La musique live en Ouganda

Par Bamuturaki Musinguzi

La musique live a toujours joué un rôle central dans les divertissements en Ouganda. Ce texte en retrace les origines et en décrit les principales caractéristiques. 

Artiste ougandais Ruyonga au Bayimba. Photo: Daniel Ecwalu/Bayimba
Artiste ougandais Ruyonga au Bayimba. Photo: Daniel Ecwalu/Bayimba

Histoire/fond

Les racines de la musique moderne en Afrique de l’est remontent au début du 20ème siècle (Collins, 1985). En Ouganda, les premiers enregistrements de musique populaire datent de 1929 avec le label British Odeon. Dans les années 50 le pays comptaient plusieurs labels produisant  de la musique traditionnelle sur des 78 tours, telle que The Young Baganda Singers’, Party Kibirige et Budo Party, Nanyoga and Party, et un certain nombre de chorales d’écoles et de cathédrales.

La musique live est depuis très longtemps une forme de divertissement populaire chez les ougandais. Dans les années 40 et 50, l’Ouganda a adopté les valses et le foxtrot mais plus particulièrement le dansi style (une musique de salon jouée en Afrique de l’est à l’époque) accompagné par l’accordéon, la guitare, le banjo, la mandoline ou encore le violon, mais en ce temps-là, la guitare était déjà l’instrument le plus populaire.

Les productions comptaient alors des stars telles que Mengo African Orchestra, Jimmy Sajabbi, le Sanyu Sesame Band et Joseph Bunkeya qui a fondé l’un des plus anciens groupes, à savoir Buye Kigowa Galimasani (BKG), ainsi que John Ssebirumbi qui jouait de l’accordéon, du piano et qui plus tard, formera Kasanga Music Party en 1943, à Kasanga au sein de la capitale Kampala.

C’est à la même époque qu’est apparu le Kadongokamu, un genre unique de musique pop en Ouganda et se produisant principalement dans les salles de théâtre. Le genre comprenait des stars comme Willy Mukabya, Dan Mugula, le chanteur, guitariste aveugle de langue acholi Faustino Okello, Martia Luyima et les défunts Bernard Kabanda, Christopher Ssebaduka,et Paul Kafeero, pour ne citer qu’eux.

Plus tard, dans les années 60, l’Ouganda n’a pas échappé aux rythmes de rumba qui, à ce jour, influencent encore la région. D’après Ronnie Graham, “pendant les années 60 Kampala se balançait sur la rumba zaïroise importée” (Graham, 1992). Comme les autres pays d’Afrique centrale, l’influence des congolais sur la musique populaire était telle que la plupart des groupes qui animaient  les fêtes et les divers évènements étaient soit zaïrois, soit des imitateurs de ce style tant apprécié.

Les stars du moment étaient feu Eclas Kawalya, Samuel Wamala, Gerald Mukasa, Israel Magembe et son Kampala City Six Band, Moses Katazza, Elly Wamala, Eva Nanyonga, Edmond Hannington Batte, Charles Guinaro, Freddie Kigozi, Martin Munyenga, feu Mary Nattima, Orchestra Melo Success, l’Equator Sound et Super Volcano, et les regrettés frère et soeur Charles Sonko et Frida Sonko et le groupe Cranes, parmi tant d’autres.

Les années 1970 à 2000 ont produit des stars telles que Peterson Tusubira Mutebi, Jimmy Katumba and The Ebonies, Sammy Kasule, Frank Mbalire, Tony Ssenkebejje, Maria Wandaka, Geoffrey Oryema, Philly Bongoley Lutaaya, Freddy Kanyike et Samite Mulondo, et bien d’autres encore.

Le président Idi Amin était mélomane et soutenait un certain nombre de groupes locaux. Les meilleurs devaient se rendre à Nairobi, au Kenya pour enregistrer leurs chansons sous des labels internationaux. Aujourd’hui, il existe un grand nombre de maisons de disques en Ouganda.

Les lieux de représentations

De nos jours, la musique live en Ouganda est surtout concentrée à Kampala dans différents clubs et hôtels. Il y’a peu de groupes dans les villes d’Entebe et de Jinja. Les points chauds de Kampal sont : Club Obligato, le Bubbles O’Leary Irish Pub, le Théâtre National, le Goethe-Zentrum Kampala/Ugandan German Cultural Society et l’Alliance Française de Kampala à Nakasero et le Great Lakes Restaurant au Kampala Serena Hotel.

D’autres lieux populaires sont: le Grand Imperial Hotel, la discothèque Ange-Noir, The Rocks à Speke Hotel, le Paradise Terrace Restaurant et le Rhino Pub au Sheraton Kampala Hotel, Emin Pasha Hotel à Nakesero, le Kampala Casino, le Gatto Matto à Bugolobi, le Fas Fas à Bugolobi, le Jazz Ville à Bugolobi et le Labamba Club à Nansana.

Les festivals

Black Roots Unlimited en partenariat avec Nile Breweries Limited sous sa marque Nile Gold Crystal Malt Lager, organise le Nile Gold Jazz Safari au Kampala Serena Hotel chaque année en octobre. La superstar internationale de RnB nominée aux Grammy Awards Joe Thomas et le guitariste Norman Brown, détenteur d’un Grammy, étaient les têtes d’affiche de la 7ème édition de cet évènement en octobre 2014. Parmi les stars alignées lors de ce grand rendez-vous musical on pouvait compter Tizer, le célèbre quintet de jazz.[i]

Le Festival International des Arts de Bayimba est organisé annuellement par la Fondation Bayimba dans le Théâtre National de Kampala et comprend de la musique, de la danse, des défilés de mode, des projections de films, des expositions d’art ainsi que des débats sur l’économie de la culture. Depuis sa première édition en 2008, une large variété d’artistes confirmés et aspirants venant d’Ouganda, d’Afrique de l’est et d’ailleurs se sont produits au Festival de Bayimb. La 7ème édition de ce festival a eu lieu en septembre 2014 à Kampala[ii].

Le Club Guvnor’s Legends Ball est un grand bal organisé à la discothèque Ange Noir chaque trimestre. C’est un évènement très attendu au cours duquel des légendes de la scène musicale ougandaise jouent leurs morceaux favoris. Parmi eux on compte notamment : Sammy Kasule, Eddy Ganja, Moses Matovu, Herman Ssewanyana, Frank Mbalire, Tony Ssenkebejje, Dan Sseninde Kaggwa et Charles Busulwa Ssekamate.

La Fête de la Musique est un festival qui célèbre tous les genres, il est ouvert aux enfants comme aux adultes, aux amateurs comme aux professionnels. Créé en France le 21 juin 1982 pour célébrer le premier jour de l’été, la Fête de la Musique est organisée chaque année dans plus de 100 pays. L’objectif principal de cet évènement n’est pas seulement d’attirer des musiciens de tous genres sur une même scène, mais aussi de promouvoir la paix et l’amitié entre les peuples, d’échanger des expériences entre les musiciens chevronés et les jeunes talents, enfin ce festival entend valoriser l’appréciation mutuelle entre les différentes cultures. Les artistes se produisent gratuitement, pour le simple plaisir de se retrouver ensemble à l’Alliance Française de Kampala[iii].

Les brasseries Nile Breweries sous leur marque Club Pilsener ont organisé le premier Club Pilsener Music Megafest le 20 Septembre 2014 à Kampala. Parmi les invités on a pu compter la star americano-jamaïcaine de reggae et de dancehall Shaggy, le très popoluaire duo sud-africain Mafikizolo, le roi du dancehall nigérian Burna Boy, la jamaïcaine Patra, et des artistes locaux tels que Jose Chameleone, Bebe Cool, Radio et Weasel, et Cindy.

Ce concert fait partie du projet de Club Pilsener afin de soutenir l’industrie musicale, d’encourager les jeunes artistes en les sponsorisant ou en établissant un partenariat dans le lancement d’albums, l’organisation de spectacles de rue, des concours de DJ et des spectacles acoustiques. C’est une plateforme sur laquelle les meilleurs talents peuvent se produire aux côtés d’artistes venus d’ailleurs.

Les principaux promoteurs de concerts en Ouganda sont : Black Roots Unlimited[iv], le Goethe-Zentrum Kampala/Ugandan German Cultural Society[v], l’Alliance Française de Kampala[vi], Nile Breweries Limited[vii] et Bayimba Foundation[viii].

Tournées d’artistes internationaux en Ouganda

Depuis peu, l’Ouganda est devenu une destination populaire pour les artistes internationaux. Des stars telles que les américains Howard Hewitt (du groupe RnB Shalamar), Gerald Albright, Keith Sweat se sont produits sur scène, de même que le groupe de reggae britanique UB40.

De nombreuses stars africaines ont également chanté sur la scène ougandaise : le chanteur, compositeur et guitariste namibien plusieurs fois récompensé G.R. Mosimane Elemotho, Franco Luambo Makiadi et son TPOK Jazz ainsi que Tabu Ley Rochereau du Congo, des stars sud-africaines comme Ladysmith Black Mambazo, Hugh Masekela, Yvonne Chaka Chaka, Jonathan Butler et le regretté Lucky Dube, sans oublier le tanzanien Mzungu Kichaa.

Des défis à relever

En ce moment, l’industrie musicale manque d’une véritable structure et de professionnels du métier. L’organisation de tournées, les normes de qualités, les procédures de marketing, de promotion, de lutte contre le piratage, de distribution et de digitalisation, sont autant d’obstacles à franchir. L’Union des Musiciens Ougandais n’est pas très compétente en la matière et le gouvernement n’a malheureusement pris aucune mesure pour soutenir la créativité en général.

Certains critiques soulignent le déclin de la qualité de production et du sens musical. Pendant ce temps, les ‘artistes de CD’ qui se produisent avec de la musique de fond plutôt qu’avec des musiciens se taillent la part du lion comme le prouvent les foules qu’ils attirent à chaque concert. Ils gagnent pas mal d’argent selon les jours étant donné qu’ils n’ont pas à payer ou transporter tout un orchestre d’un concert à l’autre.

Cette tendance ne manque pas de contrarier les musiciens “instrumentaux” expérimentés et a des conséquences aussi bien dans le domaine de la scène que dans l’industrie dans son ensemble.

Par exemple, d’après Moses Matovu, leader du groupe Afrigo : “ nos jeunes artistes en herbe devraient apprendre à jouer au moins d’un instrument… sinon comment composer une chanson et en faire les arrangements ? Nous allons tous finir par devenir de simples programmeurs informatiques et produire des chansons sans introduction, sans refrain, sans couplet et remplies de monotonie. Un bon compositeur est celui qui produit 60% de la chanson.”

Malgré les difficultés énumérées ci-dessus, la scène musicale ougandaise est florissante et populaire, avec un nombre sans cesse croissant de nouveaux groupes, principalement dans la capitale, et ce, en raison de la grande demande de concerts et de représentations aussi bien par la communauté locale que par les touristes et expatriés. La guitariste Sarah Tshila fait l’observation suivante :“ dernièrement, les musiciens des maisons de disques, les artistes de hip-hop en particulier ont épuisé leurs talents et sont à la recherche de nouveaux groupes avec lesquels ils pourront se produire. J’ai la conviction que la musique live a de l’avenir car les gens se rendent compte qu’il y’a une alternative aux CD.”

En envisageant l’établissement d’une infrastructure organisée et d’une réglementation stricte, notamment en matière de droits d’auteurs, la musique live pourrait atteindre des sommets car les talents sont nombreux, et leur énergie et leur détermination sont évidents.


Bibliography

  • Collins, John. 1985. African Pop Roots: The Inside Rhythms of Africa. London: W. Foulsham & Co. Ltd.
  • Graham, Ronnie. 1989. Stern’s Guide to Contemporary African Music, Vol. 1. London: Pluto Press.
  • Graham, Ronnie. 1992. The World of African Music: Stern’s Guide to Contemporary African Music, Vol. 2. London: Pluto Press.
  • Roberts, John Storm. 1973. Black Music of Two Worlds. London: Allen Lane.

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