La musique dans les médias ghanéens

Par Arnie Baidoo

Apres le renversement du régime militaire au Ghana, les média  locaux semblent jouir d’une liberté plus grande que leurs homologues africains. Ceci grâce à la Constitution ghanéenne de 1992 (Chapitre 12) garantissant la liberté de presse et l’indépendance des média.  En plus de cela, le Président John Agyekum Kufuor abolit la loi pénale sur la diffamation.

Journaux au Ghana. Photo: Starrfmonline
Journaux au Ghana. Photo: Starrfmonline

Les média ghanéens ont été classés comme « libres » d’après un rapport de Freedom House sur la liberté de presse en 2011. Seulement quatre autres pays africains ont reçu cette classification. Voici un aperçu des média ghanéens, les formes traditionnelles ainsi qu’en ligne avec un focus sur l’industrie de la musique locale.

La radio

La radiodiffusion a débuté en 1988 lorsque la radio étatique Ghana Broadcadsting Corporation jouissait d’un monopole avec des diffusions internationales via des stations étrangères comprenant des diffusions de Voice of America, RFI et la BBC sur 101.3 FM. L’année 1995 a marqué le début de la privatisation des fréquences radio et la prolifération des stations radio ; il y a en ce moment près de 200 stations éparpillées à travers les 10 régions du pays.

La plupart des stations radio ont le même modèle mêlant des débats, de l’information, de la musique et plus de 50% d’entre elles émettent en langues locales du pays. Très peu jouent uniquement ou en prédominance de la musique comme la radio Atlantis 87.9 FM et VOM 107.5 FM basées à Accra.

Voici quelques stations qui ont une programmation de discussions et d’informations mais qui sont aussi réputées pour la musique. Parmi les radios basées à Accra il y a Joy FM 99.7FM, Citi FM 97.3FM, Live FM 91.9FM, Starr FM 103.5 FM, Peace 104.3FM, YFM 107.9FM and Hitz FM 103.9FM. Il y a Luv FM 99.5FM à Kumasi, Skyy Power Radio 93.5FM à Takoradi et A1 Radio à Bolgatanga.

Les radios Atlantis et VOM, diffusant toutes les deux plus de musique que des émissions, ne jouent pas de musique locale. Ces stations jouent de la musique soul, du R&B, hip hop, de la country, du gospel et de la musique rock étrangère. D’autres radios jouent de la  musique ghanéenne, africaine et d’autres musiques internationales. Parmi la musique ghanéenne, le gospel, la highlife, l’afrobeats et l’azonto dominent les ondes avec un grand pourcentage de musique nigériane jouée sur toutes les stations.

La highlife, genre supposé avoir donné naissance à toutes les autres formes de musique au Ghana, souffre d’un manque de temps d’antenne sur les radios ghanéennes comparées aux autres genres. Seulement une poignée d’artistes parviennent à obtenir des diffusions avec ce genre de musique, la plupart étant des musiciens anciens. Ce manque de diffusion de la musique highlife sur les radios locales a causé un ralentissement dans le secteur de la musique ghanéenne forçant beaucoup d’artistes émergents à rediriger leur musique de la highlife au hiplife et à d’autres genres.

Un autre genre souffrant de peu de diffusion sur les chaines locales est le gospel. A cause de cela, les artistes du genre gospel ont été forcés à créer leurs propres émissions et faire de l’auto promotion pour leur musique. Beaucoup de jeunes musiciens chrétiens  font du rap, du R&B et du rock gospel mais il semble avoir une certaine apathie et un manque de tolérance de la part du public. Les chaines Sunny FM 88.7FM  à Accra, Sweet Melodies et Spirit FM 88.3 à Kumasi sont dédiées au gospel.

Le reggae n’a pas eu un meilleur sort sur les radios ghanéennes. La musique reggae jouissait de bons créneaux horaires mais ces derniers ont diminué ces dix dernières années. Seulement une poignée de stations ont des programmes dédiés au reggae. La plupart des artistes reggae doivent à jouer sur la plage pour survivre.

L’attention des radios ghanéennes s’est orientée vers le dancehall ghanéen et ce genre jouit de plus de diffusion sur les airs. Les chansons de dancehall et ses artistes ont remporté le plus de prix lors des Vodafone Ghana Music Awards  et ceci de manière consécutive pendant trois ans.

Pour innover, quelques stations incorporent désormais de la musique live dans leur programmation avec la plupart de ces sessions diffusées en direct.

La télévision

La Constitution établit en 1992, la Commission Nationale des Media du Ghana, qui a pour but la responsabilité de promouvoir et d’assurer l’indépendance des média  et la télévision privée est permise (même si la télévision en général a été introduite au Ghana en 1965). Comme la radio, la Ghana Broadcasting Corporation avait un monopole sur la diffusion télévisuelle jusqu’en 1994, lorsque les chaines de télévision privées et les télévisions numériques à péages commencèrent à fleurir.

Il y a près de vingt chaines transmises en clair comprenant l’importante Ghana Television (GTV), Metro TV, United TV Viasat 1 TV, TV3 Network, ETV Ghana et TV Africa. La plupart de ces stations ont aussi des studios pour des émissions musicales en direct pour permettre à des musiciens de jouer devant un public et de telles émissions musicales diffusent des  genres variés de musique ghanéenne. Sur GTV « The Celebration of Legends » est une émission qui offre aux artistes ghanéens légendaires l’opportunité de jouer leurs anciens tubes en live. « Music Music » sur TV3 Network, est une plateforme pour les artistes de tous âges et de tous genres de musique ghanéenne  jouent live également.

Au cours de la dernière décennie, beaucoup de ces stations produisent et diffusent des télé-réalités musicales cherchant à révéler des talents à travers le pays et leur donner le soutien nécessaire pour exceller dans le business de la musique. TV3 Network, a produit beaucoup de nouveaux artistes ces dernières années à travers leur télé-réalité musicale « Mentor ». La station produit aussi « Talented Kids », une émission de télé-réalité pour enfants qui a aussi vu l’émergence de très jeunes musiciens. TV Africa produit « Amazing kids »  un autre programme qui découvre de jeunes talents et musiciens. Viasat 1 Television produit « Born Starz » une télé-réalité qui a produit quelques-uns des plus grands nouveaux noms dans la musique ghanéenne. La chaine étatique GTV accueille d’autres télé-réalités musicales comme « Stars of the Future », « Nescafé African Revelation », « MTN Hitmaker » et « Vodafone Icons ».

La plupart des chaines transmises en clair jouent des clips vidéo ghanéens moyennant un paiement – une problématique à l’origine de nombreux débats parmi les musiciens, administrateurs musicaux et détenteurs de média. Alors que les musiciens défendent qu’ils offrent du contenu aux chaines de télévision, les détenteurs de tels média pensent autrement, affirmant que les clips vidéo sont une forme de publicité pour les musiciens et qu’ils doivent être facturés en conséquence.  La plupart de ces stations produisent aussi des magazines musicaux. Il y a par contre, d’autres stations de télévision qui ont dédié une part considérable de leur temps d’antenne à la musique comme 4Syte TV, GhOne Entertainment TV, Oceans TV et Fiesta TV.

En ce qui concerne les genres, le hiplife, l’afrobeat, le hip hop et le gospel, reçoivent une grande part d’antenne. Et encore ici, la highlife reçoit le plus petit pourcentage de part d’antenne.

Les journaux

Plus de 145 journaux sont publiés au Ghana avec près de 20 journaux indépendants et près de 15 sont des quotidiens. Les plus sponsorisés sont les journaux étatiques tels que le Daily Graphic, le Ghanaian Times ainsi que les journaux privées Daily Guide, The Finder et The Statesman.

Trois journaux de divertissement dédient la plupart de leurs pages à la musique : Graphic Showbiz, Razz newspaper, et le journal Flex. Les journaux de divertissement fournissent 70% de leur espace à la musique et ceux qui font l’actualité musicale. En dehors des nouvelles sensationnelles sur quelques affaires liées à la musique, les journaux dédient de l’espace pour la promotion de tous les genres musicaux.

Les magazines au Ghana ne sont pas aussi stables et financé que les journaux. Il n’y a actuellement aucun magasine sur la musique au Ghana. Tous se sont effondrés dû au manque de sponsors et à la montée des réseaux sociaux et plateformes digitales. Les nombreuses tentatives par des éditeurs de produire des magazines de musique au Ghana sont demeurées infructueuses. Les prix et le manque de contenu original dissuade les consommateurs d’acheter ces magazines et contraint les éditeurs à acquérir des partenariats et les distribuer gratuitement. Les magazines toujours en circulation ne sont pas dédiés à la musique.

Les média en ligne

Depuis les débuts des années 2000, les média en ligne dominent l’espace médiatique au Ghana. Les progrès technologiques et la passion des ordinateurs ainsi que les téléphones de plus en plus sophistiques ont poussé à la croissance des portails en ligne, avec les espaces média traditionnels incorporant un portail en ligne en complément de leurs chaines.

Alors que beaucoup de ces portails ont des segments de divertissement, ceux-ci sont uniquement dédiés au partage et à la diffusion de la musique : Ghana Music, Ameyaw Debrah, NYDJ Live, ENews GH, Ghana Playlist, Hitz GH, Ghana Motion, GH xclusives, et Pulse.

Comme c’est le cas dans le reste du monde, les différentes plateformes médiatiques du Ghana influencent collectivement la société sous tous ses aspects – de la politique, à l’art et la culture.

Comments

comments powered by Disqus