La musique dans les médias Rwandais

Par Kalinda Brendah

L'industrie de la musique au Rwanda est en pleine croissance et les médias ont joué un rôle important dans sa croissance. En effet, les médias ont influencé l'industrie de la musique au Rwanda de plusieurs façons. Au fil des années, cette dernière a fait des progrès remarquables. La qualité de la production audio et vidéo s'est considérablement améliorée, et a permis aux musiciens d'atteindre un public plus large qu'auparavant. La contribution des stations de radio et de télévision locales, ainsi que celle des médias en ligne ne devrait pas être sous-estimée. Ils ont en effet contribué à attirer plus de fans en privilégiant les chansons produites localement par rapport aux chansons étrangères. Ce texte donne un aperçu des principaux médias liés à la musique au Rwanda.              

presse écrite Rwandese. Photo: www.greatlakesvoice.com
presse écrite Rwandese. Photo: www.greatlakesvoice.com

La radio

La radio est la principale voie par laquelle les Rwandais ordinaires reçoivent les informations sur l'actualité et la musique du pays. La première station de radio dans le pays,  Radio Rwanda, a été créée en 1961 et appartient à l'Etat. C'était l'unique opérateur jusqu'à la création d'autres stations de radio en 2004. La radio a été officiellement inaugurée le 19 mai 1961, mais les émissions tests avaient commencé trois mois plus tôt. De 1961 à 1962, Radio Rwanda a développé ses infrastructures à l'aide d'équipement importé, ce qui lui a permis de couvrir 80% du pays dès 1978.

En 1993, pendant la guerre entre l'Armée patriotique rwandaise (FPR) et le gouvernement rwandais, Radio Rwanda a perdu son monopole avec la création de la station privée Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM). À la fin de la période tragique du génocide de 1994 contre les Tutsis, Radio Rwanda a de nouveau été la seule station de radio fonctionnant dans le pays jusqu'en 2002, lorsque la loi a autorisé la création de stations de radio privées. Depuis, de nombreuses radios privées ont été créées[i].

Aujourd'hui, il y a tellement de stations de radio qu'il est difficile de les suivre toutes. Il y a environ 33 stations de radio enregistrées au Rwanda, notamment des stations commerciales, religieuses et communautaires. Parmi les stations de radio les importantes, il y a 98.7 KFM[ii], Kiss FM[iii], KT Radio[iv], Radio 10[v], Flash FM[vi], Radio Salus[vii], City Radio[viii], Radio One 91.1FM[ix], Contact FM[x] et Magic FM[xi].

La radio est le média préféré des populations rurales au Rwanda parce qu'elle parvient dans tous les coins du pays. À l'extérieur de Kigali, les régions du pays possèdent de petites stations ou des radios communautaires gouvernementales, comme RC Musanze, Rubavu et Karongi. Dans chaque district, il y a une radio appartenant au gouvernement. Souvent, les citoyens ruraux connaissent mieux que les citadins la musique locale  parce qu'ils sont constamment rivés à leurs radios!

Les radios chrétiennes sont populaires au Rwanda. On peut citer par exemple Ubuntu Butangaje (ou Amazing Grace Christian Radio 105.1)[xii], Authentic Radio 92.8 FM[xiii], Sana Radio (ou Restore FM)[xiv], Radio Umucyo 102.8 FM[xv], Voice of Hope (affilié à Adventist World Radio), Voice of Africa 94.7 Kigali FM[xvi], et Radio Maria[xvii]. Ces stations jouent de la musique gospel, par des musiciens locaux aussi bien qu'internationaux, appropriée à leurs croyances religieuses.

Certaines émissions sont consacrées à la musique rwandaise. Dans ces émissions, les présentateurs informent le public à propos des récents spectacles de musique et des concerts à venir. La plupart des stations de radio et de télévision rwandaises sont maintenant diffusées en ligne via streaming et certaines ont leurs propres chaînes sur YouTube. Il y a par exemple Isango na Muzika présenté par Phil Peter sur Isango Star Radio[xviii] et 1on1 présenté par Anangwe sur Contact FM[xix].

La télévision

La première station de télévision au Rwanda, connue sous le nom Rwanda TV, a été créée en 1992. La chaîne appartient au gouvernement et s'appelle désormais Reba TV et est sous la tutelle de l'Agence Rwandaise de Radiodiffusion (ARR)[xx].

Aujourd'hui, le nombre de stations de télévision privées a augmenté. Chaque station passe un temps considérable à promouvoir la musique et les musiciens locaux. On peut citer, entre autres,  TV 10[xxi], TV 1[xxii], Lemigo TV[xxiii], Family TV[xxiv], et Yego TV[xxv]. Parfois, les stations de télévision locales diffusent des vidéos de musique appréciées par le grand public. Il existe plusieurs talk-shows qui explorent l'industrie musicale, comme par exemple Celebrity Show présenté par Lucky Nzeyimana sur Family TV[xxvi].

Les fournisseurs régionaux de télévision payante comme DStv, GoTV et StarTimes ne sont pas à la portée de la plupart des Rwandais. Cependant, ceux qui s'abonnent à ces services ont accès à de la musique internationale diffusée sur plusieurs chaînes, les plus populaires étant MTV et Trace Urban.

La presse écrite

Les journaux rwandais suivent l'industrie musicale locale et informent régulièrement leurs lecteurs par exemple sur les classements musicaux et les sorties d'albums. De cette façon, le public est tenu au courant des nouvelles tendances musicales. La presse écrite fournit également les actualités des artistes étrangers et explore les tendances musicales internationales.

Le New Times, qui est le journal principal au Rwanda, publie quotidiennement (sous forme imprimée et en ligne) une colonne dédiée aux actualités du monde du divertissement et publie des rapports plus détaillés pendant le week-end[xxvii].

Imvaho Nshya[xxviii] et Izuba[xxix]  sont les deux autres principaux journaux. Ils sont publiés en kinyarwanda, la langue officielle du Rwanda.

Les médias en ligne

L'utilisation des nouvelles technologies est en train de révolutionner la façon dont l'information est partagée, y compris la vente et la consommation de la musique. Un nombre croissant de sites internet offre la musique rwandaise et donne au monde entier un accès à la musique rwandaise, aux profils de musiciens, aux paroles de musique, à l'actualité et aux événements musicaux. On peut citer, entre autres, IGIHE[xxx], Inyarwanda[xxxi], Umuseke[xxxii], Imirasire[xxxiii], Yegob[xxxiv], Rwanda Paparazzi[xxxv] et Kigali Today[xxxvi]. Parmi les plates-formes d'information en ligne populaires, il y a The Rwandan[xxxvii], The Rwanda Focus[xxxviii], et News of Rwanda[xxxix].

Les musiciens au Rwanda utilisent de plus en plus les médias en ligne pour promouvoir leur musique. Les ventes d'albums ont été surpassées par les téléchargements numériques et le streaming. Facebook, Twitter, YouTube et Instagram dominent donc maintenant l'industrie musicale, et de nombreux musiciens utilisent ces plates-formes pour promouvoir leur art. La plupart des musiciens rwandais ont commencé leur carrière sur internet avant d'être connus dans les médias traditionnels. L'engouement pour les médias sociaux n'a pas épargné le Rwanda. La plupart des entreprises de télécommunications permettent gratuitement l'utilisation de Facebook sur leurs réseaux mobiles. Cela permet aux propriétaires de téléphones portables même les plus rudimentaires, à condition qu'ils aient accès Internet, de toujours être au courant de ce qui se passe sur la scène musicale.

Les langues utilisées dans les médias

Le kinyarwanda domine l'industrie musicale locale, et la plupart des musiciens la choisissent pour transmettre leurs messages. Cela est dû au fait que le kinyarwanda est, par rapport aux autres langues, la langue la plus parlée et la mieux comprise dans plusieurs régions du pays. De plus, la plupart des musiciens rwandais ont un faible niveau d'études. La plupart ne parlent pas couramment les langues étrangères comme l'anglais ou le français. Le kinyarwanda est donc considéré comme le moyen le plus efficace pour diffuser des nouvelles à travers le pays. Cependant, s'il y a une nouvelle importante dans la musique au Rwanda, certains journalistes tentent de traduire la nouvelle en anglais afin de la partager avec le monde entier.

Les musiciens rwandais ont compris que les auditeurs s'identifient plus  aux chansons qui sont chantées dans une langue locale, car cela leur donne un sentiment d'appartenance. Cependant, ces derniers temps, de plus en plus de musiciens  vont à contre-courant, et chantent en anglais ou en mélangeant l'anglais avec le kinyarwanda ou le swahili afin de percer sur le plus grand marché de l'Afrique de l'Est ou sur le marché mondial.

La liberté de la presse

L'article 34 de la Constitution du Rwanda stipule que «la liberté de la presse et la liberté d'information sont reconnues et garanties par l'Etat». Cependant, d'autres clauses définissent largement les circonstances dans lesquelles ces droits peuvent être restreints, et en pratique les médias demeurent sous le strict contrôle du gouvernement. La loi sur les médias de 2009 a énoncé des règles strictes, ainsi que les exigences en matière d'accréditation et les procédures pour l'octroi de licences. La loi exige notamment que les journalistes révèlent leurs sources au gouvernement  durant les enquêtes criminelles.

La loi interdit également la propagation d'idées fondées sur «des facteurs de division ethniques, régionaux, raciaux, religieux, linguistiques, ou autres." L'incitation publique au "divisionnisme" est passible de cinq ans de prison et d'amendes allant jusqu'à 5 millions de  francs rwandais (environ 7000 $). Les lois interdisent également la diffamation envers le chef de l'Etat ou d'autres fonctionnaires, acte qui est punissable jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et avec des amendes allant jusqu'à 10 000 francs rwandais (14 $). Ces lois sont généralement considérés comme étant vagues et trop générales[xl].

Malgré le rôle joué par les médias dans le génocide (voir Thompson, 2007), ces même médias au Rwanda constituent de nos jours l'une des meilleures armes pour lutter contre les divisions dans la société. Le gouvernement collabore avec la jeunesse pour organiser des événements qui favorisent l'unité, comme la Marche du souvenir[xli].

Toutefois, le gouvernement a interdit certaines vidéos jugées explicites ou allant à l'encontre des règles données aux artistes quand ils enregistrent des vidéos. On peut citer par exemple 'Ancilla' par Urban Boyz[xlii], 'Welcome to bed' par Dr Jiji[xliii], 'Antere Ibuye' par Dr Jiji, Ama G The Black avec Bruce Melodie[xliv], et 'I like you' par Fearless[xlv]. Toutes ces vidéos ont été interdites en 2014 par la Commission rwandaise des médias (Rwanda Media Commission -RMC)[xlvi], l'actuel organe de régulation. Néanmoins, le Rwanda continue à se développer rapidement dans tous les secteurs, y compris le secteur du divertissement.


Pour en savoir plus

Ndikubwayezu, G. 2011. ‘Rwandan Media Today‘. Disponible sur le site
Media High Council. 2011. ‘New list of licensed media organs in Rwanda’. Disponible sur le site
Thompson, A. (ed.) The Media and the Rwanda Genocide. Kampala: Fountain. Disponible sur le site
Freedom House. 2014. ‘Rwanda’. Disponible sur le site
United Nations. 2014. ‘Rwanda media barometer launched on World Press Freedom Day’. Disponible sur le site

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