La musique traditionnelle au Rwanda

Par Moses Asiimwe

La musique et la danse traditionnelles ont fait partie intégrante des cérémonies, des festivals, des rassemblements communautaires et de l'art narratif rwandais, depuis l'époque pré-coloniale jusqu'à nos jours. Ce texte donne un aperçu des principales caractéristiques de la musique et de la danse traditionnelles (parfois appelées Gakondo) au Rwanda.

Un des plus anciens groupes de musique et de danse rwandais est la Troupe de Danse Intore
Un des plus anciens groupes de musique et de danse rwandais est la Troupe de Danse Intore

La musique précoloniale

Les danses traditionnelles les plus célèbres  s'appellent intore et amaraba. C'est une routine très chorégraphiée, composée de trois éléments: le ballet (effectué par les femmes), la danse du héros (interprétée par les hommes), et les tambours. Les hommes sont généralement aidés par les femmes pendant la danse amaraba. Les hommes battent les tambours en groupes de sept à neuf. C'était l'ordre de la musique traditionnelle rwandaise béni par le Umwami, le roi du Rwanda pendant la période précoloniale.

Les chefs dans le royaume ont créé quelques danses de guerre. Cela a conduit à la naissance de danses célèbres, comme par exemple umushayayo, umushagiriro et la danse de guerre umuhamiriza, dans lesquelles participaient d'élégantes danseuses. Les groupes les plus célèbres étaient les Abangakurutwa, Ahogororangigo et Amariza. Dans les groupes d'hommes, les personnes âgées avaient leur place dans les danses traditionnelles. La danse Intore est une tradition qui a évoluée au sein de troupes, comme lshyaka, Indashyikirwa, lndemarugamba et lmbasharugamba, dont le but était de remonter le moral des troupes pendant la guerre.

Pour les cérémonies rituelles, il y avait au Rwanda trois danses principales (kwiyereka): kwiyireka umuheto (danse en l'honneur de l'arc), kwiyereka ingabo (danse en l'honneur du bouclier), et kwiyereka icumu (danse en l'honneur de la lance). Certaines de ces danses ont été adaptées dans des danses contemporaines tandis que d'autres ont disparu.

Principales caractéristiques de la musique et de la danse traditionnelles au Rwanda

La musique et la danse rwandaises sont uniques. Ce qui distingue le plus la musique rwandaise des autres musiques africaines est l'utilisation du rythme 5/8. En général, avant de jouer la musique traditionnelle, les membres de famille se réunissent le soir pour l'igitaramo, mot qui signifie littéralement compagnie. Ensuite, ils dansent, chantent et se vantent de ce qu'ils ont accompli au cours de la journée. Pendant que les danseurs dansent, les choristes battent des mains pour ajouter au rythme, acclamer et encourager les danseurs. D'habitude, le groupe de chanteurs est composé d'hommes et de femmes qui accompagnent les danseurs avec des mélodies fluides. Ces rencontres se finissent généralement par la consommation de bière locale.

La danse est indissociable de la musique et est l'une des expressions les plus spectaculaires de la culture rwandaise. Les danseurs rwandais dansent toujours en groupe. La distinction est souvent faite entre danses guerrières et danses communes. Les danses communes ont lieu principalement pendant les nombreuses festivités, au sein des familles, ou en public lors de célébrations spirituelles. La musique traditionnelle du Rwanda est dominée par l'ikinimba, qui raconte l'histoire des héros et des rois. La danse est une démonstration de force et d'endurance, en particulier pour les éleveurs de bovins, et célèbre la récolte. La danse est accompagnée par des instruments comme les suivants: ingoma, ikembe, iningiri, umuduri et inanga. L'imishayayo est une autre danse; c'est une danse très douce utilisée pour bercer doucement quelqu'un.

Les danses guerrières utilisent les mêmes mouvements que ceux utilisés dans les combats réels. Il s'agit notamment de la parade imyiyereko, dans laquelle  les danseurs imitent les mouvements d'un combat et s'avancent vers un ou plusieurs ennemis, et de la danse umuhamirizo, considérée par beaucoup comme la plus spectaculaire. L'intore est un genre de danse guerrière qui encourage ceux qui vont à la guerre ou à la chasse. Intore signifie «élite» ou «leader». Les danseurs Intore sont choisis en fonction de leurs qualités morales et physiques. Ils sont formés pendant un certain temps. Durant leur formation, non seulement ils apprennent à danser, mais ils apprennent également les valeurs morales. Cependant, de nos jours, tous les jeunes apprennent ces valeurs indépendamment d'être un danseur Intore.

Les Intore (qui signifie littéralement Les élus) ont été créés il y a plusieurs siècles et, à l'époque, ils dansaient à la cour du mwami (roi) rwandais. Aujourd'hui, ils se produisent dans la plupart des cérémonies comme les mariages, fêtes de naissance, baptêmes traditionnels (guterekera), anniversaires, lancements de nouveaux projets et de partis politiques, ou l'accueil de visiteurs importants. Les groupes de danse, comme le Ballet National Urukerereza créé au  début des années 1970 pour représenter le Rwanda lors d'événements internationaux, l'Amasimbi n'amakombe de feu Rugamba Sipirian et l'Irindiro de Bikindi Simon, étaient les lieux d'apprentissage de la musique et de la danse traditionnelles rwandaises.

Les danses traditionnelles sont toujours accompagnées par des chants traditionnels connus sous le nom indirimbo en Kinyarwanda. Les chansons indirimbo se divisent en plusieurs catégories. Les catégories les plus populaires sont les suivantes: louanges d'une dynastie (urugera), chansons pastorales (amahambo), chants de chorale (ibihozo), berceuses, chansons d'amour, complaintes, chansons de chasse (amahigi), chansons  de guerriers (indirimbo z'ingabo), chansons accompagnant les danses de guerre (indirimbo z'intare) et chants de lutte (amusare).

Les instruments de musique traditionnels

Tous les chants et les danses décrits ci-dessus s'effectuent accompagnés par des instruments de musique traditionnels qui sont uniques au pays. L'instrument le plus connu est peut- être l'inanga, un instrument traditionnel à cordes  semblable à une lyre ou à une harpe. Il se compose de 9 ou 12 cordes (fabriquées en peau de vache), et le résonateur est constitué d'un bois appelé umyungu. L'inanga a été joué par les artistes les plus connus du Rwanda, comme Sentore Masamba, Maître de Rujindiri, Thomas Kirusu, Sebatunzi, Sophie Nzayisenga, Victor Kabarira, Daniel Ngarukiye, Jules Sentoré, Simon Bikindi, Rwishyura, Simparingoma et Emmanuel Habumuremyi. Il existe d'autres instruments à cordes traditionnels comme l'umuduli (un arc traditionnel à une corde), l'inigiri (un instrument de type violon qui se joue avec l'umuchiri ou arc) et l'icyembe (une boîte à musique sur laquelle il y a des cordes acoustiques).

Les tambours sont appelés ingoma et leurs peaux sont faites en peau de vache. Parmi les instruments à vent, il y a l'urusengo (flûte en bambou), l'umwirongi (une flûte en Lobelia), l'amakondera (une corne utilisée pour jouer un long son doux) et l'amahembe (trompette en corne d'antilope). Parmi les percussions, il y a l'ikembe (une version locale de la mbira ou kalimba), l'ikinyuguri ou urunyege (hochet), l'urutaro ou intara (panier) et l'amayugi (petites ceintures sphériques attachées aux chevilles des danseurs). Les arcs musicaux et les instruments de musique à bandes métalliques ont été introduits assez récemment, vers la fin du 19ème et le début du 20ème siècle.

La musique traditionnelle aujourd'hui

Lorsque le génocide contre les Tutsis a eu lieu en 1994, l'industrie de la musique a été totalement bouleversée. Beaucoup de musiciens traditionnels et d'autres Tutsis ont été tués en 1994. Les stars de l'époque comme André Sebanani, Rugamba Sipirian, l'Orchestre Impala et plusieurs autres ont perdu leurs vies. Le génocide a conduit de nombreux Rwandais à se déplacer à l'étranger au début des années 90, emportant la musique de leur pays dans des villes comme Bruxelles et Paris. Pendant de nombreuses années, la rwando-belge Cécile Kayirebwa était sans doute la musicienne de musique traditionnelle rwandaise la plus connue internationalement, jusqu'à l'émergence,  à la fin des années 90, de nouvelles stars telles que Jean-Paul Samputu au Canada.

Depuis lors, la musique traditionnelle rwandaise s'est distinguée sur la scène internationale. Par exemple, Samputu a remporté avec son groupe Ingeli deux Kora Awards en 2003 dans les catégories Artiste le plus inspirant (Most Inspiring Artist) et Meilleur artiste traditionnel (Best Traditional Artist) pour leur musique néo-traditionnelle rwandaise. Cyprien Kagorora a été nominé en 2005 pour un Kora Award  dans la catégorie Meilleur artiste traditionnel. Il fait partie des chanteurs masculins les plus célèbres au Rwanda.

Malgré qu'il y a aujourd'hui plusieurs genres de musique au Rwanda, la musique traditionnelle demeure un élément essentiel de la culture rwandaise. Tout visiteur du pays est accueilli par les sons et les rythmes de l'ingoma, l'inanga, l'umuduli, l'iningiri et l'icyembe. Les danses et la belle musique des groupes traditionnels sont des spectacles à ne pas manquer.

La musique traditionnelle rwandaise continue d'évoluer et est de plus en plus influencée par la musique occidentale. Par exemple, les instruments traditionnels décrits ci-dessus sont aujourd'hui souvent accompagnés par des instruments plus modernes. Il est aussi important de noter que tous les Rwandais partagent le même patrimoine musical, tout comme ils partagent une langue, des valeurs et des rituels communs. Contrairement à la plupart des autres régions de l'Afrique, la musique traditionnelle décrite ci-dessus n'est pas associée à des groupes ethniques ou régionaux particuliers. Elle est véritablement représentative de la nation dans son ensemble.


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