawi qui ont été enregistrés dans de différents studios. Par exemple, l’album Nkhwiko du duo Symon et Kendall (2013) a été enregistré dans trois studios différents, à savoir Maik Studios, Sound Splash, et Petros & Dili Studio. Un autre album enregistré dans différents studios est Adamwiche de Fikisa (2011), qui a été enregistré successivement au Baseline Studios, Clinique Audio, Audio Vision 360 et Nyimbo Music Studio (tous dans Lilongwe) et enfin Lo Budget Studios à Blantyre.

De toute évidence, il y a de nombreux studios d'enregistrement au Malawi. Outre ceux mentionnés ci-dessus, ils comprennent également Groove Magic Studios à Blantyre, appartenant à l’ingénieur de son et politicien Joseph Tembo. Pourtant, l’industrie de l’enregistrement de la musique du Malawi fait face à de nombreux obstacles. Tout d’abord, il y a trop d’établissements opérant sans coordination ou règlement. Cela conduit à des enregistrements de mauvaise qualité et des actes de piratage. Deuxièmement, un artiste qui enregistre dans un studio cette année n’est pas sûr que le studio sera encore là la prochaine fois qu’il ou elle voudrait enregistrer. Troisièmement, il y a la question de la qualité de l’équipement d’enregistrement, qui est souvent de mauvaise qualité. Certains espaces d’enregistrement sont également le lieu d’habitation de la famille propriétaires des studios.

Pendant qu’un artiste enregistre, les occupants des lieux vaquent calmement à leurs occupations quotidiennes.

Les maisons de disque

La même chose peut être dit à propos des labels de musique au Malawi, qui émergent et disparaissent du jour au lendemain, laissant souvent des musiciens sur le carreau avec des contrats signés et scellés collectant de la poussière quelque part. Certains labels de musique qui faisait la une des medias autrefois ont aujourd’hui disparus sans trace. Personne ne peut dire où ils sont maintenant, ce qu’ils sont en train de faire et combien d’artistes ont effectivement bénéficiés de ces labels. Par exemple, Rush Records est une société de musique appartenant à un malawite qui offre outre la production de musique, le management d’artistes et de la gestion de projets selon son site internet[vii].

Un autre label, J&D Record Company, qui a enregistré l’album de Limbani Banda Umodzindi Mphamvu (2008), ainsi que Pemphero de George Mkandawire (2007) et Usadandaule Malawi de Sally Nyundo (2008). Selon leur site web[viii], ils travaillent actuellement sur les albums d’Agorosso, Rudo Mkukupa, Evans Mereka et Zebron Kankhunda, ainsi que Sweeny Chimkango, même si on ne sait pas quand le site a été mis à jour pour la dernière fois!

Il y a également Black Rhyno Entertainment Company, dont le PDG et magnat du hip-hop local est Tay Grin. Lorsque ce label est apparu en 2009, comme tout le reste, il a fait beaucoup de bruit. Leur message était qu’ils étaient là pour travailler avec les musiciens locaux déterminés à poursuivre leur carrière et  promouvoir la musique du pays à l’étranger. L’un de ses objectifs était d’aider les musiciens malawites à apparaitre sur les chaînes musicales internationales comme ChannelO, MTV Base et Trace. Le label Black Rhyno est actuellement inactif, bien que son PDG insiste qu’il est encore bel et bien actif. Bien avant que tous ces labels n’émergent, Zembani Music Company  disait se vouer à l’élévation des musiciens inconnus et à les transformer en des noms familiers.

Vers la fin de 2014, il y eu beaucoup de fanfare lors du lancement d’un nouveau label appelé Spare Dog Records[ix] pour enregistrer et promouvoir les artistes du Malawi[x]. Il a été mis en place par Mattias Stålnacke de la Suède, un guitariste et professeur de musique. Hormis des albums pour Danny Kalima et Michael Mountain, on en sait peu à propos de leurs activités sur le marché de la musique locale, sauf à travers les médias en ligne et internationaux.

Il y a également Rhythm of Life[xi] dirigé par Peter Mawanga[xii], un musicien malawite,autrefois connu sous le nom de Peter Paine, avant qu’il ait commencé la fusion de la musique indigène avec des sons internationaux. Grâce à son label, Mawanga a fondé ce qu'il appelle Talents of Malawian Child (TMC), où il enseigne maintenant les enfants orphelins à former des groupes de musique. Le label est censé produire, enregistrer et vendre leurs albums sur le marché et organiser des spectacles. Le bénéfice de la vente de ces albums est censé payer pour les frais et les vêtements de l’école des orphelins mais peu a été rapporté sur la réussite ou l'échec du projet.

Sans vouloir se moquer des efforts fournis par ces maisons de disque et tout en leur accordant le bénéfice du doute on ne peut que constater qu’il y a peu à dire en ce qui les concerne et les musiciens qu’ils prétendent servir.  Il est clair que le Malawi a besoin de maisons de disque plus sérieuses afin que l’industrie musicale locale devienne une entreprise dynamique, professionnelle, lucrative et durable pour tous les acteurs ainsi que consommateurs de musique.


[i] Lwanda, J. &Kanjo, C. 2013. “Computers, Culture and Music: The History of the Recording Industry in Malawi”. Society of Malawi Journal 66(1),pp.23-42.  <http://www.jstor.org/discover/10.2307/23611942?sid=21106201915063&uid=2&uid=70&uid=4&uid=2129>
[iii] Ibid
[v] Johnson, T. “Malawi’s Emergent Music Industry”. <http://roluk.org/Malawi%20Music%20Industry%20.pdf>

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