La scène musicale en Éthiopie

Ce texte donne un aperçu de la scène musicale éthiopienne et de ses défis.

Au Festival Selam. Photo : Quaint Photography
Au Festival Selam. Photo : Quaint Photography

En 1974, lorsque le régime militaire du Derg renverse l'Empereur Hailé Sélassié, ce n'est pas seulement le régime de Sélassié qui en souffre.

Toutes les libertés, y compris la liberté musicale, subissent le même sort. Le couvre-feu imposé réprime toute manifestation publique.

Dix-sept ans plus tard, en 1991, les choses commencent à changer avec les soirées jazz. Le succès des  compilations Éthiopiques, enregistrements de l'Éthio-jazz des années 1950 et 1960, suscite l’intérêt du public. La sortie de la première collection à la fin des années 1990 est suivie de l’ouverture de trois nouvelles écoles de jazz et de l’Acacia Jazz and World Music Festival. Depuis, la scène musicale éthiopienne ne cesse de croitre et se diversifier.

Les festivals

Addis-Abeba, la capitale, offre la scène la plus dynamique du pays. Cependant, d'autres spectacles en live ont lieu, pendant les jours fériés, lorsque les promoteurs décident d'étendre les festivités à d'autres endroits.

Selam Festival Addis reste l'un des festivals les plus populaires en Éthiopie. La cinquième édition du festival s’est tenue en janvier 2016 et a accueilli des artistes éthiopiens tels que Mahmoud Ahmed, ainsi que des artistes interprètes d'autres pays, y compris l'Ouganda. 


Reggae In The Rift Valley Festival est un autre festival populaire en Éthiopie. Il est tenu à Shashamane, Hawaassa et à Adama. En 2016, le festival a organisé un concert de deux jours, les 4 et 5 janvier, pour célébrer ce qu'aurait été le 71ème anniversaire de Bob Marley.

Crossing Boundaries a eu lieu pour la première fois en septembre 2015. Bien plus qu’un festival, Crossing Boundaries comprend d'autres arts tels que le théâtre et la danse. La première édition a eu lieu au Théâtre National avec des artistes du Kenya, du Rwanda, du Burundi, des États-Unis et de l'Éthiopie.

Connu pour ses grands athlètes, l’évènement le plus attendu de la capitale éthiopienne reste sans doute l’Ethiopian Great Run [i], qui propose des spectacles de musique pour accompagner les coureurs (locaux et touristes). L'événement est devenu populaire grâce aux efforts du légendaire athlète Éthiopien Haile Gebreselassie et attire plus de 35 000 participants.

D'autres festivals de musique sont organisés en Éthiopie, même s'ils manquent parfois en termes de qualité et de cohérence.

Les salles

Jazzamba, l'emblématique discothèque d'Addis-Abeba, est reconnue pour sa contribution à la renaissance du jazz éthiopien, disparu sous le régime communiste. Après avoir ouvert ses portes vers 2011, le club est rapidement devenu le principal jazz club de la capitale, dirigé et géré par des musiciens. Jazzamba a été le premier club à Addis-Abeba à proposer des concerts chaque soir, avec un accent particulier sur le jazz.

Depuis son ouverture, l'intérêt pour l'Éthio-jazz ne fait que croitre. Trois nuits par semaine, les jeunes musiciens jouent avec les grands noms de l'Éthio-jazz, tels qu’Alemayehu Eshete ou encore Bahta Gebrehiwot. La salle est malheureusement détruite en janvier 2015 lors d’un incendie, ce qui oblige les amateurs et artistes de jazz à chercher ailleurs.

Mama’s Kitchen  [ii], un restaurant Éthio-Italien, est un lieu où l'on peut commander de l’injera ou une pizza tout en profitant d’un concert live. La jam session du lundi soir, soutenue par les Nubian Arc, est populaire parmi les connaisseurs et artistes qui se relaient sur scène. D’autres spectacles sont proposés en semaine.

Le Blu Vibes Band le vendredi, Lubac Acoustic Band le samedi et le pianiste Samuel Yirga et son groupe de jazz le dimanche. La salle peut contenir jusqu’à 250 personnes, ce qui peut surprendre ceux qui ont l'habitude de voir de grands musiciens dans de plus grands espaces.

Les établissements du Jupiter International Hotel, situés à Kazanchis et Bole, sont également des rendez-vous populaires proposant des groupes de jazz chaque semaine. Chaque jeudi, Bibisha Teferi et les quatre membres de son groupe jouent pendant deux heures. Il y a également des soirées ‘piano’ plusieurs fois par semaine aux deux endroits. [iii]

Pour les amateurs de la pop musique éthiopienne, le Club H20 ne peut décevoir. Jano Band, un groupe populaire, y joue une fois par semaine devant une foule enthousiaste.

Les amateurs de reggae peuvent se retrouver au Jams Club, situé à Bole Medhane Alen. Le lieu, relativement nouveau, propose du reggae et de la salsa. L’Imperial Majestic Band,  accompagné du chanteur et danseur Sydney (Solomon), proposent un concert reggae les jeudis et samedis.

L'Hôtel Ghion, près de la célèbre Place Meskel, accueille dans ses locaux l’African Jazz Village organisé conjointement avec le vibraphoniste de renommée internationale Mulatu Astatke. Le Belema Jazz Band monte sur scène les mercredis et samedis, MistO-MistO Band le jeudi et l’Express Band le vendredi. Lorsque Mulatu est en ville, il se produit généralement le samedi, et est rejoint par d'autres musiciens éthiopiens.

La Coffee House, l'un des plus anciens clubs de jazz d'Addis-Abeba, a récemment rouvert ses portes.

Les promoteurs

Selon les organisateurs d’événements et promoteurs en Éthiopie, les artistes et  producteurs comptent sur des concerts en live car les ventes d'albums ont diminué au cours des dernières années. « Les CD et cassettes ne sont plus aussi populaires suite à l'introduction des clés USB.Les concerts sont plus rentables » déclare Fitsum Alemayehu, promoteur à Adika Communications and Events. Adika a mis en scène des concerts pour des artistes tels que Haile RootsAster AwekeTeddy Afro, Natty Man, Gosaye Tesfaye, Ejigayehu 'Gigi' Shibabaw et Michael Belayneh.

Afin d'organiser un concert dans la ville, les promoteurs doivent obtenir l'autorisation - ou permis 'feu vert' - du bureau de l'administration urbaine d'Addis-Abeba. Ce permis est gratuit, mais l'administration de la ville doit être avertie au préalable afin d’assurer notamment les mesures de sécurité. Outre les cachets versés aux artistes, les promoteurs se plaignent du manque de lieux de spectacles souvent coûteux à la location.

Teddy Afro a, dans le passé, été forcé d'annuler des concerts car l'organisme officiel n’ayant pu fournir les documents nécessaires pour l'événement. Au début de 2016, Teddy a dû annuler un concert médiatisé, car le promoteur, Habesha Weekly, n'a pu obtenir le permis requis. Si le concert avait eu lieu, Habesha Weekly aurait versé un beau cachet de trois millions de Birr (environ 140 000$) à Teddy.

D'autres promoteurs en Éthiopie incluent Century Promotion Service, Selam Ethiopia, Tenayesteligh Entertainment & Event Organizer, Halleta Advertising & Entertainment, Negus Promotion et Yisakal Entertainment, entre autres.


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