Le reggae en Ouganda

Par Bamuturaki Musinguzi

Ce texte offre une vue d’ensemble sur la musique reggae en Ouganda. En Ouganda, les ondes radio et les boîtes de nuit sont dominées par les artistes internationaux. Parmi les chanteurs locaux de reggae, si certains ont réussi à se faire un nom en dehors des frontières, la plupart ont du mal à se produire de manière régulière. Cependant le reggae compte un grand nombre d’amateurs en Ouganda.

Madoxx effectue au festival de Bayimba. Photo:www.chimreports.com
Madoxx effectue au festival de Bayimba. Photo:www.chimreports.com

Contexte

D’après l’artiste de reggae chevronné Tshaka Mayanja[i], ce genre musical a connu ses premiers succès au début des années 80 grâce à des icônes telles que Jimmy Cliff, Bob Marley & The Wailers, Third World, Gregory Isaacs, Eric Donaldson, Sandra Cross, Boris Gardner, Judy Boucher, Ginger Williams, UB40, Maxi Priest, King Yellowma, Aswad et beaucoup d’autres.

Tshaka Mayanja : “les chansons de reggae populaires de l’époque étaient surtout celles de lovers rock. Seules quelques-unes étaient issues du roots reggae et du dancehall jusqu’à la fin des années 80. Le reggae dancehall s’est alors imposé dans les années 90. Mas je reconnais que le roots reggae et le dancehall sont toujours populaires en Ouganda. Cependant, au Kenya, le roots reggae classique domine la scène musicale depuis toujours.”

Artistes clés

Les principaux artistes de reggae ougandais sont David Ssemanda Ssematimba[ii] (alias Madoxx), Tshaka, le groupe Blood Brothers, Bebe Cool (de son vrai nom Moses Ssali) et Daniel Kyeyune Kazibwe (alias Ragga Dee).  Cette liste comprend également Peter Miles, Red Banton, Mega Dee, Coco Banton, Ssuuna, Fireman, Mad Tiger et Weatherman. Sans oublier le nouveau groupe Roots Rockers dirigé par Ras B. Ssali et Jenkins Mukasa.

Seuls Madoxx et Thaka sont impliqués dans chaque étape de la création d’albums, du début à la fin (écriture, enregistrement, publication, sortie du le marché).

Madoxx, que certains estiment être la plus grande star de reggae en Ouganda, est né à Kampala en 1971. En 1991 il part vivre en Suède où il semble avoir enregistré ses plus grands succès à ce jour. Il rentre au pays en 2009. C’est un artiste de roots reggae populaire avec à son actif deux albums, Tukolagane (2001) avec des chansons telles que ‘Namagembe’, ‘Omukwano Gwafe‘ et ‘Eddembe‘; et l’album de 12 chansons  Abato (2006), avec ‘Kampala’, ‘Come let’s rock‘, ‘Leka Nkulage’ et ‘Nakatudde’. Il chante en anglais et en luganda mais la plupart de ses ballades de reggae sont en luganda. Tukolagane a été le meilleur album de l’année 2002 et son titre ‘Namagembe’ a été élu chanson de l’année en Ouganda.

Avec plus de 500 compositions et arrangements, à 43 ans, Tshaka Mayanja a laissé son empreinte en Ouganda en sa qualité de chanteur de reggae et récemment d’artiste de jazz, compositeur, producteur et promoteur.

La musique de Tshaka est un mélange de jazz, de funk, de soul, de salsa et de blues, en se basant sur du lovers rock reggae et du roots reggae. Ce subtil amalgame en fait l’un des artistes les plus prolifiques et talentueux de la scène ougandaise. Il se produit avec son groupe Black Roots Unlimited. Tshaka a écrit et arrangé l’ensemble de son album Dark Chocolate (Blackroots Muzik, 2005). Celui-ci sera suivi par Reggaeology - Chapter 1: Bass After Dark (2006), The Pragmo'tive Is "II" Chill Out (2007) et The Enfunkclopedia of Jazz (2008).

“J’aime le blues, le jazz et la soul pour la sensualité crue et la passion que ces genres dégagent. Le reggae, sur lequel je base mes chansons est issu de forces supérieures”. Tshaka joue de plusieurs instruments dont la basse, le piano, la batterie et d’autres percussions.

Fondé en 1993, Blood Brothers est le plus vieux groupe de reggae en Ouganda. Son leader Ras B. Ssali est né à Kampala en 1968. Il a débuté sa carrière musicale en 1989 au Centre Culturel National de Kampala. Le groupe sort son premier album de huit chansons Peace in the World en 1992, lequel a été enregistré par Andre Crawford à Nairobi. Leur album suivant Mwedemu sortira en 1996, enregistré dans divers studios de Kampala.

Bebe Cool[iii] (alias Moses Ssali) est né le 1er  septembre 1977 à Kampala. Il a débuté sa carrière musicale vers 1997 à Nairobi au Kenya. Il fut l’un des tous premiers artistes à être affilié au label kenyan Ogopa DJs. Son ascension vers le succès a commencé par sa collaboration avec la star ougandaise Bobi Wine pour le single ‘Funtula’  et plus tard ‘Mambo Mingi’ avec Halima Namakula. Bebe Cool chante en swahili, en anglais et en luganda et a sorti plusieurs albums dont Maisha et Senta. Ses titres les plus populaires sont ‘Fitina’, ‘King of the Jungle’ et ‘Never trust People’. Avec le duo kenyan Necessary Noize, Bebe Cool a formé un groupe de reggae connu sous le nom d’East African Bashment Crew. Ensemble ils ont enregistré l’album Fire et deux chansons à succès ‘Africa Unite’ et ‘Fire’. Bebe Cool a gagné diverses récompenses dont  plusieurs Pearl African Music Awards. Il a été nominé aux Kora All-African Awards en 2003 et 2005 et a réalisé des tournées au Royaume Uni, aux Etats Unis et en Afrique du Sud, entre autres.

D’après Tshaka, “Bebe Cool est très éclectique et mêle les genres dans ses albums : de l’afro-pop, du dancehall et du reggae notamment. Cela lui a permis de plaire à diverses catégories de fans, ce qui est vraiment admirable.”

Né en 1973, Ragga Dee[iv], commence son parcours musical en 1998. Il devient populaire au milieu des années 90 après avoir produit des hits tels que ‘Bamusakata’ et ‘Mukwano’ alors qu’il faisait partie du groupe Da Hommies. La musique de Ragga Dee est un mélange de reggae, de ragga, de hip-hop et de lingala. Il compte à ce jour 18 albums à son palmarès. Il a remporté le PAM award en 2004 et a été élu artiste de ragga  de l’année. En 2005 son album a été récompensé aux Golden Awards en Ouganda.

Le reggae en Ouganda aujourd’hui

Le reggae typiquement ougandais d’aujourd’hui est surtout fait de ballades composées sur un mélange de rythmes roots reggae, afro-pop, dancehall, funk et afro-cubain.

Pour ce qui est de l’état actuel de la musique reggae en Ouganda, Tshaka s’exprime comme suit : “le reggae local ou indigène est pratiquement inexistant, en particulier le roots reggae et lovers rock. Les artistes locaux sont tournés vers le dancehall principalement parce qu’il est basé sur des rythmes intenses. Cependant, le reggae d’artistes internationaux est bel est bien celui qui domine la scène en ce moment. ”

Tshaka a rendu le reggae populaire en Ouganda. C’est grâce à sa société de promotion Yohannes Ham Inxs que Tshaka a fait venir des stars internationales de reggae telles que le regretté  sud-africain Lucky Dube et de nombreux artistes jamaïcains, parmi lesquels Chaka Demus and Pliers, Spanner Burner, Aswad, Buju Banton, Third World, Shabba Ranks, Papa San, Cedella Marley- Booker, Red Rat et beaucoup d’autres. En 2008 les britanniques UB40 se sont également produits en Ouganda.

Un autre artiste,  RAs B. Ssali (de son vrai nom Godfrey Ssali) remarque que le reggae est quelque peu à bout de souffle en Ouganda. “Le reggae n’est pas populaire mais il est connu” dit-il. Il admet qu’Ouganda  le reggae a seulement réussi à une poignée d’artistes ‘sérieux’. “Le reggae roots n’est pas un courant dominant, et ce n’est pas le genre de musique recherché par  les investisseurs. Personne ne pourra jamais la rendre populaire. “

Ras B. Ssali s’est lancé dans des concerts réguliers de reggae appelés ‘Plateforme Reggae’ qu’il a été contraint d’interrompre par manque de fonds. Il ajoute que malgré son manque d’activités ces temps-ci, un groupe de DJs nommé Ras Clan continue à faire le buzz d’un bar à l’autre de Kampala.

Tshak est d’accord. “Le manque de groupes et de clubs de reggae en Ouganda nuit fortement à ce genre musical. Cependant, le reggae est le genre qui a eu le plus long succès dans les boîtes de nuit. Le reggae ne risque pas de disparaître! ”

Ras B. Ssali est optimiste quant à l’avenir de reggae in Ouganda: “le reggae a de l’avenir dans ce pays, c’est indéniable. Mais nous avons besoin de musiciens de reggae à plein temps plutôt que de gars qui se contentent d’une ou de deux chansons…”

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