La musique populaire au Rwanda

Par Moses Asiimwe

Le Rwanda est un petit pays enclavé, situé en Afrique de l'Est. Entouré par l'Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et la RD Congo, le Rwanda a une population de plus de 12 millions de personnes. Les trois langues officielles sont le kinyarwanda, l'anglais et le français. Ce texte donne un aperçu de l'évolution historique de la musique populaire au Rwanda et explore quelques-uns des principaux genres qui dominent actuellement les ondes dans le pays.

Artiste rwandais Knowless Butera. Photo: Facebook
Artiste rwandais Knowless Butera. Photo: Facebook

Durant l'ère précoloniale, la musique rwandaise était dominée par les danses traditionnelles, communément appelées amaraba et intore, pratiquées au sein de l'itorero. Itorero est un mot kinyarwanda qui signifie  «un groupe de personnes rassemblées dans un but précis» (généralement une bonne cause!). Quand le Rwanda a été colonisé par la Belgique, la musique rwandaise a été influencée par la musique belge. Des instruments de musique, comme la guitare et le piano, ont commencé à être utilisés. La musique importée, appréciée par les élites qui fréquentaient les salles de danse et les grands hôtels, s'est immiscée dans la vie quotidienne au Rwanda. Avec le départ des Belges en 1961, le Rwanda indépendant s'est rapproché de la France. La musique rwandaise a continué à s'occidentaliser.

Beaucoup aurait été perdu sans les musiciens traditionnels qui ont préservé les musiques locales.Dans la période post-coloniale, le Rwanda a produit des groupes locaux populaires comme Imena, Nyampinga, Les 8 Anges, Les Fellows, Impala, Abamarungu, Los Compagnons de la Chanson, Bisa, Ingenzi et Isibo y'Ishakwe. Ces groupes étaient influencés par les musiques de toute l'Afrique, en particulier du Congo, ainsi que par le zouk et le reggae des Caraïbes.

Le génocide contre les Tutsis, qui a atteint un point critique en 1994 mais qui avait commencé dans les années 80, a perturbé la production de la musique au Rwanda. Beaucoup de musiciens sont morts, tandis que d'autres se sont installés à l'étranger et ont emporté la musique de leur pays dans des villes comme Bruxelles et Paris. Pendant longtemps, le rwando-belge Cécile Kayirebwa était sans doute le musicien rwandais le plus acclamé à l'échelle internationale, jusqu'à l'arrivée des rwando-canadiens Corneille et Jean-Paul Samputu  à la fin des années 90.

Au cours des dernières années, la production de la musique a progressivement repris. Cette renaissance est en grande partie  dirigée par de jeunes rwandais. Une nouvelle génération de stars a émergé, parmi lesquels il y a Kamichi, Mani Martin, Tom Close, Urban Boyz, King James, Knowless, Dream Boys, RiderMan, et Jay Polly. Beaucoup d'autres musiciens ont émergé pendant les 5 à 10 dernières années, comme par exemple Senderi International Hit, Jule Sentore, P-Fla, Bull Dog, Fireman, Active, Diana Teta parmi tant d'autres.

L'industrie de la musique au Rwanda est en pleine croissance et se professionnalise de plus en plus. Un nombre croissant d'entreprises investissent dans le développement de nouveaux talents, par exemple en organisant de grands festivals de musique comme KigaliUp et des compétitions comme Primus Guma Guma Super Star (PGGSS) et Ishusho K'umuziki Nyarwanda. Le lancement de Primus Guma Guma Super Star, un concours local de musique organisé au cours des trois dernières années par la société brassicole locale Bralirwa Ltd, a révélé une nouvelle génération de jeunes musiciens tels que Christopher, Amag The Black, Bruce Melodie, et Young Grace. Certains pourraient même dire que la scène musicale rwandaise est de plus en plus encombrée. Quelques-unes des stars de ces dernières années ont déjà disparu de la scène locale. On peut citer par exemple Kitoko, Miss Jojo, Miss Shanel, The Ben et Meddy. Cependant, The Ben et Meddy sont en train de se faire connaître aux États-Unis.

Aujourd'hui, la musique est l'un des secteurs émergents de l'économie du Rwanda. L'industrie de la musique populaire au Rwanda est en train de se développer. Elle est influencée par les musiques de l'Afrique de l'Est ainsi que par les musiques congolaise et américaine. Les genres musicaux qui dominent au Rwanda aujourd'hui ont vu le jour après le génocide de 1994. Il s'agit du hip-hop, de la R&B, souvent mélangé avec la ragga et le pop, du gospel et de l'afrobeat.

Le Hip-hop

Le hip-hop est populaire au sein de la jeunesse du Rwanda depuis le début des années 1980, en raison de l'influence américaine. Les musiciens hip-hop imitent le style des musiciens occidentaux comme Eminem et Lil' Wayne. Les artistes masculins portent des vêtements trop grands pour eux, avec de lourds colliers et d'énormes bagues. Les dames, quant à elles, préfèrent des vêtements extrêmement moulants et des tenues légères; tout ça pour devenir célèbres. Certaines rappeuses préfèrent s'habiller comme les hommes, et portent des pantalons ornés de trous communément appelés "dégâts".

 Au début des années 80, DJ Berry (Nsabimana Abdul Aziz)[i] a sorti le premier hit dans le genre hip hop. DJ Berry était une figure centrale durant les premières années du hip hop rwandais. Il était DJ à Kigali Night et Cosmos, présentateur à Radio Rwanda, et un des premiers rappeurs et breakdancers. Comme le hip-hop n'était pas très populaire au Rwanda à l'époque, DJ Berry a déménagé en République démocratique du Congo et s'est installé plus tard en Allemagne.

 Il a enregistré le hit "Hey You" pendant qu'il vivait à l'étranger. Après son retour en Afrique en 1990, DJ Berry a continué à promouvoir le hip-hop au Rwanda jusqu'à sa mort, du sida, en 1996. Il a été succédé par des artistes, comme Diplomate, qui sont devenus célèbres dans le pays pendant les années 2000. Diplomate  a disparu de la scène depuis un certain temps. Toutefois, d'autres jeunes stars ont émergé  comme Jay Polly, RiderMan, Bull Dog, Green P, Fireman, P-Fla et Ama G The Black. RiderMan a démontré sa popularité quand il a remporté le prestigieux prix Primus Guma Guma Super Star. Plusieurs de ces artistes mélangent le rap avec la ragga, la R&B et des influences pop.

La R&B

La R&B est un autre genre populaire qui domine la musique rwandaise. Il a été introduit au Rwanda par des musiciens comme Tom Close, The Ben, Meddy et Miss Jojo, entre autres. Meddy et The Ben étaient, avant leur départ aux États-Unis, les pionniers les plus connus du genre. Parmi les stars actuelles du genre, il y a King James, Knowless et Christopher.

King James (né James Ruhumuriza) est un artiste de premier plan de R&B et d'afrobeat. Il est connu pour ses spectacles divertissants et pleins d'énergie, pour ses albums tels que Umugish (2010) et Umuvandimwe (2011), et pour ses hits tels que Buhoro Buhoro et Intinyi. Il a reçu plusieurs prix, dont celui d'Artiste de l'année aux Salax Awards de 2011, et a remporté le prestigieux Primus Guma Guma Super Star 2 en 2012. Il s'est produit au Royaume-Uni, en France et en Belgique[ii]. Knowless est actuellement la principale artiste féminine au Rwanda.

 En 2013, elle a remporté un prix aux Salax Awards, organisés par le Ikirezi Group. C'est l'une des récompenses musicales les plus prestigieuses dans le pays.  En 2014, Knowless a sorti Butera, son album le plus récent, après le succès de Uwo ndiwe, son album précédent. Christopher, qui faisait partie des artistes sélectionnés pour les Kora Awards de 2014, est également un artiste R&B à succès. Il a sorti plusieurs hits comme "Byanze", "Irijoro","Ishema","Uwo Munsi","U wo ni nde", "Habona","Birahagije", "Ndabyemeye" et "Babyumva". Il y a d'autres stars de R&B rwandaises, comme   Bruce Melodie, Dream Boys et Tom Close. La plupart de ces artistes R&B produisent leur musique à Kina Music.

Le Gospel

Le gospel a été introduit au Rwanda depuis l'époque coloniale avec l'arrivée des missionnaires. Depuis lors, il est populaire dans le pays. Ce sont surtout les chorales des différentes églises qui ont contribué à rendre le genre populaire. Les chorales les plus connues sont les Ambassadeurs du Christ, Rehoboth et JV. Plus tard, des artistes comme Gabby Kamanzi, Liliane Kabaganza, Alex Dusabe et Theo (alias Bosebabireba) ont également émergé sur la scène. Certains musiciens sont à la fois auteurs-compositeurs, et dirigent les prières de louange et d'adoration dans les églises.

Aline Gahongayire, par exemple, fait partie de cette catégorie. Elle a sorti des albums comme Nzahora Mbyibuka, Thank You Jesus, Reka Nkuvuge Imyato et Umukiza Wanjye Ariho[iii]. Bien que le Rwanda a des chanteurs de gospel qui se consacrent entièrement à ce genre, parfois des chanteurs de musique profane sortent des chansons gospel qui ont du succès; comme par exemple Meddy  avec Ungirirubuntu et Holy Spirit.

Actuellement, la scène musicale gospel au Rwanda est dominée par un mélange de chorales et d'artistes solo. Parmi les chorales les plus connues, il y a les Ambassadeurs du Christ, Rangurura et d'autres. Parmi les musiciens solos populaires, il y a Eddy Muco, Serge Iyamuremye, Dominic Nic, Alphonse Bahati, Patiant Bizimana et Emmy Uwimana entre autres.

L’Afrobeat

Certains artistes rwandais populaires choisissent de faire de la musique qui est moins influencée par la musique américaine et plus par la musique africaine. Ce style, connu sous le nom d’afrobeat, est depuis des années l'un des genres les plus populaires au Rwanda. Une des premières stars d'afrobeat était Kitoko, qui a sorti son premier album, Ifaranga, en 2010. Il est connu pour des hits comme Akabuto, Ko wanyanze et Yegwe, entre autres. Cependant, il n'est plus très actif ces derniers temps, et il n'a presque pas sorti de nouvelle musique l'année passée.

Au cours des dernières années, les musiciens afrobeat comme Rafiki, Urban Boyz, Dr Claude, KGB, Miss JoJo, Miss Allay et Trinity ont eu beaucoup de succès. Certains d'entre eux sont tout doucement en train de devenir des légendes; mais d'autres, comme Miss Jojo, ne se font plus entendre ces dernières années. Dans tous les genres populaires cités ci-dessus, de nouvelles stars apparaissent constamment[iv], et l'avenir de l'industrie de la musique populaire du Rwanda s'annonce prometteur.

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