La musique classique en Ouganda

Par Benon Kigozi                                                                  

Ce texte donne un aperçu de la musique classique en Ouganda.

L’Orchestre symphonique de Kampala. Photo avec l’aimable autorisation  de la page Facebook KSO.
L’Orchestre symphonique de Kampala. Photo avec l’aimable autorisation de la page Facebook KSO.

La musique classique en Ouganda remonte à l'époque des missionnaires. L'absence d'éducation occidentale avant l’arrivée des missionnaires ne veut pas dire que l'éducation musicale n’existait pas mais plutôt qu'elle était différente de ce qui a été introduit par les missionnaires.

Le Buganda, le plus grand groupe ethnique du pays à l’époque avec plus de 52 clans, a été le plus touché par l'arrivée des missionnaires. De par son riche patrimoine exprimé par le chant, la danse, le jeu de rôle, le costume et la poésie, les clans du Buganda avaient leur propre système éducatif indigène, bien avant l'arrivée des missionnaires. La musique indigène est officieusement acquise par les systèmes traditionnels d'éducation connus comme okugunjula, qui prend la forme de socialisation et de maturation des apprenants tout en les intronisant au patrimoine musical de leurs prédécesseurs. Cela a été et est encore aujourd’hui un long processus non –formel d'acquisition et d'accumulation de connaissances musicales, de compétence, d’attitude, de perception des expériences quotidiennes et d'exposition à des événements communautaires.

L'influence de l'église
 

L’Eglise se forme avec l'introduction des activités missionnaires en 1876. Elle est basée sur les mêmes principes de l'Eglise d'Angleterre. L’enseignement occidental est assuré par ces écoles missionnaires et l’église. Celles-ci serviront plus tard de centres de formation pour les enseignants locaux et le personnel de l'église qui enseigneront les hymnes et autres chansons aux chorales d'église qui se forment. 

Lorsque la cathédrale Saint-Paul à Namirembe fut construite en 1892, la Bible est traduite dans la langue locale Luganda en 1896. Le Rev. Murray Duncan, est le premier maître de chorale et organiste de l’église. Il n’est donc pas surprenant que ce style de la musique classique de culte domine la forme liturgique de la chorale de la cathédrale à Namirembe et les chorales des églises du pays. La chorale à prédominance masculine se rapproche de celle de la cathédrale Saint-Paul de Canterbury en Angleterre. Elles ont le même répertoire classique et mêmes programmes, y compris manuels et chants de Noël.

Des développements intéressants ont lieu au cours des deux dernières décennies, les chorales de l'Église catholique romaine à travers le pays sont fortement influencées par les chorales anglicanes. La collaboration commence en 1995 lorsque des chanteurs anglicans et catholiques se regroupent et forment Kampala Singers.  Cette chorale s’est depuis développée pour devenir une pépinière de chanteurs classiques. Ce forum de coopération et de divertissement, aussi bien pour les anglicans et les catholiques romains, se fait entendre pendant les périodes de fêtes de Pâques et de Noël lorsque la chorale met en scène des concerts classiques dans la ville de Kampala.

Événements et institutions

En 1929, Duncan organise le Festival de Namirembe, qui deviendra plus tard un concours annuel de musique des chorales et écoles de l'Eglise anglicane. Le concours présente un répertoire de musique classique sacrée. L'événement; qui deviendra plus tard le Festival national de musique sous la direction de George Kakoma (alors inspecteur général des écoles), est ouvert aux écoles primaires et secondaires du pays, indépendamment de leur appartenance religieuse.

Depuis, les festivals de musique nationaux et autres festivals de musique sont organisés partout dans le pays. En 2012, un festival de musique est organisé pour honorer les célébrations du Jubilé d'or en Ouganda, et l'UNICEF organise un festival de musique pour sensibiliser la communauté aux maladies telles que le paludisme. Plus récemment, à Kisoro dans le district ouest de l'Ouganda, Water School a organisé un festival de musique pour mettre en évidence les dangers d'un mauvais assainissement. Les festivals de musique ont privilégié la musique classique pour célébrer et éduquer les élèves et parents.

En 1971, le département de musique , de danse et d'art dramatique (MDD), actuellement connu comme le département des arts de la scène et du cinéma (PAF) , est fondé sous la direction de Mbabi - Katana et Moses Serwadda, dans le but de former des musiciens et professeurs de musique à la musique classique, entre autres disciplines. Par la suite, des spectacles de musique classique allant de concerts aux récitals de musique sont fréquemment organisés par le ministère. Le plus notable d'entre eux est le programme annuel de Noël et la cérémonie annuel de remise des diplômes, qui sont tous deux des événements publics.

Quatre à cinq fois par an, les sons du répertoire classique se font entendre à la Serena Victoria Hall, à la salle de bal Sheraton ou au Centre national de la culture à Kampala. Sur scène, les jeunes talents du Kampala Junior Orchestra. Composé de jeunes musiciens et musiciennes, l'orchestre se produit à des fonctions telles High Scorers’ Concerts de l’Associate Board of the Royal Schools of Music, les Journées nationales et lors des visites officielles de personnalités étrangères. Pendant les fêtes de Pâques et de Noël, l'orchestre met en scène des concerts classiques et se produit dans les hôtels, les écoles et les mariages. Dirigé par Kiggundu Musoke, Kampala Junior Orchestra est le seul orchestre classique en ville.

L’enseignement de la musique classique

Lorsque la musique est introduite au curriculum, les enseignants enseignent des chansons européennes. Les universitaires notoires inclus George Kakoma, qui composera l'hymne national ougandais, Adolu Otojoka un chanteur d’opéra et professeur de musique, Lwasampijja Kayizzi, le premier organiste noir après Murray Duncan et Michael Kalule le directeur de la célèbre chorale de la cathédrale de Namirembe. Certains musiciens locaux auront l'occasion d’étudier la musique classique en Grande-Bretagne et en France participant ainsi au développement de la musique classique en Ouganda tout en rassemblant les communautés du pays autour du chant d’hymnes consolidant et amplifiant ainsi les activités des missionnaires.

La musique classique a évolué au-delà du chant et des chœurs. Avec l'introduction d'instruments de musique occidentaux – les instruments à vents, à cordes et à claviers -  les connaissances théoriques  sont devenues une exigence naturelle afin d’assurer une bonne exécution. Même si la musique classique ne constitue pas une matière donnant lieu à examen, elle est enseignée dans diverses écoles primaires. Makerere College School et Gayaza High School sont parmi les rares écoles qui offrent la musique classique aux niveaux normal et avancé.

Même si elle est depuis retournée au Royaume-Uni, Fiona Carr a été reconnue pour son génie musical après le lancement de l'Ecole de musique de Kampala et du projet « Pianos for Uganda » (Pianos pour l'Ouganda) visant à solliciter des pianos pour les étudiants dans une ville où il n'y avait pas de magasins de piano. Aujourd'hui, L’Ecole de musique de Kampala et MusiConnexions Uganda se chargent de la formation de jeunes musiciens classiques talentueux à Kampala. Ces derniers deviennent de célèbres artistes et professeurs de musique tout autour de la ville.

Certaines écoles bénéficient de budgets plus importants et de départements de musique plus rigoureux. Le Kampala international Ouganda School (KISU) peut se vanter de programmes musicaux diversifiés proposant les cours de musique IGCSE, IB et ABRSM. Les élèves ont la possibilité d'apprendre à jouer deux instruments  ainsi que l’instrumentation qui leur permet de participer à des représentations tout au long de l’année. Les représentations se déroulent lors des assemblées scolaires sous forme de récitals de musique, cérémonies de remise des diplômes IB, concerts de Noël et spectacles de fin d'année.

Au cours des dernières années, l’Uganda Society for Musical Arts Education (USMAE) s’est acquitté de la responsabilité de préserver, conserver et coordonner l’éducation musicale en Ouganda. L’USMAE a soutenu des événements de musique classique allant de concerts à des ateliers et conférences. La société organise ces événements sur une base annuelle, où les étudiants présentent  des exposés sur la musique classique ougandaise tout en participant à des spectacles de musique classique et performances non classiques.

Un certain nombre d'écoles de musique basé sur le modèle de conservatoire a vu le jour dans la capitale Kampala. Les écoles de musique présentes à Kampala sont notamment Kampala Music School, MusiConnexions Uganda et Esom Music School. Même si elles ne sont pas très bien équipées faute de budget, elles offrent une formation correcte. Aujourd’hui, les jeunes aussi bien que les adultes apprécient mieux la musique classique et s’inscrivent à des  cours privés tout en assistant à des concerts de musique classique ou en participant à des récitals. 

Les compositeurs locaux comme Wassanyi Sserukenya ont trouvé un moyen de concilier l'écart qui existe entre la musique occidentale et la musique traditionnelle. Aujourd'hui, deux styles de " musique classique " prévalent dans le pays où la musique moderne de l'église se fond  à l’hymnodie occidentale et le traditionnel Kiganda. Les compositeurs locaux ont appris à concilier un genre appris par cœur au style libre de la musique classique occidentale. 

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