La musique traditionnelle en Gambie

Par Sheriff Janko

La musique traditionnelle en Gambie commence dans des temps immémoriaux. Les genres locaux existaient avant l’ère coloniale mais le fait de les définir comme « folklorique » ou musique traditionnelle de Gambie ne commence qu’au début des années 1950 et 60 lorsque les sons et échos du Smiling Coast percent sur la scène internationale. C’est une époque où le pays fait de belles avancées quant à son riche héritage culturel. Ce texte offre un aperçu des principaux genres de musiques traditionnelles dans le pays.

Jaliba Kuyateh
Jaliba Kuyateh

Contexte

Les principaux groupes ethniques en Gambie sont les Mandingues, les Foula, les Wolof, les Sérères et les Sarahuli, parmi d’autres. Chacun de ces groupes a sa propre musique traditionnelle et ses formes de danse associées à des instruments de musique particuliers. La musique traditionnelle gambienne est très proche d’une caste : les Griots - un peuple qui chantait autrefois des louanges aux rois et dirigeants de royaumes. Ils ont toujours été les premiers musiciens du pays et ont pu façonner leur  musique en forme de musique classique standard. Les Griots, connus localement comme ‘jalis’ en Mandingue, ‘gewel’ en Wolof et ‘gawlo’ en Foula – sont des chanteurs de louanges et des messagers de la cour de royaumes anciens et de la noblesse en Afrique de l’Ouest. En d’autres mots, ils sont une caste dans la société gambienne comme les artisans, les nobles et les esclaves. Leur art est héréditaire même si de nos jours beaucoup de personnes acquièrent leurs talents par la créativité et sont simplement de bons chanteurs ou instrumentalistes. Leur art a survécu des siècles et les Griots continuent d’être des artistes, historiens et registres vivants. Par exemple, les Mandingues ont les Jalis (orateurs folkloriques) qui utilisent aussi le luth kora et chantent, comme d’autres groupes ethniques comme les gewel en Wolof utilisent le xalam à cordes. Certains de ces instruments locaux sont faits de matériaux locaux comme le bois,  la fourrure, la gourde ou calebasse et la corne.

A l’indépendance de la Gambie dans les années 1960, les musiciens du pays commencent à utiliser d’autres instruments tels que des instruments occidentaux, les incorporant aux instruments locaux afin de créer une perspective musicale unique. C’est ensuite devenu de la musique folklorique, considérant que ce qu’ils chantaient était pour la plupart dans le domaine publique. Ces Griots utilisent leur musique et la transforme dans d’autres zones selon les centres d’intérêts des musiciens. La musique commence par conséquent à  changer et le pays observe l’émergence de groupes.

Lalo Kebba Drammeh, Amadou Bansang Jobarteh (tous les deux joueurs de kora) et Momodou Suso sont quelques icones légendaires du pays à cette époque. De nouveaux artistes émergent ensuite tels que le talentueux roi de la kora Jaliba Kuyateh et son groupe Kumareh, Tata Dinding Jobarteh et Salam Band parmi tant d’autres.

Sewruba

Le sewruba est une danse populaire traditionnelle Mandingue datant de plusieurs années. Le sewruba est aussi un tambour et se réfère à un rythme de danse Mandingue particulier. Il y a d’habitude trois percussionnistes et un chanteur et la foule se joint à la danse sur le son. Les percussions sont classées en trois catégories : à savoir kutirr-nding (court), mbeleng (long) et junkunrang/kuturoba. Un autre instrument utilisé par les Mandingues est la kora, un instrument de 21 cordes avec une rangée de plus de trois octaves créant une musique envoutante, étoffée et mélodieuse. Cet instrument accompagne les Jalis chanteurs de louange (Griots) de l’ethnie Mandingue[i].

Parmi les joueurs prolifiques ayant grandement contribués à populariser ce genre traditionnel, on trouve Bakary Marong. Il est né à Kiang Dumbuto dans la région inférieure du fleuve même si ses parents sont apparemment originaires de Baddibu dans la région nord de la Gambie. Il est considéré comme l’un des plus grands artistes de sa génération dans ce genre.

Le Mbalax

Le mbalax aussi appelé ndagga voulant dire « rythme » en Wolof, dérive son nom des rythmes accompagnants utilisés dans sabar, une tradition provenant des  Sérères du royaume de Sine et étendu dans le royaume de Saloum ou les migrants Wolof l’introduisent. Des chanteuses et des danseurs accompagnent ce medley de percussions. Les instruments populaires Wolof comprennent le xalam (ou halam), un luth à 5 cordes très important dans la musique folklorique Wolof ; le tambour sabar (aussi sabarr, sabarro), un ensemble de différentes percussions toutes différemment accordées ; et le tambour sablier appelé tama.

Malgré cela, la chanson dans le medley comprend des louanges en Wolof populaires dans la zone de Saloum en Gambie et des chants agricoles chantés pour encourager les hommes à travailler dur dans les fermes malgré la chaleur. Cela rappelle la musique latine mêlée à la rumba congolaise que les musiciens de l’ethnie Wolof ont empruntée et accompagnée du tama (tambour), du sabarr (djembe), de la guitare électrique et des voix pour créer le ndagga. Cependant, dans beaucoup d’endroits, la musique Wolof est rythmique plutôt que mélodieuse. Les joueurs accompagnent avec le sabarro[ii] le très énergétique et largement monotone discours-chant.  ‘Wooye seet’ est aussi un chant populaire Wolof pour les mariés où les artistes chantent les louanges de la mère de la mariée et invitent la mariée à être une bonne épouse.

Le Nyamakala

Le nyamakala est une danse populaire traditionnelle Foula. Un de leurs instruments populaires est appelé riti. Ce violon fula est joué comme un violon classique pour produire des sons incroyablement mélodieux. Parmi les principaux artistes de ce genre, on trouve Pullo Balde, né à Fulla Bantang dans la région centrale du fleuve. Cette star incroyable est un Foula Gawlo, artiste itinérant qui gracie les occasions de ses bienfaiteurs accompagné d’un groupe d’instrumentalistes et de danseurs Foulas.

La Musique Molo

C’est la musique traditionnelle de la communauté Serahuli (serahule ou Sarahuli). Le molo est un luth monocorde joué avec un archet en crin de cheval. C’est apparemment la mère des instruments à vent en Afrique de l’Ouest. Le riche patrimoine des Serahuli englobe leurs talents de jouer d’instruments complètement différents pour créer des harmonies. On dit de leurs joueurs qu’ils ont des pouvoirs divins. C’est pour cela que jouer le molo est lié à la divination et au spiritualisme. Ils utilisent aussi des flutes locales (aérophone) et des percussions (membranophone) pour accompagner les chants tristes Serahuli encourageant la virilité et la piété. Les tambours djembé sont aussi les instruments de base et les plus populaires parmi toutes les ethnies comprenant aussi les Serahuli.

Bugarabu

Le bugarabu est une danse Dioula accompagnée de plusieurs percussions et différents tons joués à la fois par un seul percussionniste. Le medley, d’après de nombreuses personnes reflète la joie et l’humour. Lorsque les femmes applaudissent, parfois avec des bâtons de branches de palme ; les danseurs sautent spontanément dans le cercle. On trouve parmi les grands artistes de ce genre Siaka Bojang dont le talent est légendaire. En termes d’instruments, le simbing  est supposé être une version ancienne de la kora utilisée par les Dioula et pourrait dater du 13ème siècle. L’instrument ressemble à la kora en forme mais a une tige courbée et seulement six cordes.

Njuup Ndagga

Le peuple Sérère est particulièrement réputé pour ses pratiques rythmiques et vocales, et infuse leur langue quotidienne avec des cadences se chevauchant de manière complexe et des rituels d’intense collaboration de voix et rythmes. Chaque motif est justifié et est utilisé lors de différentes occasions. Le njuup est une danse traditionnelle Sérère et est le prédécesseur du tassu (ou tassou) utilisé par d’anciens versets religieux. Les Griots de Sénégambie l’utilisent encore lors de mariages, de cérémonies de baptême ou lors de louanges de bienfaiteurs. ‘Jilor Sabar’ est un des medleys Sérère les plus populaires où l’on entend le très riche et beau son d’instrument traditionnel en plus de la guitare. La guitare Sérère est très influencée du rythme de mbalax Wolof, donnant à la guitare Sérère un éclat unique et distinct de la traditionnelle guitare occidentale.

Actuellement, un nombre de nouveaux artistes mêlent joyeusement des instruments traditionnels tels que le riti, le tama, la kora ou le sabarr avec des instruments modernes comme la guitare électrique, l’organe, les percussions et la basse pour créer des mélodies uniques. Leur approche musicale aborde une autre dimension, transformant les genres traditionnels et leur donnant des sonorités plus attrayantes. La musique traditionnelle gambienne continue, de cette manière, à survivre jusqu’à aujourd’hui.

  • Des remerciements à l’égard de Sheick Omar Jallow, Directeur des Arts Dramatiques du Centre National des Arts et de la Culture de Gambie (NCAC) pour sa perspective sur le sujet.

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