La musique traditionnelle au Swaziland

Au Swaziland, la musique est centrée autour des petites salles et bars des centres urbains de Mbabane, Manzini et Matsapha. Les églises emploient des musiciens d’orchestre. La maison des arts House on Fire, près de Matsapha, accueille sur scène chaque année des musiciens locaux et internationaux au festival de musique Bushfire.

Bashayi Bengoma au festival Bushfire en 2015. Photo : Dave Durbach / Musique en Afrique
Bashayi Bengoma au festival Bushfire en 2015. Photo : Dave Durbach / Musique en Afrique

Dans les zones rurales, la médiation culturelle s’effectue par la radio, avec quelques derniers musiciens traditionnels répartis à travers la campagne. Les autres musiciens traditionnels s’enthousiasment à l'idée de partager leurs compétences. Quant aux jeunes musiciens urbains, ils sont de plus en plus attirés par la musique traditionnelle perçue comme une musique du passé. Ce texte donne un aperçu de la musique traditionnelle au Swaziland.

L’umhlanga, l’incwala et le chant swazi

Le Swaziland a un vaste calendrier annuel de manifestations culturelles. Les deux événements les plus notables sont la  cérémonie royale incwala et la danse des roseaux umhlanga. Ces danses rassemblent l'ensemble des régions autour de la danse et du chant.

L’incwala est un rituel qui dure un mois. L’umhlanga dure huit jours où les jeunes filles présentent des roseaux à la Reine Mère ou indlovukati. Pendant les célébrations, les jeunes filles réparties dans des groupes en fonction de leur région, dansent et chantent a capella. Les chants sacrés et profanes sont utilisés lors des deux cérémonies afin de différencier les rites et accompagner les défilés.

La musique vocale swazie, comme d'autres chants en Afrique australe, est marquée par la polyphonie vocale.

Au-delà du répertoire umhlanga et incwala, la musique vocale accompagne les célébrations de mariage, le travail manuel et les cultes d’adoration. La musique traditionnelle swazie rassemble non seulement un public important mais est également interprétée entre musiciens. La musique instrumentale du pays a été et continue à être jouée lors des déplacements du musicien.

Les instruments traditionnels

La voix est le plus important instrument suivi du makhweyane (arc) et du sitolotolo (guimbarde). La majorité des joueurs et fabricants d’instruments traditionnels sont basés au centre et dans les régions rurales situées dans le Bas Veld du Swaziland.

Le makhweyane, considéré comme l’instrument national, est un arc musical en bois muni d’une calebasse. Pour créer un son, il faut faire vibrer la corde tendue sur l’arc en la frappant avec une baguette.  Les chants narratifs accompagnés de l’arc musical, sont généralement interprétés en faisant la cour auprès des femmes, pour raconter des anecdotes ou le quotidien.

Bhemani Magagula, Khokhiwe Mphila, Sonile Sifundza, Katherine Magagula, Tfobi Shongwe et Cecilia Mdluli sont des joueurs de makhweyane. Bien qu'il existe de nombreux interprètes masculins, le makhweyane est traditionnellement réservé aux femmes qui apprennent à en jouer avant le mariage. 

D'autres instruments traditionnels sont le sitontolo (arc à bouche), le sitolotolo (guimbarde), l’umtshingosi (flûte en écorce) et l’inkhositina (concertina).

Le sitontolo ou arc à bouche est un petit instrument populaire et pas cher. Ils sont importés d’Autriche et disponibles en magasin ; bien que de nombreux musiciens fabriquent leurs propres instruments à partir de métal recyclé. Khokhiwe Mphila, Katherine Magagula, Tfobi Shongwe et Bhemani Magagula (le seul fabricant local de cet instrument) sont des joueurs de sitontolo reconnus.

Le violon monocorde, aussi appelé sikhelekehle, est maintenant considéré comme un instrument en voie de disparition suite au décès de son principal interprète, Elias Matsenjwa.

Diverses flûtes et sifflets sont généralement joués par de jeunes éleveurs de  bétail. Moses Phayinaphu Mcina est un vieil homme qui continue à jouer de l’umtshingosi (flûte). Mcina et Khokhiwe Mphila,  basés dans la région de Nsanwgini, ont récemment formé un duo où ils fusionnent les sons dumakhweyane à l’umtshingosi.

En 2014, un ensemble de musiciens traditionnels, appelé Bashayi Bengoma se produit à Mbabane et au festival Bushfire en 2015.

Hier et aujourd'hui

Le Swaziland est un petit royaume enclavé à l’intérieur de l'Afrique du Sud et proche du Mozambique. Il bénéficie de l'échange culturel des deux pays. Tout au long du 20ème siècle, de nombreux hommes du Swaziland se rendent en Afrique du sud pour travailler dans les mines. Ce contact avec les habitants de l'Afrique du Sud (et la région de l'Afrique australe) mène à l'importation de styles musicaux et instruments au Swaziland.

Les chants tels l’umbholoho (l'équivalent de l’isichathamiya sib aca zoulou), la danse et les instruments tels l’inkhositina ou le concertina (couramment utilisés dans la musique traditionnelle zoulou et sotho) ont tous été importés au cours du dernier siècle. Ces styles et sons s’intègrent avec succès à ce qui est aujourd’hui considéré comme la musique du Swaziland.

Cet échange culturel et économique se poursuit aujourd'hui, avec de jeunes artistes tels le groupe Spirits Indigenous, Thobile Makhoyane, Sibusiso Nkambule, Ralph Smit et Bholoj, qui se rendent au Mozambique, en Afrique du Sud et à l'étranger pour créer, enregistrer et interpréter leur musique.  

Grâce aux efforts de ces artistes et de leurs prédécesseurs, la musique traditionnelle tient encore une place importante dans la culture swazie.


Références et lectures

  • Kuper, Hilda. 1963. The Swazi: A South African Kingdom.1ère éd. Études sur l'anthropologie culturelle. New York : Holt, Rinehart and Winston Inc.
  • Rycroft, David. 1967. “Nguni Vocal Polyphony”. Journal of the International Folk Music Council, Vol. 19: 88-103.
  • Rycroft, David. 1976. Say It In siSwati = Shóno ǹgesíSwati. London: SOAS.

 

Comments

comments powered by Disqus