La politique culturelle du Zimbabwe

Par Innocent Tinashe Mutero

En termes simples, la politique culturelle nationale représente l'ensemble des politiques gouvernementales qui régissent les activités liées aux arts et à la culture. En substance, c'est une feuille de route qui documente la volonté du gouvernement de mettre en œuvre un ensemble de principes, d'objectifs et de moyens afin de protéger et de promouvoir l'expression culturelle du pays. Ainsi, au Zimbabwe, le développement des arts et de la culture, en général, et de l'industrie de la musique, en particulier, dépend des diktats de la politique culturelle.

Photo: www.financialgazette.co.zw
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La politique culturelle nationale[i] (National Cultural Policy) du Zimbabwe est en accord avec la constitution et les aspirations du peuple. Elle est également conforme à la Charte culturelle de l'Afrique adoptée par l'Union africaine, et à d'autres conventions et accords internationaux dont le gouvernement du Zimbabwe est signataire. La politique culturelle nationale du Zimbabwe comprend sept priorités énumérées et brièvement expliquées ci-dessous.

Le but est de promouvoir et de garantir le respect de l'identité culturelle, celle-ci étant un élément essentiel dans la construction de la nation. Les musiciens peuvent participer à des festivals, des fêtes nationales et des cérémonies importantes comportant des galas musicaux. À ce jour, il y a au moins un festival organisé dans chaque province du Zimbabwe. Des musiciens venant de tout le pays peuvent s'y rencontrer, se produire et partager leurs expériences. L'organisation Nhimbe Trust soutient  en ce moment des travaux  importants  de recherche dans le domaine des arts et de la culture. Cependant, les directives et les règlements relatifs aux festivals, imposés par le gouvernement au travers du Conseil national des arts du Zimbabwe, rendent difficile l'organisation de festivals par les communautés. Par exemple, les directives ne tiennent pas compte des approches fondées sur les atouts dans l'organisation d'événements communautaires, ce qui va à l'encontre du but de ces festivals.

En outre, la politique culturelle soutient l'apprentissage et l'usage des danses indigènes, du folklore et des jeux pour les enfants et les jeunes de la maternelle à l'enseignement supérieur. De plus, le document de la politique promeut et garantit le respect des identités culturelles autochtones et de la diversité culturelle en tant que principaux moteurs de développement socio-économique durable.

Le gouvernement du Zimbabwe s'engage à soutenir de plusieurs façons le développement et la promotion des industries créatives et culturelles comme atout économique tangible et exploitable, y compris en maîtrisant les technologies et en combattant efficacement le piratage. Selon le document de la politique, le gouvernement zimbabwéen a l'intention "de développer des outils informatiques qui traitent des droits d'auteur, et de promouvoir le développement d'un réseau dense d'organisations publiques et privées qui encouragent et protègent la création artistique". Cependant, cela présente des difficultés dans un pays où la majorité des citoyens vendent ouvertement de la musique piratée. Les musiciens ne font d’ailleurs qu’empirer  la situation car ils ont adopté le piratage comme un moyen d'étendre la portée de leur musique.

Le plus grand défi auquel les musiciens zimbabwéens font face est le manque de financement. Par conséquent, le gouvernement axe ses efforts sur le financement et la mobilisation des ressources dans le secteur des arts et de la culture. Le document indique que, pour soutenir la mise en œuvre de la politique, le gouvernement recherchera des financements et des ressources chez les partenaires internes et externes - y compris le Trésor national et le secteur privé (interne), les ONG locales et internationales, et les partenaires de coopération bilatérale et multilatérale (externe). Malgré cet engagement, la chute de l'économie nationale et les mauvaises relations avec les pays riches rendent quasi impossible le financement des arts. Il est très probable que la politique, théoriquement bien écrite, restera lettre morte.

Médias[ii]

Bien que le Zimbabwe n'ait pas réussi à passer de l'analogique au numérique avant la date limite fixée par l'Union internationale des télécommunications (UIT), d'importants progrès ont été accomplis dans l'ouverture des ondes. Actuellement, la Zimbabwe Broadcasting Corporation gère quatre stations de radio et une chaîne de télévision. Il y a aussi deux radios commerciales privées: ZifM et Star FM, qui ont commencé à émettre en 2012. L'émergence de ces stations privées a coïncidé avec la montée du genre Zim-Dancehall.

Au début de l'année 2015, l'Autorité zimbabwéenne de radiodiffusion (Broadcasting Authority of Zimbabwe) a décerné huit licences de plus à des anciennes et nouvelles organisations. Par conséquent, les musiciens de l'ensemble du pays, qui se plaignent souvent que les médias favorisent les artistes de Harare, auront désormais un endroit où leur musique sera jouée. Les nouvelles stations sont FAYA FM (Gweru) et Gogogoi FM (Masvingo)  appartenant toutes deux à AB Communications; Breeze FM (Victoria Falls) et Skyz Metro FM (Bulawayo) appartenant toutes deux à Fairtalk Communications; KE100.4 FM (Harare) et Nyaminyami FM (Kariba) appartenant toutes deux à Kingstons; YA FM (Zvishavane) appartenant à Ray of Hope et Diamond FM (Mutare) appartenant à Zimpapers.

La presse écrite et les médias en ligne du Zimbabwe jouent également un rôle important pour faire connaître au public l'œuvre d'un musicien. Il y a au Zimbabwe de nombreux journaux, magazines et tabloïds. La plupart d'entre eux sont gérés par l'État. Malheureusement, les médias à portée nationale ne parlent presque toujours que des artistes basés à Harare. Les journaux régionaux font des efforts pour parler des artistes locaux, mais leur portée est généralement limitée à leur région. Il est donc impératif que les médias commencent à traiter des événements artistiques se déroulant en dehors de Harare. De plus, les artistes de Harare qui sont relativement peu connus se plaignent aussi que les médias ne parlent que des grands artistes renommés, même quand ce qu'ils font n'a aucun intérêt médiatique.

Principales lois

Le Zimbabwe a adopté en 2013 une nouvelle constitution[iii] qui reconnaît le rôle important de la culture et du patrimoine dans le développement national. La constitution du Zimbabwe contient une série de dispositions à cette fin. Par exemple, dans la section 3(d), les valeurs culturelles, religieuses et traditionnelles de la nation sont reconnues parmi les valeurs et les principes fondateurs de la loi suprême. L'article 6 parle du rôle des langues, l'article 16 parle du rôle de l'Etat et des institutions dans la promotion et la préservation de la culture, et l'article 63 consacre le droit à la langue et à la culture.

Il y a aussi de nombreuses lois du Parlement qui concernent directement les artistes et leur travail. Il est important que les musiciens et promoteurs de musique se familiarisent avec, entre autres, les lois suivantes:

  • Loi sur les services de radiodiffusion (chapitre 12:06)
  • Loi sur la censure et le contrôle des spectacles 
  • Loi sur les droits d'auteur et les droits voisins (chapitre 26:05)
  • Loi sur l'immigration (chapitre 4:02)
  • Les dispositions générales du Conseil national des arts du Zimbabwe, 2006

Censure

Le Zimbabwe est, constitutionnellement, une république et un État souverain où la Constitution est la loi suprême du pays. Cependant, les événements sur le plan politique suggèrent le contraire. Le Zimbabwe dispose de mécanismes de censure qui étranglent la créativité des artistes, et les mettent dans la crainte perpétuelle d'être traduits en justice[iv]. La Loi sur la censure et le contrôle des spectacles (chapitre 10:04) n'est conforme ni avec les principes de la Constitution du Zimbabwe, ni avec la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.

Les artistes zimbabwéens vivent dans la crainte perpétuelle de l'État et de ses organes de sécurité qui sont utilisés pour réprimer les voix dissidentes, et donc ils pratiquent l'autocensure. Très peu d'artistes ont le courage d'aborder ouvertement dans leurs chansons les malversations du gouvernement, qu'elles soient réelles ou imaginaires. À cause des vides juridiques créés par la mise en œuvre politique de la Loi sur la censure, les jeunes artistes, en particulier les artistes de Zim-Dancehall dont les chansons contiennent des obscénités ou qui abordent le sujet de la violence, risquent d'être mis en garde par l'État. Il est important de noter qu'il y a des organisations et des individus qui ont organisé des ateliers pour sensibiliser ces artistes à l'écriture des chansons.

 


[i] Le document de politique culturelle nationale peut être obtenu sur le site suivant: www.mosac.gov.zw/
[iii] La constitution du Zimbabwe et les lois du Parlement sont disponibles ici: www.kubatana.net
[iv] Eyre, Banning. (2001). Playing with Fire: Fear and Self-Censorship in Zimbabwean Music.
Copenhagen: Freemuse. En ligne  http://freemuse.org/archives/34

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