La musique classique au Ghana

Par Dr. Godwin Kwafo Adjei

Nous allons tracer les origines de la musique classique au Ghana, ses promoteurs ainsi que les orchestres et institutions réputés dans la promotion de ce genre. Nous verrons aussi la genèse et l’importance accordé à ce genre dans le paysage musical actuel.

Ghana Orchestra & harmonious Chorale-Kokrokoo. Photo: YouTube
Ghana Orchestra & harmonious Chorale-Kokrokoo. Photo: YouTube

On peut classer en deux groupes principaux la musique classique (appelé aussi musique savante) au Ghana: Il s’agit de la chorale, qui est la forme la plus populaire, et l’orchestre. La popularité de la chorale au Ghana est largement attribuée à l’introduction des hymnes chrétiens occidentaux par des missionnaires  à partir 19e siècle et au-delà. L’élimination systématique des formes musicales indigènes par les missionnaires en faveur de leurs hymnes explique en partie la prépondérance de styles de musiques de chorales occidentales au Ghana (Dor 2005 ; Agawu 2003 ; Omojola 2001 ; Nketia 1974).

Quelques personnalités importantes dans la musique classique ghanéenne

On attribue ce qu’on appelle actuellement  la ‘musique savante ghanéenne’, au travail d’indigénisation par le pionnier Ephraim Amu dans les années 1920 (Dor 2005 ; Agawu 1994 ; Nketia 2004). Ephraim Amu[i] a révolutionné les caractéristiques distinctes  des hymnes des chorales occidentales. L'action pionnière d’Amu est l’adoption de deux ou parfois trois temps pour toutes ses œuvres africaines-son accentuation sur la rythmique vocale, sur la longueur conséquente des mots et syllabes comme éléments déterminants des valeurs relatives des notes auxquels ils sont assignés ; ainsi que la construction de mélodies de chorale comme reflets des contours vocaux des chansons- ont galvanisé la révolution de ce qui est désormais connu comme la musique classique ou les chants de chorale ghanéennes. Le travail d’Amu révolutionne non seulement les compositions classiques et des chorales mais aussi les œuvres instrumentales telles que des pièces pour piano composées avec l’intention de soit refléter ou accompagner du texte (Dor 1993 ; Agawu & Amu 1987).

D’autres noms de personnalités qui ont contribués dans ce domaine sont: Dr. Ephraim Amu, Prof. émerite J. H. Kwabena Nketia, Dr. Danso Abiam; feu Rev. Otto Boateng, B. G. Kwami, I. D. Riverson, R. O Danso, Atta Anan Mensah, E. K. Aggor. N. Z Nayo, S. G Boateng, J. M Dosoo, R. K. Ndo, J. T. Essuman, Archbishop J. K. Amissah, Kwesi Baiden et Adu Safo.

Les efforts du pionnier Ephraim Amu ont aidé à constituer les bases pour l’émergence d’une jeune génération de compositeurs ghanéens qui ont, à leur manière de par leurs œuvres contribuées à la croissance et à la survie de la musique savante ghanéenne. La plupart de ces compositeurs ont été formé au sein d’un système d’éducation musicale à dominance européenne et sont des musicologues ou ethnomusicologues qui ont combiné une carrière dans la composition et la formation académique. On peut penser notamment au musicologue réputé  J.H.K. Nketia, à Ata Annan Mensah, N.Z. Nayo, Gyimah Labi, Otto-Boateng, A. Amissah, Adu Safo, Eric Nyarko, Kenneth Kafui and William Anku, parmi d’autres (Agordoh, 2011:34).

On cite  J.H. Kwabena Nketia[ii]  comme le successeur naturel d’Amu comme le plus grand compositeur ghanéen. Sa carrière musicale se distingue par un désir de composer, ancré dans l’étude et des investigations approfondies de la musique traditionnelle africaine.

La vision d’Amu continue d’influencer les œuvres de compositeurs, en termes de style et de direction, particulièrement dans l’intégration d’éléments musicaux africains et européens.

Institutions promouvant la musique classique

On relève une variété d’institutions renommées pour leur promotion de la musique savante au Ghana. Il y a parmi elles, le Ghana National Symphony Orchestra[iii] (fondé en 1959) ; des institutions éducatives comme les chorales d’écoles ou universitaires ;  les chorales d’églises protestantes et de jeunes et d’artistes contemporains de musique savante.

Les autres institutions proviennent des agences comme  les orchestres  de la Police et de l’Armée, des Douanes, des Pompiers et les orchestres des services pénitenciers (Nii-Dortey& Arhine 2010). La plupart de ces institutions jouent durant les périodes festives de Noël et de la Pâque, lors de concours de chants d’écoles ou d’universités, et surtout lors de cérémonies d’inauguration de nouveaux présidents, les fêtes d’indépendance et fêtes nationales.

Toutes les compositions de chorales au Ghana reflètent essentiellement les principes de base d’Amu non sans quelques remarquables innovations : cela comprend les techniques transformationnelles de Nketia pour ses solos et duos de piano (Nketia 2004) et le ‘pianisme’ africain par Gyimah Larbi (Larbi 1994) et Akin Euba (Omojola 2001). Les tendances évolutives de l’industrie couplées aux obstacles économiques poussent l’industrie musicale ghanéenne à se conformer aux standards globaux afin de réussir. Cette industrie est toutefois pavée d’obstacles qui doivent être adressés afin de la rendre plus attrayante pour les jeunes artistes contemporains en devenir.

Références

  • Agordoh, A. A. (2004). The Music of Amu and Nayo. Royal Gold publishers Ltd, Madina- Accra, Ghana.
  • Agordoh, A. A. (2011). The Development of Church Music in Ghana. Sundel Services, Accra, Ghana.
  • Agawu, K (2001). African music as text. Research in African Literatures, vol. 32 No 2:3-7. Bloomington: Indiana University Press.
  • Agawu, K. (1996). The Amu legacy: Ephraim Amu 1899-1995.Africa: journal of the international African Institute, Vol 66, No, 2: 274-279.
  • Agawu, K. and E. Amu (1987). The making of a composer. Black Perspectives in Music, Vol. 15, No. 1: 51-63).
  • Nii-Dortey, M. and A. Arhine (2010). The performing arts and the post-colonial Ghanaian experience: the Ghana National Symphony Orchestra in perspective. Research Review, Vol. 26, No.1: 37-60.
  • Collins, J. E (2002) West Africa. The Ghanaian music industry: a quarter century of problems.

[i] Né le 13 septembre 1899 dans un petit village dans la région de la Volta, Ephraim Amu a grandi pour faire figure d’autorité dans la musique ghanéenne. Il commença par étudier et enseigner au Ghana puis il a étudié au Royal College of Music à Londres (1937-1942) et est retourné au Ghana pour continuer d’enseigner à Achimota College à Accra. Dr. Amu a aussi enseigné à l’Université des Sciences et de Technologie de Kumasi et ensuite à l’institut d’études africaines de l’Université du Ghana, Legon (Nketia : 222-226). Amu a produit un bon nombre de musique vocale avec des textes en langues ghanéennes et écrit des compositions pour des flutes traditionnelles en bambou (atenteben). On lui reconnait le développement d’un atenteben modifié, largement utilisé dans la musique néo-africaine au Ghana et à  l’extérieur. Ses compositions emploient divers genres musicaux  tels que la highlife, la pop, la chorale et la musique Asafo.
Les œuvres d’Amu comprennent : 1. ‘Bonwere Kentewene’ : le compositeur tente de refléter les sons et rythmes complexes de lorsque l’on tisse un tissu de kente en utilisant des voix et le piano. 2. ‘Alegbegbe’ (Car Dieu a tant aimé le monde). 3. ‘Miva miva’ (Viens, viens).  4. ‘Momma yenko so mforo’ (continuons de grimper) 5. ‘Tete wo bi’ (les anciens ont quelquechose à offrir) 5. ‘Yen ara Asaase ni’ (Cette terre nous appartient): cette chanson est présentement considérée comme le deuxième hymne national non-officiel du Ghana.
Amu a à son actif six chansons patriotiques, trois profanes et huit philosophiques. La majoritg des oeuvres d’Amu ont des themes sacrés: ce sont des chansons commémorant la petitesse de l’homme devant Dieu et des invocations pour que Dieu guide le monde chancelant.  Il a aussi des chansons sacrées sur des évènements familiers dans la vie du Christ et deux chansons sur la vie sociale en general. i Il a quatre oeuvres instrumentals à son actif don’t Pipes and drums, Miato agblemaa, Agyinamoa wuo etc.
 
[ii] Kwabena Nketia est né le 22 juin 1921 à Mampong, à l’époque un petit village dans la region Ashanti. Il fit son education primaire et se forma ensuite pour être professeur au Presbyterian Training College à Akropong, Akuapim où il enseigna ensuite et où il fut nommé directeur principal en 1952. Nketia voyagea à l’age de 23 ans grace à une bourse d’étude du government ghanéen pour approfondir ses études. Il étudia à la School of Oriental and African Studies (en linguistique) et Birkeck College de l’Université de Londres (la musique, l’anglais et l’histoire). En 1958, il reçu un programme de bourse de la Rockefeller Foundation d’un an pour étudier à la Julliard School of Composition, l’Université de Colombia et de Northwestern, toutes aux Etats-Unis. Il retourna au Ghana et fut promu au grade de professeur agrégé et finalement de professeur en 1963. Il fut nommé directeur de l’institut d’études africaines deux ans plus tard. Nketia étudia avec le Rev. Danso qui était un étudiant d’Ephraim Amu. Ses oeuvres de chorales les plus précoces étaient grandement influences par l’oeuvre pionnière d’Amu.
Nketia a écrit des oeuvres vocales et instrumentales. Ses oeuvres de chorale comprennent ‘Adanse Kronkron’ (témoignage divin) ‘Mokamfo No’(Louons Le) and Wose Aseda (Tu mérites la grace ). Il a aussi grandement écrit pour le piano: ‘Playtime’, ‘At the Crossroads’ (1961), ‘Libation’, ‘Meditation’, ‘Dagarti Work Song’ (1961), ‘Owora’ (1961), ‘Builsa Work Song’, ‘Volta Fantasy’, ‘Contemplation’,  ‘Antubam’ et ‘The Republic Suite’. ‘The Republic Suite’ fut écrit pour commémorer la première fête de la République au Ghana qui célébrait l’indépendance du pays et qui fut inaugurée par Nketia au clavier et Charles Simmons à la flute devant un auditoire distingué comprenant le Président Kwame Nkrumah le 1er juillet 1960 dans le grand Hall de l’Université du Ghana. Chacun des sept mouvements de la série est une représentation des aspects de l’indépendance du Ghana du Royaume-Uni en 1957.
 

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