La musique dans les médias gambiens

Par Oko Drammeh

Le journalisme musical a une longue tradition en Gambie surtout avec l’influence de magazines tels que Melody Maker et Rolling Stone et de programmes radio comme ceux de Radio Caroline et de la BBC à Banjul. Un des groupes les plus populaires, les Super Eagles, apparaissaient régulièrement sur la BBC et étaient parmi les premiers groupes africains à faire une tournée au Royaume-Uni dans les années 60 profitant d’une large couverture médiatique à travers l’Afrique. Le Service d’Information de la Gambie, supervisé par le gouvernement britannique avant l’indépendance en 1965, couvrait les tournées anglaises des Super Eagles ainsi que les sorties de leurs albums et concerts. A l’époque, il n’y avait qu’un seul journal dans le pays, le Gambia News Bulletin, un journal qui a façonné le journalisme gambien. Celui-ci comprenait une chronique musicale et parlait des évènements musicaux, de l’art et la culture.

Beaucoup de choses ont changé depuis. Ce texte offre un aperçu des média gambiens et plus précisément leur relation avec l’industrie musicale locale.

Photo: Radio Syd studio, 2000. Photo: Henryk Kotowski/commons.wikimedia.org
Photo: Radio Syd studio, 2000. Photo: Henryk Kotowski/commons.wikimedia.org

La radio

Radio Gambia a été créée en 1962. Ce n’était au début qu’une chaine d’information, opérant de 18 heures à minuit et retransmettant des programmes d’autres parties de l’Afrique et de l’Angleterre, notamment ceux de la BBC. La musique jouée sur Radio Gambia était de la musique populaire britannique (comme les Beatles et les Rolling Stones) ainsi que de la musique country américaine (telle que Buck Owens et Jim Reeves) et plus tard de la musique calypso des Caraïbes. La radio nationale évolua plus tard en GRTS Radio[i] et se mit à jouer beaucoup de musique locale gambienne, à titre d'exemple le programme hebdomadaire du lundi.

La première chaine musicale à émettre tout au long de la journée en Gambie, Radio Syd a été créée en 1969. Elle a été lancée par Britt Wadner et émettait à partir de la Suède. Avant de lancer la radio, Syd Wadner et son mari avaient un bateau amarré au port de Banjul qui faisait office de boite de nuit appelée Cheeta 2. Au début, les morceaux joués sur la station étaient essentiellement de la musique pop américaine à la mode comme le rock and roll et la soul. Elle émettait en anglais, français, wolof et mandingue. Le français a été progressivement délaissé au profit d’une troisième langue nationale, le foula. On pouvait capter cette radio à ondes courtes à travers le Sénégal, la Mauritanie et la Guinée Bissau. Au fil des années, Radio Syd a créé une plateforme pour des musiciens gambiens et journalistes à travers la région. La station a cessé d’émettre en 2001[ii].

Aujourd’hui la plupart des radios en Gambie sont des stations de musique. Elles jouent jusqu’à 20 heures de musique par jour et se connectent à Radio Gambia pour les informations locales et en anglais. Il y a actuellement plus de 15 stations FM en Gambie. Celles-ci comprennent West Coast Radio[iii] offrant deux services : West Coast 1 pour des programmations pour jeunes et de la musique urbaine, et West Coast 2 pour des informations et de la musique locale. Capital Radio[iv] est une station populaire qui joue et met en avant de la musique gambienne et sénégalaise. Vibes FM 106.1[v] joue beaucoup de reggae et hip-hop d’artistes gambiens et américains. Kora FM 103.9[vi] est une station qui met en avant le son de la kora et la tradition des griots. City Limits Radio est une station privée qui mêle la musique ouest africaine et le reggae avec des talkshows et de la programmation européenne. Unique FM 100.7[vii] valorise la musique urbaine gambienne à raison de 20 heures par jour et diffuse aussi des programmations de Voice of America (VOA).

A cause d'un manque apparent de musique gambienne à diffuser, beaucoup de stations gambiennes jouent de la musique sénégalaise, très demandée vu que les pays partagent les mêmes langues et cultures (foulani, mandingue, wolof et joola). En effet, le Sénégal pays limitrophe, a une industrie musicale plus développée avec de nombreux studios d’enregistrement, des maisons d’impression de disques et autres. Beaucoup de musiciens gambiens choisissent donc d’enregistrer leur musique au Sénégal et de s'inscrire auprès du bureau sénégalais du droit d'auteur (BSDA) [viii] .

La télévision

La chaine étatique Gambia Radio and Television Services (GRTS) est la seule station locale en Gambie. La station a été créée en décembre 1995 à la suite d’un décret du gouvernement gambien qui a fusionné la première station de télévision nationale avec Radio Gambia. Comme avec GRTS Radio, GRTS TV diffuse des programmes musicaux qui varient de la musique traditionnelle à la musique urbaine et internationale telles que “FILA”, “African Mix”, “Goudi Samdi”, “Bollywood Showbiz”, “Dial GRTS Request Show” et “Ada Ak Coosan”.

Les médias imprimés et en ligne

Le Daily Observer[ix], (qui appartient aussi au gouvernement) est le journal qui connait la plus large circulation localement. Il publie deux pages de chronique musicale paraissant le vendredi. Les pages musicales comprennent un guide d’évènements et des critiques d’albums par Sheriff Janko ainsi qu’une chronique musicale sur les légendes de la musique gambienne par Oko Drammeh. Auparavant il y avait une chronique musicale appelée Bantaba de l’ancien rédacteur Hatab Fadeta, qui s’entretenait avec des stars locales et étrangères.

Parmi les journaux qui parlent de musique on peut citer notamment The Point[x] , qui a une colonne musicale d’une page, chaque vendredi, par Njie Baldeh et couvrant des évènements à venir et de nouvelles sorties. The Voice[xi] a une page culturelle les vendredis couvrant des évènements musicaux ainsi que les entretiens avec des artistes. The Standard[xii] a une colonne hebdomadaire les mercredis qui s’entretient avec les artistes professionnels n’étant pas uniquement des musiciens mais aussi des écrivains et stylistes par exemple. Forooya [xiii] est en majorité un papier politique affilié à l’opposition et avec un fort message d’unité africaine. Même s’il ne couvre pas de contenu commercial comme des revues ou sorties d’album, on y écrit des articles et évènements africains progressistes. Kibaaro News [xiv] offre quelque chose de semblable. Tous ces journaux possèdent aussi de populaires plateformes en ligne.

D’autres sources d’information populaire incluent What’s On Gambia[xv], Freedom Newspaper[xvi], The Gambia Echo&Tribune[xvii], Today[xviii] (créée en 2007), Senegambia News [xix]et Gambia Affairs[xx].  Une autre plateforme en ligne est Access Gambia[xxi], un répertoire d’entreprises et opérateurs gambiens comprenant l’industrie musicale. De plus petits blogs dédiés à la musique gambienne incluent Gambian Music & Musicians[xxii] , même s’il n’a pas été mis à jour depuis 2012 et The Gambia Experience[xxiii] qui comprend des informations sur les instruments et la musique traditionnelle gambienne.

Une autre initiative qu’il faut mentionner est le magazine Outlook. Le journal était dirigé par Waggan Fye, un musicien gambien basé aux Etats-Unis et qui travaille maintenant en Gambie comme producteur de l’Open Mic Festival, le plus grand festival local attirant près de 15 000 visiteurs par an depuis 2010. Le journal était apprécié par le public et couvrait l’industrie plus en détail que d’autres publications avec des entretiens, des discussions  techniques, des chroniques et revues d’albums et des potins. Malheureusement la publication a dû s’arrêter au bout d’une année après seulement quelques publications, une grosse perte pour l’industrie locale.

Des avancées positives ont malgré tout été réalisées. L’Association des Journalises Musicaux de Gambie a été établie à Banjul en 2012 par des journalistes de divers quotidiens comprenant Njie Baldeh (The Point), Sheriff  Janko (The Observer), Kebba Kanteh (Forooya), Bakary Ceesay (The Voice), Musa Sheriff (Today) et d’autres contributeurs radio et de journaux papiers. Cette association a pour but de faciliter l’accès aux artistes internationaux visitant le pays, d' obtenir des accréditations média et photos lors d’évènements ainsi que protéger leur propriété intellectuelle. L’Association n’a pas encore de bureau mais les membres se rencontrent régulièrement en particulier pour planifier la couverture de grands évènements musicaux. L’Association des Jeunes Journalistes de Gambie (YJAG)[xxiv] est une institution similaire alors que l’Union de Presse de Gambie (GPU)[xxv], établie en 1978, est l’entité la plus grande pour tous les journalistes et praticiens des médias gambiens.

Même s’il reste encore beaucoup à faire, les médias en Gambie ont considérablement évolué depuis l’indépendance du pays. Il existe maintenant une large variété de chaines de radios et télévision et de publications, qui renforcent chaque jour leur présence sur les plateformes en ligne et mobiles, mettant en avant toutes sortes de musique et offrant une visibilité accrue de l’industrie musicale locale.

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