La numerisation des archives musicales

Par Nkwenkwezi Languza

La numérisation est un processus de conversion d'un objet analogique, de données ou d’une image en format numérique électronique. Le terme « numérisation » est souvent utilisé lors de la conversion de diverses formes d'information (objets, textes, sons, images ou audio)  en un code numérique électronique (constitué de code binaire composé des chiffres « 1 » et « 0 ») qui peuvent être lus sur ordinateurs ou sur d'autres outils électroniques.Ce processus de conversion de la forme analogique (représentation originale) à la forme numérique garantit que le format peut s’ouvrir à partir d’un logiciel informatique pour ensuite être mis à la disposition du publique par internet.

Vikram Sampath digitising LPs for the Archive of Indian Music (AIM). Photo: ethnomusicologyreview.ucla.edu
Vikram Sampath digitising LPs for the Archive of Indian Music (AIM). Photo: ethnomusicologyreview.ucla.edu

En rapport au son et à la musique, les informations analogiques étaient enregistrées sur des formats analogiques à savoir des cylindres phonographiques, des fils d’enregistrements, dictaphones, des disques, des phonographes, des bandes cassettes et bien d’autres. Ces informations étaient ensuite converties en informations numériques (appelées code binaire) et peuvent être utilisées à des fins multiples, y compris l'enregistrement des informations sur des C.D, des minidisques, des bandes cassettes audio numériques (DAT) et / ou sous forme de fichiers informatiques (wav, .mp3, etc.). Il s’agit d’un processus informatique fait sur ordinateur (par utilisation d’une carte son et des logiciels tels que Sound Forge / Wavelab / Quadriga) ou via un appareil de lecture (par ex. Machine à a cylindre de cire) que l’on relie à un ordinateur par le biais d'un convertisseur analogique-numérique à haut-parleurs, etc.

Le Quadriga est une solution utilisée lors de la numérisation de plusieurs types de supports, permettant la transformation des archives sonores en systèmes numériques de stockage en masse, en insistant sur la qualité sonore et la précision des données. Cette solution exige une technologie sophistiquée et prévoit le controle à temps réel et l’enregistrement des courants sonores, afin de générer automatiquement les paramètres techniques de l'importance des archives.

Quelle est l’importance de la numérisation ?

Les récoltes sont numérisées principalement pour donner accès à d'autres. Les fichiers numériques peuvent être rendus disponibles et peuvent être partagés sur Internet pour utilisation publique. Une fois que les récoltes sont numérisées, elles deviennent plus faciles à déplacer, à emmagasiner et à utiliser à toute fin utile.

Les récoltes sont numérisées pour aussi protéger et préserver les matériaux patrimoniaux. Toute  protection numérique sous-entend une protection de longue durée. Malgré les dommages potentiels, l'une des raisons de la numérisation de certains matériaux s’explique par le fait que ces matériaux sont fortement utilisés au point où la numérisation permettra une protection durable de la version originale.

En ce qui concerne la numérisation, le Comité technique de l'Association internationale des archives sonores et audiovisuelles (IASA)[i] recommande ce qui suit :

  • Le matériau est numérisé et le fichier maître est enregistré en tant que format .wav.
  • Le fichier de sauvegarde est également enregistré en tant que fichiers wav. Ce fichier qui est utilisé pour se débarrasser des bruits secs, des grésillements, etc.
  • Pour y accéder, le fichier doit ensuite être enregistré sur un ordinateur en format mp3.

Connaissances techniques et formation

La grande difficulté par rapport à la numérisation est qu’il ne s’agit pas simplement d’un processus qui consiste  "d’abandonner" une bande cassette dans un magnétophone relié à un ordinateur par un convertisseur (de la forme analogique vers la forme numérique) ensuite d’appuyer sur « PLAY » pour enregistrer le signal sur votre ordinateur mais ce processus exige aussi ce qui suit :

  • Une connaissance sur le fonctionnement des ordinateurs, logiciels et cartes son
  • Une connaissance élémentaire du système sonore en vue de faire fonctionner une console de son et autres équipements
  • Savoir assurer la connexion de diverses pièces d'équipement entre elles
  • La connaissance de différents câbles de raccordement et comment s’en servir
  • La connaissance des différents formats sonores
  • La gestion et le stockage des différents formats
  • Une connaissance sur les ondes, les fréquences,
  • Une connaissance sur la profondeur des bits, sur le taux d'échantillonnage, etc.
  • Types et qualité de fichiers audio numériques  (.wav, .mp3, .aiff, .flac, .au, .wma, .aac, etc.)
  • Systèmes de stockage numérique en masse (DSN)
  • La taille des fichiers (kilo-octets, mégaoctets, gigaoctets, téraoctets, etc)
  • et aussi une oreille musicale

Gestion et stockage des formats

La gestion des formats a un impact sur leurs durées. Il tient de souligner que les formats analogiques –compte tenu de leur composition physique et chimique- peuvent subir une détérioration, une défectuosité quelconque ou développer le syndrome « sticky-shed » (un problème qui a affecté les cassettes à bobine au milieu des années 70 et 80.). Dès lors les formats devraient être soumis à certaines procédures en vue d’essayer de 'renverser' ces effets ou de les réparer. Plusieurs institutions et organisations ont mis au point des lignes directrices sur la gestion des formats et leur utilisation même en cas de détérioration. Des matériels spécialisés, assez coûteux et difficilement vendus en Afrique du Sud, sont utilisés pour remédier à diverses situations, par exemple pour la « cuisson » des disques vinyles déformées, le nettoyage des disques et le rembobinage des bandes affectées par le syndrome sticky-shed.[ii]

Par « Cuisson » on sous-entend un processus d'aplatissement d'un disque déformé en utilisant un micro-onde professionnelle ou industrielle. Ce processus implique le chauffage à feu doux du disque pendant qu'il est pris en sandwich entre deux plaques de verre, avec le poids de la feuille de verre supérieure suffisant pour aplatir de nouveau le disque en toute sécurité.

Ce processus est également utilisé sur les bandes affectées par le syndrome sticky-shed. Après la « cuisson » des bandes, ces dernières sont progressivement rembobinées en vue de vérifier l'état du syndrome. A la bibliothèque British Library on utilise une machine appelée «Grandfather Clock Machine ». Cet appareil a été conçu par un ingénieur de son, un employé de Sound Archives. L'Association internationale d'archives sonores et audiovisuelles (IASA) recommande que la bande soumise à ce processus soit immédiatement transférée et que l’on se débarrasse du « mauvais » maître.

Les cassettes ont quelques fois besoin d’être de nouveaux mises en boite et les bandes à bobine ont besoin d’être collées. Pour procéder au nettoyage des disques phonographiques, on se sert de la machine Keith Monks et on se sert de la cuve ultrasonique pour le nettoyage des disques vinyle avant de les « laver » dans la machine Keith Monks.[iii] 

Il y a toujours risque de dommage accidentel provoqué soit par une mauvaise manipulation de l'équipement soit par un équipement défectueux.[iv]

Défis et risques de la numérisation

La préservation numérique est rendue plus compliquée par le fait que la technologie évolue si rapidement - un format utilisé autrefois pour stockage devient inévitablement obsolètes. A titre d’exemple, les ordinateurs ne sont plus conçus pour les disquettes. L’obtention du matériel de conversion des fichiers en format obsolète en modèle récente peut s’avérer très coûteux. En conséquence, une mise à jour peut avoir lieu tous les 2 à 5 ans. Alors que la nouvelle technologie devient abordable, l’ancienne devient plus difficile à obtenir.

Plusieurs archives ainsi que d'autres institutions ont du mal à se mettre à jour sur la numérisation et la conservation numérique en même temps. La Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis (The Library of Congress)[v], l'IASA et diverses autres organisations offrent de nombreuses ressources et des conseils pratiques aux particuliers qui cherchent à numériser et à préserver numériquement leurs collections, certaines d'entre elles sont mentionnées ci-dessous.

La numérisation est un processus de longue haleine, compte tenu surtout de l'état du matériel avant la numérisation. Certains matériaux sont tellement fragiles qu’ils peuvent être irrémédiablement endommagés lors du processus de numérisation.

La numérisation peut également être coûteux. Les  Institutions préfèrent une meilleure qualité sonore des copies numériques de sorte que, la copie avec la plus haute qualité soit maintenue lors de la conversion  d'un format à un autre. Les petites entreprises pourraient ne pas être en mesure de se procurer un tel équipement. La main d’œuvre dans nombreux établissements limite également la quantité des matériaux à numériser. Les archivistes doivent avoir une idée sur le choix de leurs clients et à priori de répondre numériquement à ces besoins. La mise à jour annuelle des  logiciels peut s’avérer être très onéreux.

La main-d'œuvre et le financement limitent également la conservation numérique dans de nombreux établissements. La formation est un autre problème. De nombreux archivistes n’ont pas une connaissance informatique antérieure. On perd les compétences requises pour récupérer des sons à partir de formats d'archives traditionnel de la même manière que l’on perd les compétences nécessaires pour assurer les meilleures pratiques en matière de planification de projet ; les compétences requises pour la recherche de leur survie en sélectionnant les meilleures solutions d'archives modernes pour la migration de contenu ; et les compétences requises pour effectuer des enregistrements accessibles dans l'ère d'Internet.

Il existe donc un besoin croissant de formation spécialisée dans l'archivage sonore en raison de l'accélération des changements dans la technologie audio-visuelle. Cela exige que le personnel au niveau des archives sonores soit régulièrement soumis à des séances de formation, pour être au courant des dernières nouveautés technologiques en vue de relever les défis quotidiens auxquels font face archivistes audiovisuels.

Le contrôle intellectuel des matériaux numériques pose encore un autre problème, qui se présente parfois lorsque les matériaux physiques n’ont pas encore été entièrement traités. Le temps prévu pour transcrire complètement les exploitations numériques était de tous les 10 à 20 ans, et de ce fait processus en cours devient dilatoire.

L'équipement utilisé dans le secteur des archives devient obsolète et le développement de systèmes de technologie et d'enregistrement (les transporteurs ainsi que de l'enregistrement nécessaire et les équipements de lecture) devient de plus en plus sophistiquée. La durée de vie commerciale de systèmes s’écourte progressivement. Les formats traditionnels de l'audiovisuel (tels que les bandes analogiques) et leur durée de vie est donc d'un intérêt particulier pour les archivistes.

La disponibilité future de l'équipement approprié et opérationnel devient une question épineuse pour plusieurs formats modernes. Dans le monde de l'informatique, à titre d’exemple, la disponibilité des lecteurs dédiés a toujours été plus préoccupant que le problème de la stabilité et la des supports respectifs. Cette situation s’est aggravée par l'obsolescence des logiciels et des systèmes d’exploitation.

L'avenir de la numérisation

Plusieurs archives audio à présent transfèrent systématiquement leurs matériaux en systèmes de stockage en masse d’auto-régénération et d’autocontrôle pour sortir du cercle vicieux de la constante diminution de la durabilité des transporteurs et des logiciels dédiés. Il s’avère évident que, dans la mise en place des stratégies pour la sauvegarde du matériel audio-visuel, la migration future doit être prise en compta. Avec tous les documents lisibles, les performances des équipements d'enregistrement et de lecture est un facteur central dans la sauvegarde de données. De grands efforts doivent être fournis pour maintenir l'équipement dans le meilleur état possible.

Les formats analogiques et les machines qui ont été utilisés pour l'archivage audio pendant plus de 80 ans ont été remplacés par une surabondance de systèmes numériques. Alors que les nouvelles technologies exigent un nouvel ensemble de compétences, il y a un grand héritage dans les archives et les bibliothèques de diffusion d'enregistrements audio-visuelle analogique plus ancien, qui continuera d'exiger les compétences des professionnels hautement qualifiés pour accéder au contenu de façon optimale et assurer qu'il est migré vers les formats d'archives modernes[vi]. Sans ces compétences, de nombreux enregistrements conservés dans les collections seront perdues.

Comments

comments powered by Disqus