La politique culturelle au Malawi

par Mayamiko Seyani

La recherche archéologique retrace les origines culturelles du Malawi au début de l’âge de pierre – au moins 2,5 millions d’années – comme l’a confirmé la découverte d’un hominidé appelé Homo rudolfensis et quelques outils en pierres rudimentaires [i]. L’histoire suggère des flux migratoires au cours de la période de l’âge du fer. Les premiers migrants sont les peuples bantous qui viennent des zones au nord-ouest du Malawi comme le Cameroun et le Congo [ii].

Photo: www.jhr.ca
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L’arrivée des Arabes et des Européens, de l’Islam, du Christianisme ainsi que la période de la colonisation au cours de la seconde moitié du 19ème siècle affectent grandement le statu quo culturel. Les valeurs culturelles traditionnelles des peuples s’en trouvent changées. L’influence culturelle européenne pénètre la culture du Malawi. Ce développement influence le comportement des gens et modifie de manière significative le bien-être socio-économique.                          

En 1964, le Malawi obtient son indépendance de la Grande-Bretagne. Un changement non sans conséquence avec la censure et la répression des œuvres créatives jugées irrespectueuses par les dirigeants politiques.

L’aube de la démocratie multipartite en 1993 apporte son lot de changements– offrant davantage d’opportunités pour la croissance des industries culturelles. Une nouvelle constitution nationale qui garantit la liberté  d’expression et d’association est rédigée, renforçant la liberté d’expression et la créativité des Malawites. Un certain nombre d’associations artistiques, d’organisations non-gouvernementales, de fondations du patrimoine culturel et de maisons de presse commencent à émerger. Des nouvelles technologies pour la création, la production, la distribution et la promotion des biens et des services culturels commencent à infiltrer la nation.

L’absence d’une politique culturelle

L’industrie culturelle du Malawi est devenue chaotique en raison de l’absence d’une politique culturelle officielle. Il n’y avait aucune structure de coordination pour ancrer les opérations des différents acteurs dans l’industrie culturelle. Acteurs individuels et les groupes agissaient dans l’isolement, sans cohésion. Un exemple parlant de ce manque d’organisation se manifeste en 2010, lorsque les Lake of Stars, le Mwezi Wawala Theatre Festival et le Sand Music Festival ont lieu le même week-end[iii].

Cette année-là, le ministère de la Culture demande aux organisateurs respectifs de soumettre les dates de leurs festivals mais les intentions du gouvernement sont limitées par le fait qu’il n’existe aucune politique claire de leur part pour assurer une bonne coordination. En conséquence, en 2014, quatre grands festivals ont à nouveau lieu le même jour: le Sand Festival, Mwezi Wawala Theatre Festival, Umhlangano Wa Maseko (un festival du patrimoine culturel ngoni) et le Likoma Festival.

L’écart de politique entraine un faible développement de l’infrastructure de soutien au développement du patrimoine culturel. Par comparaison, le secteur du sport est relativement bien financé par le Conseil National des Sports, mais dans l’absence d’un conseil des arts, les arts souffrent d’un manque de financement au fil des années.

Les organisations et les partenaires du développement sont longtemps salutaires lorsqu’il s’agit de financer les arts. Par exemple, à travers le programme de soutien culturel, le Royaume de Norvège aide l’industrie artistique locale à travers son soutien à la société du droit d’auteur du Malawi (COSOMA).

Le piratage est un autre problème majeur qui touche l’industrie culturelle au Malawi, toujours en raison d’un manque de coordination entre les acteurs de l’industrie.

La politique culturelle du Malawi vise à informer le cadre juridique et réglementaire qui pourrait éventuellement aider dans la lutte contre les divers problèmes qui affectent les acteurs de l’industrie culturelle, y compris le piratage. L’absence d’une telle politique provoque l’absence d’orientation dans la formulation et la révision des cadres juridiques et réglementaires du secteur. Dans la plupart des cas, ces examens sont assez lents et aléatoires, frustrant de nombreux acteurs qui bénéficieront d’un tel cadre.

Selon le document de la politique culturelle, les premières tentatives pour se doter d’une politique culturelle nationale au Malawi sont menées dès 1981. Ce travail est réalisé par Charles Philip, commissionné par l’Unesco afin de mener des recherches et de préparer un rapport qui aiderait le gouvernement du Malawi à élaborer sa politique de développement culturel et à offrir des conseils sur l’intégration du plan aux plans de développement national économique et social de l’Unesco à travers le monde.

Le rapport reconnait les mesures positives prises jusque-là pour préserver et conserver le patrimoine culturel au Malawi et fait un certain nombre de recommandations structurelles, dont la plupart sont encore opérationnelles à ce jour. Par exemple, le rapport recommande la création des départements des arts et de l’artisanat, antiquités et des musées, qui sont actuellement opérationnels. Il recommande en outre la création du Département des Beaux Arts et Dance au Chancellor Collège, dont les programmes incorporeraient la promotion des arts, de la création, de l’éducation et de la recherche, ainsi que la circulation des biens culturels et de la fourniture de facilités et de l’infrastructure.

Un projet de politique culturelle est présenté au Cabinet en 2003. Toutefois, il n’est jamais discuté, en raison d’autres problèmes émergents (tels que l’approbation par le Malawi de la Convention de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel[iv] et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles[v]) qui nécessitent la révision de l’ébauche de document.   

Depuis lors, la politique culturelle est ballottée entre le Ministère de la Culture et le Bureau du Conseil des Ministres et le Président pendant 10 ans. Les musiciens comme Joseph Tembo, Lucius Banda, et Billy Kaunda sont entrés en politique, contestant en tant que membre du parlement. 

La nouvelle politique culturelle

En Février 2015, le Cabinet adopte une politique culturelle, ce qui fait la joie des principaux acteurs de  l’industrie culturelle et créative[vi]. La politique vise à assurer la préservation, la conservation et la sauvegarde de la culture au Malawi pour l’identité nationale, l’éducation et la postérité. Elle assurerait également le développement et la promotion de la culture au Malawi pour le développement socio-économique durable et  la disponibilité des ressources pour le développement culturel. Avec la politique culturelle en place, le gouvernement est finalement obligé de financer les institutions artistiques et culturelles.

L’élément le plus important de la politique culturelle au Malawi est l’établissement d’un organisme parapublic appelé Conseil National pour les Arts et l’Héritage (NAHEC) qui aidera à coordonner les arts, et l’industrie culturelle et créative[vii].

La politique propose également des lignes directrices pour que les lois soient établies avec le but de promouvoir, de préserver et de protéger la culture et les arts dans le pays. Par exemple, le ministère de la culture a déjà rédigé une copie révisée de la loi du droit d’auteur au Malawi qui prévoit la révision des peines aux infractions aux droits d’auteur. Dans le passé, le piratage attirait une peine minimale comprise entre K200 (moins de 1 $) pour un maximum de 15 000 (environ 27 $) ou une peine d’emprisonnement maximale d’un an. La nouvelle loi va augmenter la peine entre K200 000 (environ 360 $) à K7 millions (environ 13 000 $) et d’une peine maximale de cinq ans de prison[viii].

Grâce à la nouvelle politique culturelle, d’autres ministères et des institutions gouvernementales au Malawi sont obligés d’œuvrer à la promotion de la culture. Par exemple, le Ministère des Finances doit libérer des ressources financières pour NAHEC, tandis que la police et les tribunaux sont tenus de lutter contre la piraterie.

Après de nombreuses années de retard et de débat ; l’adoption récente d’une politique culturelle au Malawi est de bon augure pour l’avenir du secteur culturel dynamique au Malawi ; mais à condition qu’elle puisse être correctement appliquée, et que les structures appropriées soient établies et maintenues.


[i] Bromage, T.G., S. Friedemann & S. Anthoni. 2002. Adam’s Ancestors in Malawi. Society of Malawi Publishers.  
[ii] Phiri, Kings. 1975. Chewa history in central Malawi and the use of oral tradition, 1600-1920. Madison: University of Wisconsin.
[iii] Seyani, Mayamiko. 2015. ‘The Chaos in Festivals’ Weekend Nation, 6 September 2015.

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