La musique live au Togo

Le Togo fait partie des pays de l’Afrique de l’Ouest qui depuis les années 50 déjà, s’affirmait en matière de musique live à travers les prestations de l'emblématique Bella Bellow. Après cette époque, et l’avènement du numérique, le live a disparu pour faire place au semi-live et au play-back. Mais ces dernières années, condamnés par les exigences du terrain, les artistes togolais renouent avec le live.

(Photo) Artistes Togolais sur une scène live
(Photo) Artistes Togolais sur une scène live

Historique de la musique live au Togo

Le Togo était concerné par ce phénomène du live qui commença de façon exponentielle vers les années 50. De retour de la deuxième guerre mondiale, les anciens combattants et expatriés togolais ont vulgarisé le live au cours des soirées de retrouvailles entre amis et parents mais également des fêtes nationales et de fin d’année.

« Mon père, après son retour de la 2ème guerre mondiale, s’intéressait fortement à la musique. Il était revenu avec une  flûte qu’il aimait siffler, les soirs, après son retour du travail. Souvent, les week-end, il se retrouvait avec ses amis pour chanter et danser », a confié, Sylvain Kadjo, fils d’un ancien combattant.

Mais ce n’est qu’entre les années 60 et 80 que beaucoup de musiciens togolais se sont révélés au public togolais grâce à une génération d’artistes qui ont fait la pluie et le beau temps. C’est dans cette perspective que des orchestres comme Melo-Togo et le groupe Sasamasso ont vu le jour.

En effet, la plupart des artistes ou musiciens étaient des fonctionnaires qui aimaient la musique live. Des artistes comme Fifi Rafiatou, Tassivi Tobias, Achi Deba, Agboti Yao sont des exemples remarquables de ce type de prestation artistique au Togo.

« La musique live a fait son temps au Togo. Le live était plus présent au moment où le Togo n’avait pas encore été partagé par les puissances coloniales. En ce moment, des groupes se formaient dans divers quartiers de la capitale où des commerçants nantis achetaient des instruments aux musiciens pour faire du live. Il eut aussi du live dans les églises et lors des fêtes nationales, comme la fête de l’indépendance du Togo », a confié, Agboti Yao, un doyen de la musique togolaise.

A l’époque, la présence de grandes sociétés comme Fine Musique ont permis l’éclosion de nouveaux talents qui animaient la musique live au Togo. Fine Musique était alors considérée comme le principal financier de la musique live à cette époque.

A chaque concert, cette société occupait la place du sponsor officiel. Ceci lui permettait de faire la promotion de son produit, la cigarette Fine, mais aussi de la musique togolaise à travers ces prestations live.

Ce qui fait qu’en cette période de l’histoire du live au Togo, les concours et les grands évènements musicaux étaient fréquents. Il n’y avait pas de week-end sans soirées artistiques ou musicales dans les coins les plus chauds de la capitale togolaise.

Les artistes internationaux comme Alpha Blondy, Meiway, Koffi Olomide, qui descendaient sur Lomé, produisaient toujours des spectacles live.

« Le sérieux et la semi professionnalisation de la musique à l’époque avec les Bella Bellow, Akofa Akoussa, Afia Mala, Fifi Rafiatou, renforcés par des musiciens ghanéens, attirèrent l’attention des congolais de l’ex Zaïre, du Dahomey, la Côte d’Ivoire et du Nigeria… », a indiqué Nicolas Gbadoé, un promoteur de la musique togolaise.

L’âge d’or du live au Togo était dès lors, associé aux orchestres et autres groupes qui entraient en studio pour commercialiser leur oeuvres comme Kodjo Djanka.

« Les années 50 jusqu’aux années 80, représentent la période que nous appelons dans le monde musical, la période d’âge d’or du live. Mais avec l’avènement du parti unique, le RPT, le live perdit de sa superbe, la plupart des musiciens était réquisitionné dans des groupes folklorique et d’animation dont le plus célèbre est Areto » explique, Karlos Danklou, directeur général du studio All That Production.

La musique live professionnelle devint alors une musique de propagande du pouvoir, ce qui provoqua l’exil vers le Benin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Gabon et le Cameroun, de la plupart qui ne voulait pas rentrer dans les rangs.

Selon des analystes, à cette époque, les mélomanes aimaient la bonne musique, pas forcément commerciale. Beaucoup de musiques enregistrées à l’époque étaient faites en Côte d’ivoire ou au Ghana, dans le souci de la recherche de la qualité. Cette époque du live a été donc soutenue par des arrangeurs locaux à l’exemple de Ana Disseni.

« Il n y avait pas d'autre forme qui était connu en cette époque. C’était du live ou rien. Aujourd’hui, les jeunes avec l’évolution de la technologie ne s’adonnent plus à fond à la chose musicale. Et la plupart ne savent pas jouer d'un instrument voire même chanter les notes. A notre époque, ce n’était pas du tout ça. La musique ça se chante et ça se vit », a expliqué, Ami Youyou, un artiste togolais.

Les artistes togolais à l’école du semi-live

La fin des années 90 et le début des années 2000 a vu la naissance d’une nouvelle génération d’artistes qui s’est plus adonné au Hip-hop et au RnB vue que la technologie avec la M.AO (Musique Assistée par Ordinateur) a connu un grand essor à cette période de la vie musicale togolaise

« Vers les années 2000, le semi-live a pris du service au Togo grâce à des artiste comme Eric Mc, Ali Jezz, Rx Patou, le Groupe Wel’sny. Ils étaient les pionniers du semi-live puisque, à cette période, les nouvelle technologies faisaient leur apparution », a affirmé Kevin Dieudonné, un journaliste et animateur à la télé LCF basée à Lomé.

Selon certains observateurs, l’influence des musiques congolaises et ivoiriennes a beaucoup pesé sur la balance. Ce qui fait que les artistes togolais ont préférer plutôt virer vers le semi live.

La musique live revint timidement à la surface à partir des années 90. Avec l’avènement de la démocratie, les anciens groupes d'alors tels que le groupe Sassamasso font des retours timides. En effet, la renaissance du live fut plus visible à partir des années 2000 où le play back ne répondait plus à la réalité en matière de professionnalisme.

C’est ainsi qu’on peut relever les cas d'artistes comme Toofan, The Seeds, King Mensah, Almok, Toto Tsilatsi, le groupe Bella Bellow qui animaient des soirées live dans des coins de la capitale tels que l’Espace 54, le Sunset, la Rumba...

Le retour du live au Togo

Aujourd’hui, des promoteurs culturels se sont regroupés pour instituer des soirées exclusivement réservé au live, parmi ces spectacles on peut citer : « Peace Forever Live Music », « Campus en Live » et 228 T Factor. Ces initiateurs affirment que ces différentes scènes ont pour but d’inciter les artistes togolais à faire du live afin de mieux se vendre.

« Ces spectacles ont pour objectif de promouvoir la musique live au Togo. C’est une musique qui non seulement peut être exportée et vendue à l’extérieur, mais qui nécessite, de la part de l’artiste, beaucoup de travail, de réflexion et d’originalité », a ajouté, Ariel Dassanou, coordonnateur du festival « Peace Forever Live Music ».

Cette nouvelle apparition du live au Togo est actuellement soutenue par une génération d’arrangeurs musiciens togolais comme Karlos Danklou, Joël Azetor, Kang The Dreamer, etc.

Aujourd’hui, le live, peu à peu, renaît de ses cendres, avec une pléiade d’artistes jeunes, qui font leurs preuves et prennent exemple sur l’ancienne génération comme Sasamasso qui continue d’égayer les mélomanes, tous les week-ends, à l’espace aéré du Cerfer.

Du coté des autorités togolaises, des réformes s’opèrent dans le milieu artistique afin de créer un cadre juridico-légal pour la bonne marche du secteur et sa professionnalisation, car beaucoup de musiciens talentueux professionnels s’expatrient.


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