La musique traditionnelle en Éthiopie

Ce texte donne un bref aperçu de la musique traditionnelle éthiopienne à travers une longue histoire parfois douloureuse.

Le masenqo, instrument traditionnel éthiopien. Photo : www.natural-history.uoregon.edu
Le masenqo, instrument traditionnel éthiopien. Photo : www.natural-history.uoregon.edu

La musique éthiopienne est le reflet de tous les épisodes historiques, tels que les campagnes militaires des divers seigneurs ou chefs.

La musique est synonyme de guerre, de patriotisme, de chants de victoire, de chansons qui incitent à l’action.

La musique est également amour, avec des mélodies magnifiques et poétiques. La spiritualité des Éthiopiens est exprimée sous forme de musique. Tous ces types de musiques et mélodies sont interprétées à l'aide de divers instruments traditionnels.

Les instruments traditionnels

La musique traditionnelle éthiopienne s'exprime le mieux à travers ses instruments. Le masenqo, le krar, la washint, le kebero et le tom-tom comptent parmi les plus populaires.

Le masenqo est un luth à une corde utilisé parmi les peuples Amhara, Oromo et les habitants des régions du Tigré. Il est relativement facile à fabriquer et se joue avec un archet.

Les habitants des hautes terres éthiopiennes, notamment au Nord autour de Gondar, apprennent à en jouer dès leur plus jeune âge. Le joueur improvise des versets - ou comme le veut la tradition, le joueur répète mot à mot les poèmes et paroles suggérés par le public. Getamessay Abebe, ancien membre de l'Orchestre de l'Éthiopie [i], un groupe de musique traditionnelle fondé en 1963, compte parmi les grands maîtres du masenqo.

Le groupe atteint des sommets lorsque Charles Sutton, un membre de l’US Peace Corps, fasciné par l'instrument, se joint au groupe et apprend l’instrument.  Le groupe fera des tournées aux États-Unis, introduisant  la musique traditionnelle éthiopienne lors de concerts.

D'autres maîtres du masenqo sont notamment Legesse Abdi (en langue Oromiffa), Adane Teka et Habtemichael Demissie, tandis qu'Alemayehu Fanta interprète plus récemment des chansons en Amharique, accompagné de l’instrument à cordes.

Le masenqo est l'un des instruments les plus populaires à travers le pays. Simple en apparence, il peut, dans les mains d'un maître, produire une grande variété de sons. Il est souvent joué par les ménestrels errants, ainsi que des musiciens professionnels, notamment dans les restaurants et bars locaux appelés ‘Bunna Bet’.

Le mot ‘Azmari' est dérivé du mot ‘Zemmari’, qui signifie « celui qui chante ». Aujourd'hui, le concept s'applique principalement aux établissements où  les joueurs professionnels se produisent accompagnés de chanteuses.


Le krar est une lyre traditionnelle [ii] à six cordes, un instrument rattaché au nom de Kassa Tessema. Kassa était un joueur de krar connu pour ses hymnes patriotiques comme 'Fano Fano' et chansons d’amour telles que 'Shegitu'. Asnakech Worku [iii], souvent appelée "la reine du krar" (1933-2011) était connue pour sa maîtrise du krar, sa vivacité d’esprit et ses improvisations.

La begena [iv] ou harpe à dix cordes, est utilisée à des fins spirituelles. Parmi les joueurs les plus populaires, on compte notamment Alemu Aga et Alemayehu Fanta. Les hymnes spirituels sont généralement interprétés pendant les périodes de jeûne des chrétiens orthodoxes.

La washint ou flûte, est un autre instrument traditionnel populaire parmi les bergers éthiopiens. La flûte de bambou dispose généralement de quatre à six trous. Les jeunes Éthiopiens apprennent à jouer de cet instrument à un très jeune âge. Yohannes Afework, membre du célèbre orchestre de l'Éthiopie des années 60, et Animut Kinde sont parmi les interprètes les plus connus.

Le tambour éthiopien ou kebero accompagne les mélodies traditionnelles. Le tambour kebero est également utilisé dans la musique traditionnelle en Érythrée et au Soudan. Le kebero est fabriqué à partir de peaux d’animaux étirés sur chaque extrémité de l'instrument, formant ainsi un membranophone.

La version large du kebero est également utilisée dans la musique liturgique chrétienne orthodoxe éthiopienne, tandis que les tambours de petite taille sont utilisés dans les célébrations laïques.

Autre tambour, le tom-tom, est utilisé dans le sud-ouest du pays, dans la région de Gambella. Le battement des tambours est en général caractéristique des rythmes rapides joués dans le sud du pays, à Kenbata, Hadiya, Gedeo, Sidama et autres régions exécutant leurs danses du ventre traditionnelles, rappelant le passage des danseurs du Moyen-Orient.

Les danses traditionnelles

Chaque tribu ou groupe ethnique a sa propre musique, sa propre culture et ses traditions. Selon certains analystes, les danses éthiopiennes sont divisées en fonction de leur unicité et leur individualité. Il y a plus de 150 mouvements de danse dans toute l'Éthiopie.

Par exemple, la danse des Tigrinyas du nord est caractérisée par des mouvements lents et circulaires des épaules et du cou. La danse des Amharas au centre du pays est dominée par des mouvements du cou et du haut du corps.

La danse des Oromos au centre et au sud par des sauts et la danse des Gurages par des mouvements acrobatiques. Les peuples des régions Welayita, Kenbata, Sidama ou Dawro pratiquent une très belle danse du ventre populaire à travers le pays.

Le terme éthiopien eskista [v] signifie 'épaules dansantes’. Cette forme de danse est essentiellement pratiquée dans le nord de l'Éthiopie, où vivent les tribus autochtones Amhara, Wollo, Gojjam, Gondar et Shoa.

La danse varie souvent selon les interprètes et le contexte, accompagnant la vie quotidienne.  Le meilleur danseur est généralement nommé à la tête du groupe. Le danseur joue alors un rôle de narrateur, exprimant avec son corps les traditions culturelles et la vie communautaire.


Les lieux de spectacles

La musique traditionnelle est bien vivante en Éthiopie notamment dans les salles des villes touristiques de Bahir Dar et Gondar et ailleurs dans le nord du pays. À Addis, il y a Yod Abyssinia, 2000 Habesha et Fendika, alors qu’à Bahir Dar, Gondar et Enfranz, il y a une pléthore de lieux où les touristes ainsi que les habitants peuvent profiter de la musique éthiopienne traditionnelle.

Les tenues

La musique traditionnelle éthiopienne s’accompagne d’une tenue vestimentaire particulière, variant selon la région. Dans le nord, des vêtements faits de coton sont généralement portés. Dans le sud et l'ouest, des vêtements faits de peaux d'animaux sont plus communs.

Le shemma traditionnel des peuples du nord est généralement fait de coton blanc notamment chez les peuples Amhara et les habitants du Tigré. Dans la culture Oromo, les chanteurs portent des vêtements faits de peaux, tandis que les danseurs portent une peau de lion sur la tête.

Dans le sud, les danseurs et interprètes portent des vêtements en coton à motifs colorés. Dans la plupart des cas, les danseuses portent des accessoires autour du cou et des bras. Dans le sud, les danseurs ont le visage tatoué. 

Conclusion

L'Éthiopie regroupe de nombreuses cultures distinctes. La plus peuplée est celle des Amharas chrétiens  autour de la capitale, mais il y a d'autres chrétiens, juifs et musulmans, certains d'entre eux vivant en régions lointaines.

La poésie chantée fait partie de la culture des Amharas et se rapproche des formes poétiques au Yémen.

Bien que la musique éthiopienne moderne ou plus occidentalisée ait fait l’objet d’une attention particulière du public international, en raison de ses liens aux traditions du jazz américain, il n'y a eu que quelques enregistrements sonores illustrant la musique traditionnelle éthiopienne au fil des ans. Ce qui ne suffit guère pour donner une pleine représentation de la richesse et de la diversité de la musique traditionnelle éthiopienne.


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