La musique traditionnelle en Ouganda

Par Natuhwera Alex

En Afrique, la musique traditionnelle a pendant longtemps été transmise oralement d’une génération à l’autre avant d’être transcrite sous la forme de journaux de bord par les explorateurs et chercheurs occidentaux. Les recherches en la matière se basent principalement sur une structure théorique de modèle occidental et sont typiquement classées sous la dénomination musique africaine ou world music.

Danseurs traditionnels ougandais Photo: www.zeiterion.org
Danseurs traditionnels ougandais Photo: www.zeiterion.org

Les experts modernes en musique africaine tels que Nketia du Ghana et Mngoma d’Afrique du Sud, Marire du Zimbabwe, Makabuy d’Ouganda et bien d’autres, ont exprimé leurs réserves quant à la représentation tendancieuse de la culture africaine par les étrangers qui, semble-t-il, n’ont compris, ni les peuples, ni le rôle des arts dans leurs vies.

La musique traditionnelle en Ouganda date d’avant la période coloniale, lorsque des agriculteurs se réunissaient pour jouer et danser sur des rythmes traditionnels sous le ciel étoilé. Le lendemain, certains gravaient la pierre  de fresques relatant les chants et danses de la veille[i].

L’écoute étant un acte primordial de la tradition ougandaise, un grand nombre de chansons et de musiques traditionnelles sont encore transmises oralement à la jeune génération.

Ce texte est rédigé afin de découvrir les différentes régions du pays à travers la musique traditionnelle qui y est jouée.

L’ouest de l’Ouganda

La partie occidentale de l’Ouganda est composée de différents groupes ethniques de peuples de langue bantu tels que les Banyankore,  les Bakonzo, les Batoro et les Banyoro. Les principales formes de musique traditionnelle comprennent notamment: ekitaguriro, ekizina  ky'abaishiri,   kurungin gweyo et eky'omutwe gw'abarwane . Le style de danse traditionnelle le plus courant est l‘asorunyege. Les instruments traditionnels de cette région sont l’endigindi (semblable à un violon), l’amakondere (trompette), l’engoma (tambours), l’omukuri (flûte) et l’enanga (cithare).

L’ekitaguriro est le principal style de musique à l’ouest de l’Ouganda. Il trouve son origine au sein du peuple Banyankore, pour qui le bétail a une très grande valeur (c’est leur unique source de revenu).

Cette musique est un hommage à ce bétail que l’on ne trouve qu’à Ankole. Les danseurs imitent même les bruits des pas, les rythmes et les élégants mouvements du bétail d’Ankole. Les instruments alors joués sont l’omukuri (flûte) et l’engoma (tambour).

A l’origine, l’orunyege-ntogoro était une danse de séduction du peuple Banyoro Batoro à l’ouest de l’Ouganda. Cette danse, très intéressante, permet à chaque participant de montrer son style et son talent. Dans le passé, les jeunes gens et jeunes filles étaient choisis au hasard et paradaient devant la communauté au cours d’une cérémonie traditionnelle pendant laquelle ils choisissaient leur futur partenaire. Cette cérémonie était un évènement crucial, en particulier pour les jeunes gens car les mauvais danseurs restaient célibataires!

Les filles quant à elles, devaient se mouvoir avec grâce et style pour attirer les meilleurs partis.

Kundiba nafire, qui signifie 'si je meurs', trouve son origine auprès des Banyankore du royaume occidental Ankole.  Dans ce type de chanson, les mères s’assurent que leurs enfants s’imprègnent des leçons qu’elles prodiguent de leur vivant. Par exemple, un des adages dit ceci: 'tu seras comme les vaches qui se nourrissent d’herbe' les encourageant à prendre soin d’eux-mêmes.

Le centre de l’Ouganda

La partie centrale est surtout habitée par le peuple Baganda et abrite le plus grand royaume du pays,  les buganda[ii]   ont pour genre musical le kadongo kamu (une guitare) et pour formes musicales traditionnelles le Bakisimba, le Nankasa et le Amaggunju, qui sont essentiellement jouées lors de mariages traditionnels et cérémonies royales. Leurs instruments communs sont le ngalabi (un long tambour arrondi), l’endongo, l’ adungukadigindi ( un genre de violon) des harpes et des luths.

Otwenge signifie ‘coude’ en luganda. Cette danse est autant présente en Ouganda que chez son voisin en République Démocratique du Congo. Les Baganda sont réputés pour leurs danses sensuelles et leur musique entraînante. Semblable à une danse contemporaine, les danseurs (aussi bien masculins que féminins) agitent leurs coudes à l’unisson et font des gestes spectaculaires autour des musiciens.

Les origines du baakisimba sont inconnues, mais il est étroitement lié à l’histoire de Ssekabaka Namugala Lukanga, souverain du royaume Buganda de 1807 à 1811, et grand amateur de bière préparée à base de bananes mûres. Si bien qu’il en devint dépendant, mais comme il était inconvenant de qualifier le monarque d’ivrogne, les banganda se contentaient de dire qu’il était joyeux.

Il rendait hommage aux abaakisiimba (planteurs de bananiers) et devint “si joyeux et détendu qu’il se mit à danser”. Les hommes et les femmes se mirent à imiter ses balancements de hanches et frapper sur leurs tambours au rythme de ses pas. De nos jours, cette danse est encore exécutée par  toutes les générations de la tribu Baganda pour se souvenir des abaakisiimba qui rendaient leur roi si “joyeux”.

L’Amaggunju est une berceuse chantée par les baganda. Elle est apparue dans les années 80 lorsque Ssekabaka Kyabaggu (un autre roi buganda) est mort sans laisser d’héritier mâle, ce qui constitue une abomination dans sa tribu. Par conséquent, une femme qui attendait l’enfant du roi a pu s’asseoir sur le trône en attendant que son fils naisse et prenne le pouvoir.  Un héritier est bel et bien né et comme la tradition exige qu’un roi ne puisse pleurer, cette berceuse était jouée pour distraire l’enfant roi.

A l’est de l’Ouganda

Le bigwala est la musique traditionnelle des basoga, dans la partie est de l’Ouganda. Elle est surtout interprétée lors de célébrations royales telles que des couronnements, des funérailles et plus récemment des mariages. Le Bigwala est joué par un ensemble de cinq trompettes monotones ou plus, faites de calebasses, soufflées à l’unison pour produire une mélodie, laquelle est accompagnée d’un style particulier de danse. Les chanteurs et les danseurs se déplacent en en cercle autour des cinq trompettes en  balançant lentement les hanches et en levant les bras au rythme de la musique[iii].

Ces chansons racontent l’histoire du peuple basoga, en particulier celle de leur roi, ce qui consolide leur identité et leurs liens avec le passé. La musique bigwala soulève également des sujets tels que le leadership, les problèmes conjugaux et les pratiques et normes socio-économique courantes .

Le Kadodi est une chanson propre au peuple bamasaba de l’est de l’Ouganda, jouée lors de cérémonies de circoncision, elle relate l’histoire d’un jeune homme forcé de subir l’ablation du mbalu (prépuce). Le reste du groupe l’encourage à être brave et à surmonter ce rituel douloureux[iv].

Le nord de l’Ouganda

Le larakaraka, à l’origine une danse de séduction du peuple Acholi, est par la suite devenue spécifique et donne du réconfort au peuple du nord de l’Ouganda après les enlèvements exécutes par les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur. Son rythme est vigoureux et est accompagné de tambours de calebasses décorées de rayons de bicyclettes pour attirer l’attention. Les calebasses sont des objets aux multiples usages, en effet, on s’en sert  pour puiser de l’eau et parfois comme tabourets ou même comme ombrelles pour parer aux rayons de soleil, et quand les bébés pleurent, leurs mères tapent doucement et en rythme sur les calebasses pour les calmer.

L’anjolinaye  est une chanson qui fait l’éloge de la beauté de la jeune fille africaine.  Elle décrit la forme idéale de son cou, ses yeux étincelants et la blancheur de ses dents. Cette chanson a été composée tout spécialement par le peuple Alur du nord de l’Ouganda pour élever le statut de la femme dans la société, statut, qui,  auparavant faisait l’objet de conflits.

La musique ding ding vient du peuple Acholi du nord de l’Ouganda, dont les individus sont admirés pour leur teint sombre et leur grande taille. Les jeunes filles en passe de devenir des femmes accomplissent une danse très énergique sur des mélodies douces et des rythmes intenses et syncopés.  Le ding ding est joué sur des tambours, sur l’angwara (flûte),  l’addungu (une harpe courbée), le xylophone, le youkoulélé et le sifflet.

La musique traditionnelle dans la société ougandaise moderne

Bien que la musique traditionnelle fasse partie de l’histoire de l’Ouganda, elle est aussi étroitement liée au monde contemporain. Par exemple, elle continue à contribuer de manière remarquable au secteur de l’éducation.  Ce qui explique pourquoi la musique moderne trouve ses racines dans les genres traditionnels.  Aujourd’hui, un grand nombre de musiciens ougandais développent leurs aptitudes en jouant de la musique traditionnelle. Il y’a souvent eu des conflits quant à l’appartenance de droits d’auteur étant donné que sont employées les mêmes clés et cordes.

L’esprit de la musique traditionnelle en Ouganda est présent dans les galas organisés par des institutions d’enseignement supérieur, ou les candidats s’affrontent férocement pour la victoire. Au cours des cérémonies modernes de mariage, ou de fiançailles, les groupes de musique et de danses traditionnelles sont devenus si importants que leurs repas et leurs prestations doivent être inclus dans le budget des festivités. Les ougandais aiment plus que jamais assister à des fêtes de mariage où figurent des représentations traditionnelles. Ceci prouve à quel point ce genre artistique est apprécié dans la société moderne en Ouganda.

On peut avancer qu’en fin de compte, ce qui est important c’est l’effet que peut avoir la musique sur celui qui l’écoute et non la manière dont elle est produite.  Cependant, les sons produits par l’enanga, l’addungu, et l’angwara et d’autres formes de musique traditionnelle ont plus d’effets sur les auditeurs que la musique électronique contemporaine. En fait, la musique jouée sur des instruments traditionnels est considérée par beaucoup de gens comme étant d’une qualité bien supérieure que celle des ordinateurs ou des instruments électroniques.


[i] See Wilford, J.N. 2001. “In Dawn of Society, Dance was Center Stage”. New York Times, February

[ii] In Uganda, the prefix Bu- refers to the name of a tribe, the prefix Ba- refers to the people of the tribe, and the prefix Mu- refers to an individual member of a tribe. So for example, you would say the Buganda Tribe, the Baganda people, and a Muganda person

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