La musique et les médias au Swaziland

En raison de la taille relativement petite du pays et de sa densité de population, il y a peu de plateformes médiatiques - à savoir presse écrite,  radio, télévision et médias en ligne au Swaziland. Ce texte donne un aperçu des médias du pays et leurs rapports à l’industrie de la musique locale.

L'enregistrement d'une émission de radio pour enfants au Swaziland. Photo : news.bbc.co.uk
L'enregistrement d'une émission de radio pour enfants au Swaziland. Photo : news.bbc.co.uk

Au cours de la dernière décennie, les Swazis (société majoritairement chrétienne) adoptent le gospel, genre dominant au Swaziland, suivi de la musique internationale. Cela étant, l’évolution de ces dernières années, démontre une appréciation croissante pour le contenu local. Les médias contribuent énormément à cette croissance en propulsant la carrière des artistes locaux.

La presse

La presse est le support le plus populaire du pays. Les Swazis des milieux urbains et ruraux sont plus enclins à saisir un journal, largement accessible dans les transports publics ou dans les aires d’accueil des cliniques ou entreprises.

Le journal d’État Swazi Observer Group of Newspapers propose trois publications, à savoir le Daily Observer (publié du lundi au vendredi) ainsi que les éditions de fin de semaine The Observer on Saturday et The Sunday Observer. Le divertissement est considéré comme un élément important du journal : les éditions quotidiennes proposent une rubrique divertissement, tandis que les éditions du week-end proposent des suppléments thématiques - Lifestyle& Entertainment(ou simplement "L&E') pour l'édition du samedi et Scenepour l’édition du dimanche[i].

The Times of Swaziland Group of Newspapers fonctionne de la mêmemanièreavec News Swazi et Sunday Times. Ces journaux proposent  l'actualité musicale locale et internationale, charts de musique et sorties d’albums. Swazi News, publié le samedi, contient le Gcwala, un  supplément détachable, tandis que le Sunday Times offre le supplément Style[ii].

Il n'y a pas de magazine au Swaziland, à l'exception de The Nation, un magazine mensuel de commentaires et d’analyses socio-politiques[iii].

La radio

Le principal diffuseur radio,  le Swaziland Broadcasting and Information Services (SBIS), propose deux chaines de radio : la SBIS1 diffusée en siSwati et la SBIS2 destinée aux jeunes et diffusée en anglais.  L’émission 'Morning Jam' sur la SBIS2, aussi connue sous le nom de ‘Breakfast Show’animée par Bobo et LindelwaMafa, accompagne les auditeurs tous les matins avec une programmation 100  % locale [iv].

La chaine gospel Voice of the Church (VOC)touche actuellement entre 2,5 et 2,8 millions d'auditeurs au Swaziland, en Afrique du Sud et certaines régions du Mozambique. La programmation est essentiellement instructive et motivationnelle[v].

Il n'y a malheureusement pas de radio communautaire au Swaziland.  La Radio Communautaire de Lubombodu Lombo Media Community Group fondée en 1999, est en attente d’une licence qui ne pourra être délivrée qu’après adoption du parlement du projet de loi sur la communication. L’adoption de cette loi permettra aux stations de radio indépendantes d'opérer dans le pays. La radio communautaire obtient cependant un permis  spécialen 2013 lors des célébrations d’anniversaire du Roi Mswati III.

La télévision

Le Swaziland Television Authority (STA), également connu sous le nom de Swazi TV [vi], est la plus ancienne station de télévision du pays. Presque tous les foyers Swazis qui possèdent un poste de télévision, y ont accès. ‘The Beat Down’ est l'émission musicale la plus populaire. Elle cible les jeunes de 15 à 25 et se concentre sur le top 10 des clips vidéo du monde entier [vii].

"This Weekend eSwatini' est un autre programme musical populaire qui propose l’actualité musicale des  célébrités locales et internationales, l’interaction avec le public et un calendrier des événements musicaux [viii].

D'autres émissions de musique incluent  'Washumkhukhu", un programme découverte de talents locaux, 'Emachalachala' proposant les chorales gospel et ‘Gospel Impact’, proposant de la variété gospel. 

Channel Swazi est une chaine locale privée, bien qu'elle ne soit pas aussi populaire que Swazi TV. Le  bouquet DStv, concurrent de la chaine nationale, est également disponible. De nombreux Swazis préfèrent souscrire au bouquet DStv offrant une fenêtre sur le monde extérieur plutôt que de suivre la chaine de télévision locale qui diffuse jusqu’à 22h30. Les chaines de musique Trace Urban,Channel O et  MzansiMagic Music sont très populaires. L’abonnement au bouquet DStv est relativement coûteux, bien qu'il y ait des offres sur mesure pour convenir ceux à faibles revenus, et certains ont même trouvé des moyens de s'abonner illégalement en passant par l'Afrique du Sud.

Les médias en ligne

Les cybercafés ont vu le jour dans tout le pays et les Swazis ont accès à internet, par exemple à travers le Wi -Fi disponible aux étudiants de l'Université du Swaziland (UNISWA).

La radio en ligne gagne également en popularité. N'ayant pas réussi à obtenir un permis d'exploitation du gouvernement, la  Radio Communautaire de Lubombo a été mise en ligne[ix]. Swazi Jive Radio , une division du label local Swazi Jive Entertainment, est une station de radio saisonnière diffusée en ligne avant le show annuel 'Hipnotik' [x].

Swazi Jive a également créé la nouvelle plateforme Dobro Audio, visant à révolutionner l'industrie musicale swazie en offrant des chartes de musiques en tous genres. Les fans ont la possibilité d’écouter, d'acheter ou de télécharger de la musique, et les artistes sont en mesure de distribuer et vendre leur musique[xi]. En outre, les artistes swazis sont également en mesure de télécharger leur musique sur iTunes et d’autres plateformes internationales.

Relativement peu connu mais non moins actif est FrequentXP, un groupe de jeunes Swazis passionnés par les arts. Leur objectif est d’identifier et de promouvoir les talents dans les domaines de la musique, de la danse, du DJing, de la peinture, la mode et la photographie [xii].

Bien qu'inactif ces derniers temps, le site MusicSwaziland est une plateforme promouvant le talent musical swazi [xiii].

Swazi Hip-Hop Magazine, un magazine en ligne, n’a malheureusement pas réussi à décoller. Créé avec l’intention de promouvoir la culture urbaine du Swaziland, on sait peu de choses sur cette initiative [xiv].

La liberté des médias

Il y a divergence d’opinions sur le rôle historique des médias swazis en Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid. Certains avancent que les annonces à la radio et par d’autres moyens de communication promurent agressivement une propagande anti-ANC, en inspirant la peur dans l'esprit des Swazis, décrivant la lutte et l'activisme révolutionnaire comme étrangère, anti-Swazi et antipatriotique [xv]. D'autres témoignages indiquent que le Swaziland, aussi bien que le Botswana et le Lesotho, critiquaient ouvertement le régime de l'apartheid, même s’ils dépendaient économiquement de l'Afrique du Sud [xvi].

Créé en 1996, le Media Institute of Southern Africa (MISA) a pour objectif de promouvoir la liberté d'expression en faveur de la démocratie et la protection des droits de l’homme [xvii]. L’Association nationale des journalistes (SNAJ) est un autre exemple bien qu’elle ait suspendu ses activités. En 2002, le Swaziland Editors Forum réunissant journalistes et rédacteurs, a élaboré et approuvé un code de conduite afin de garantir les normes professionnelles. Pour le moment, aucun organisme n'existe pour assurer le respect du code de déontologie. Par conséquent,la SNAJ compte actuellement sur des volontaires des salles de rédaction pour assurer que les journalistes prennent connaissance et respectent le code [xviii].

En 2015, la censure dans les médias locaux est en quelque sorte une 'règle tacite". Les médias savent mieux que de diffuser ou publier tout ce qui pourrait inciter le public ou froisser les autorités. La censure est ancrée dans l’opinion publique. La liberté des médias au Swaziland est donc un mythe. Cette théorie est basée sur les événements récents qui ont donné lieu à l'arrestation de l'éminent avocat des droits de l'homme  Thulani Maseko et le rédacteur de magazine Bheki Makhubu l’année dernière. Les deux hommes ont été accusés d'outrage au tribunal suite à la publication de deux articles dans le journal Nation critiquant l'arrestation d'un inspecteur des véhicules du gouvernement. Les deux hommes ont depuis été libérés [xix]. Selon certains témoignages, la liberté des médias est en danger au Swaziland, avec des journalistes affirmant qu'ils font face à un harcèlement constant [xx].

Des artistes locaux spécialisés dans la musique traditionnelle ont également exprimé leurs inquiétudes de ne pas recevoir suffisamment de temps d'antenne par rapport aux artistes gospel ou du hip-hop.


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