La musique live à Maurice

Depuis 2014, le paysage musical connaît un changement drastique à Maurice. On a vu pousser des festivals et assisté à l’ouverture de nouveaux lieux de diffusion, et ce malgré une conjoncture économique difficile où les organisateurs peinent à trouver du soutien.

Un spectacle au Kaz'out musik festival (Maurice). Photo: kaz-out.com
Un spectacle au Kaz'out musik festival (Maurice). Photo: kaz-out.com

En 2015, sept festivals de musique ont été organisés, contre un en 2014. Une impulsion des entrepreneurs de la musique pour dynamiser le secteur et apporter un nouveau souffle à la scène musicale de Maurice.

Maurice souffre depuis des années du manque d’espaces d’expression et de diffusion de la musique. Si, dans les années 80-90, le village touristique de Grand Baie et ses pubs étaient, au nord de l’île, le centre névralgique de la musique live, on a constaté la disparition de quelques-uns de ces lieux au début des années 2000, et ce pour des raisons économiques. La conjoncture a vite changé la donne pour les musiciens.

S’il y a eu, certes, quelques festivals auparavant, avec notamment le Samemsa et le Reggae Donn Sa, on a pu noter une accalmie durant deux ans. L'année 2015 a connu une effervescence inattendue.

D’un festival, on est passé à sept manifestations d’envergure, avec des structures solides, mais des budgets différents. Malgré tout, ces manifestations ont mis en lumière le nombre d’entreprises culturelles pouvant proposer des plateaux de qualité, des artistes de registres divers et des programmations bien pensées.

Chapelet d'évènements musicaux

Un creuset d’influence pour célébrer la musique et l’art à leurapogée. Les mélomanes en ont vu et entendu de toutes les couleurs avec les festivals et la programmation diverse et variée de 2015. Une année à marquer en gras pour la culture à Maurice. Petits portraits de ces festivals qui auront marqué les oreilles mauriciennes.

Le Ernest Wiehe Jazz Festival,  en hommage au grand saxophoniste mauricien Ernest Wiehe, mort en 2010, s’est imposé en quatre éditions comme la référence du jazz à Maurice. Avec la participation d’artistes locaux et internationaux comme AfrikaMhkize, François Jeanneau ou L’Orkès Pei d’Olivier Ker Ourio, cette manifestation est désormais devenue incontournable.

The Bridge Eco-Art Festival avait la volonté « de créer un pont symbolique, de connecter ces deux disciplines que sont l’art et l’écologie, de connecter les Mauriciens au concept de l’écologie, de favoriser leur ouverture à la créativité ». Un pari réussi pour sa première édition, avec un line-up composé d’une trentaine d’artistes, dont le reggaeman allemand Patrice. C’est dans le village de Tamarin à l’ouest de l’île, que s’est tenu ce projet écolo haut en couleurs.

Le Dombeya Music Festival se voulait plus street et roots, avec un plateau 100 % Mauricien. La scène comprenait ainsi des têtes d’affiche de chez nous : Zulu, Menwar, Hans Nayna, The Prophecy, Ras Natty Baby, Damien Elisa, Philippe Thomas Syndicate, Blakkayo, Ras Nininn… ainsi que de nouveaux talents prometteurs.

Kaz’Out Music Festival en était à sa deuxième édition, après celle de 2013, la conjoncture économique ayant contraint l’organisateur Lively Up à renvoyer l’édition de 2014. Pour sa mouture 2015, Kaz’Out a présenté un plateau de qualité, avec le groupe Baster de la Réunion en tête d’affiche, dans le magnifique cadre des jardins du Château Labourdonnais.

Porlwi by light,initié par Move For Art, a réuni plus de 300 000 personnes sur trois jours dans la capitale du pays, Port-Louis. Par le biais de la musique, des arts de rue, de performances originales, d’installations gigantesques, d’expositions etd’installations lumineuses, ce projet culturel et artistique a bouleversé le regard sur l’art de toute une île.

La première édition du One Live Muzik Festival, au Café du Vieux Conseil de Port-Louis,a marqué les esprits par sa convivialité et son ambiance chaleureuse. Avec sa programmation « Océan Indien », il a proposé à un public curieux et ravi des groupes locaux, de la Réunion, de Rodrigues et Agaléga.

Lancé par Angelo Gopee, Mauricien établi en France, le Labourdonnais Music Festival a misé sur un plateau d’artistes internationaux pour son baptême sonore. Avec Christophe Willem, Marina Kaye et le trio L.E.J, le dernier festival de l’année 2015 a connu un accueil favorable du public. A noter la place réservée également à la scène locale, avec la présence de Yoan Catherine et DJ Assad.

Les lieux de diffusions

Pour conserver le rythme et garder la cadence, il est primordial que la musique vive hors des festivals. Les lieux de diffusion deviennent ainsi essentiels pour promouvoir la scène actuelle.

Ce secteur connaît actuellement un réel essor, avec des programmations plus étoffées. Si, auparavant, le Sapin Café Culture était le temple de la musique live, depuis deux ans, Lakaz Cascavelle s’impose comme un site privilégié pour découvrir les sonorités mauriciennes actuelles. Situé à l’ouest de l’île, pas loin de la plage de Flic-en-Flac, il est le lieu où se rendre pour entendre des prestations en live, surtout les mercredis.

Les Jam dan Lakaz sont d’ailleurs devenus incontournables, avec des sessions enflammées. Lakaz Cascavelle donne également la chance aux jeunes artistes de se produire et de promouvoir leur musique.

Au centre de l’île, à Ebène, le Hennessy Parkoffre des plateaux musicaux les vendredis soirs. Une transition mélodieuse et rythmée pour entamer le week-end, lors d’happy hours soutenus par du live, avec une programmation sélective.

Plus roots et plus prosaïque, Enso niché au cœur du village de la Gaulette, pas loin du Morne, revêt un cachet particulier. Toujours dans l’ouest, à Flic-en-Flac, le Kenzi Bar ouvre son jardin les dimanches après-midis pour des sessions musicales avec des groupes locaux. Dans une approche très épurée, les concerts ici sont toujours nappés d’une ambiance un tantinet hippie.

De son côté, dans le froid de Curepipe, le petit pub Apocalypse réchauffe la nuit à coups de vibesroots. Du reggae au hip hop en passant par le dancehall, le blues et la soul, la culture urbaine est omniprésente dans cet espace du centre-ville.

Au Sud de l’île, à l’entrée du village de Mahebourg, le Baz’Art bordé de canne à sucre laisse place à la musique selon un calendrier saisonnier. Ce lieu offre un cadre chaleureux au public et aux artistes, avec un grand jardin pour des prestations à ciel ouvert, et une salle couverte dans un beau bâtiment en pierre.                    

Ce feu d’artifice d’événements à Maurice, l’émergence de festivals et la pérennité des lieux de diffusion permettent aux artistes du pays de survivre dans un pays ou le piratage fait rage. Car aujourd’hui, la seule arme pour combattre toute forme de pillage est bien le live. Et les notes sont bien parties pour résonner encore plus fort sur les plaines et les plages de l’île.


Référence:
Porlwi by Night
One Line Muzik Festival
Kaz'Out Muzik Festival
Ernest Wiehe Jazz Festival

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