Les femmes dans l’industrie musicale au Togo

Depuis Bella Bellow, la diva de la musique togolaise et africaine, qui a fait l’Olympia en France dans les années 70, aucune femme togolaise n’a porté plus haut les couleurs du drapeau togolais. Pourtant ces derniers temps, certaines artistes togolaises gravissent les échelons et se hissent sur les hit-parades de la musique continentale. A peine débutée, leur carrière a réussi à franchir les frontières du terroir.

Almok (Photo) : Facebook Officiel
Almok (Photo) : Facebook Officiel

Historique de l’émergence de la gente féminine dans la musique togolaise

La musique togolaise a commencé par écrire ses lettres de noblesse vers les années 60 et 70 avec l’émergence de certains artistes surtout de la gente féminine.

On ne peut pas parler des artistes féminines togolaises sans faire référence à la plus connue sur le plan mondial : Bella Bellow. Femme très charismatique et avant-gardiste de l’ancienne génération des artistes togolais, composée entre autres de Afia Mala, Fifi Rafiatou, Akofa Akoussa, Nimon Toki Lala, Yta Jourias, elle a su redorer le blason de la musique togolaise à travers ses performances sur scène.

« Ces dames ont donné une identité à la musique togolaise. C’est grâce à elles que le monde entier a su que le Togo existe musicalement parlant. Dieu merci, certaines d’entre elles comme Nimon Toki Lala, Fifi Rafiatou, Afia Mala sont encore vivantes pour que la nouvelle génération puisse s’en inspirer afin de faire rayonner la musique togolaise au-delà de ses frontières. En tant que producteur, je leur dis merci, merci car c’est elles qui ont tracé le chemin à suivre à la jeune génération », a confié Carlos Danklou, directeur du studio All That Production.

Bella Bellow : la précurseur des artistes togolaises

Bella Bellow a ouvert la voie à de nombreuses générations d'artistes togolais. Elle fut la porte-étendard de la musique africaine à l’époque. Car, la gente féminine africaine hésitait à prendre le devant de la scène musicale surtout en Afrique francophone. Elle a chanté en 1965 pour feu le président Hubert Maga, à l'occasion de la fête de l'indépendance de l'ex-Dahomey, actuel Bénin.

En avril 1966, sa participation au 1er Festival mondial des Arts Nègres à Dakar, au Sénégal, lui ouvre la voie d'une consécration internationale. Bella Bellow a été l'une des rares africaines à chanter à l'Olympia à Paris, alors la scène de rêve de tout artiste en quête de notoriété en Afrique. Elle a donné des concerts à Athènes en Grèce, à Split en ex-Yougoslavie, à Bonn en Allemagne et en Belgique.

Le nom de celle que les fans ont surnommé « la blueswoman africaine » a retenti aux Antilles (Guadeloupe et Guyane). Au Festival de la chanson populaire de Rio de Janeiro au Brésil, elle a été acclamée par plus de 100 000 spectateurs. Toutefois, la voix de la précurseur de la gente féminine de la musique togolaise va s’éteindre dans les méandres de l’histoire à la suite d’un tragique accident de la circulation le 10 décembre 1973 à Lilikopé, une localité située à 50 km de Lomé.

Après une descente aux enfers dans les années 80 où la musique togolaise a perdu un peu de sa verve, les artistes féminines pouvaient être comptées sur le bout des doigts. Le passage de témoin n’a pas été réussi puisque la nouvelle génération peine à émerger.

Mais, la musique togolaise va renaître de ses cendres à partir des années 90 avec l’apparition de nouvelles artistes. De nouvelles artistes telles que Fifi Rafiatou, Akofa Akoussa, Nimon Toki Lala, Afia Mala, Yta Jouria ont sillonné les grandes capitales africaines pour montrer leur savoir-faire musical. De Cotonou à Bamako, Dakar, Ouagadougou en passant par Douala, Libreville, Brazzaville ou encore Kinshasa, elles sont acclamées par des foules conquises.

Le retour de la gente féminine sur les scènes musicales togolaise

Après ce déclin suivra une nouvelle vague d’artistes féminines à partir des années 90 avec l’émergence de nouveaux talents. Cette nouvelle génération prendra le relais des reines de la musique togolaise à l’instar des artistes comme Santy Dorim, Edith Fever, Amy Coco, Djenny Djella et autres.

Cette jeune génération a su profiter de l’essor des moyens d’enregistrement audio-visuel pour envahir le marché musical togolais voire de la sous-région ouest africaine. Cette émergence a permis à la gente féminine de la musique togolaise de réaliser des collaborations qui font toujours la beauté de la discographie togolaise.

Ce fut l’apogée de cette nouvelle vague qui se fait remarquer à partir des années 2000 avec les artistes tels que Mirlinda, Reynia, Finiki, etc. La cassure ne se fera pas comme dans les années 60 – 70 et 80. Car ces jeunes artistes ont su marquer leur époque avec des singles qui ont émergé au-delà des frontières togolaises.

« Elles sont à féliciter car faire de la bonne musique demande des investissements colossaux. Aujourd’hui, vous ne pourrez plus faire un spectacle au Togo sans inviter des artistes comme Almok, Dyana, Bibi Reine, Abitor et j’en passe.

Chaque année qui passe, la gente féminine s’impose musicalement, après l’époque glorieuse de Bella Bellow, Fifi Rafiatou, Akofa Akoussa, Afia Mala etc. », a renchéri Kevin Dieudonné, animateur de l’émission « Africa Hit » sur la télévision LCF (La Chaîne du Futur).

Avec cette émergence, la relève est assurée autour des années 2005 et 2010 notamment avec des artistes telles qu’Adjoa Sika, Bibi Reine, Shandy, les sœurs Rosine, Almok, Kezita, Madame Abitor, etc… Ce succès s’est transporté au-delà des frontières togolaises, ce qui a permis aux artistes togolaises de réaliser des feats avec leurs homologues de la sous région voire du continent.

Enfin, la passe d’arme a été réussie après un passage à vide. Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes féminines togolaises prennent part aux grands festivals ce qui leur a valu plusieurs distinctions tant au plan national que régional. Au rang de ces artistes féminines qui font la pluie et le beau temps, on pourra retrouver : Almok, Bibi Reine, Kezita, Dyana, Sikavi Lauress, Christel Johnson, Mirlinda etc.

Courant 2014 à nos jours, on notera une sensible recolonisation de la musique togolaise par une gente féminine prête à se battre pour sortir la tête de l’eau. Pendant cette période on note des sorties d’albums, des singles. Leurs performances sur les scènes musicales africaines n’est plus à démontrer.

« C’est un duel entre nous les artistes féminines et les artistes masculins. Ces derniers temps la gente féminine veut damer le pion à la gente masculin, ce qui fait que chaque artiste féminin qui veut faire ses pas dans le monde musical togolais est obliger d’offrir des productions de haute qualité si elle ne veut pas disparaitre aussitôt arrivée.

Aujourd’hui, après les Toofan qui font la pluie et le beau temps de la musique africaine, s’il faut parler des artistes togolais, on parlera d’une artiste féminine qui fait aussi la fierté du Togo en matière musicale », a précisé Dyana, artiste de la musique togolaise. Ces dames depuis Bella Bellow jusqu’à Dyana ont reçu plusieurs distinctions tant sur le plan national qu’international. Elles ont aussi participé à de grands festivals comme les Kora Awards, Femua etc…

En 2016, on espère qu’avec l’éclosion de nouveaux talents au sein de la gente féminine, elles continueront toujours à faire la fierté de la togolaise comme cela l’a été au temps de leurs aînées au cours des années 90 et 2000. Pour l’instant, l’aventure n’est pas prête de s’arrêter pour l’émergence des « Amazones » de la musique togolaise.


Liens utiles :
Dyana
www.dyanadiva.com

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