Les institutions et organismes musicaux actifs en Tanzanie

Par Mandolin Kahindi

L’industrie de la musique en Tanzanie a connu de nombreux changements au cours des dix dernières années, avec des influences provenant d’autres pays ayant un impact sur les traditions musicales locales. Les musiciens en Tanzanie ont également été touchés, et certains sont devenus les meilleurs artistes de l’Afrique de l’Est. Le grand travail de certaines institutions et organisations qui se consacrent à bâtir l’industrie de la musique contribue à ce succès.

 Un atelier de musique au Sauti za Busara Fest. en 2015. Photo : Par Peter Bennett.
Un atelier de musique au Sauti za Busara Fest. en 2015. Photo : Par Peter Bennett.

La mise en place des institutions et organisations en Tanzanie a connu une croissance au fil du temps. Malgré leur bonne volonté, ces organisations ne peuvent atteindre leurs objectifs ciblés pour diverses raisons, notamment le manque de soutien du gouvernement et de politique culturelle, des projets non viables, un manque de responsabilisation, un manque de compétences organisationnelles et de gestion de temps ainsi qu’un manque de fonds. 

Le présent document offre un aperçu des institutions musicales ou organisations actives qui s’impliquent dans le secteur de la musique en Tanzanie, y compris les institutions gouvernementales, non gouvernementales, privées, ainsi que les médias.

Les instances gouvernementales

Le Conseil National des Arts de la Tanzanie (BASATA)[i]  est une institution gouvernementale pour la relance, la promotion et le développement des arts en Tanzanie. Il vise à favoriser un l'Art Tanzanien conscient et actif, motivé à participer pleinement à la production et à la consommation de l’art véritable. BASATA a été le principal registraire de tous les artistes (y compris des musiciens) et des organismes artistiques. Il fournit licences et facilite la production et la consommation d'œuvres d'art et de services en développant une tradition artistique tanzanienne authentique tout en assurant professionnalisme, excellence, créativité et innovation des arts. Il possède des filiales dans tous les districts du pays où les groupes ethniques locaux sont enregistrés.

Le plus grand défi du secteur musical en Tanzanie est aujourd'hui le piratage, qui a un effet majeur et destructeur sur l'enregistrement des entreprises, des compositeurs et interprètes, dont les œuvres sont effectivement volés. La Société du Droit d'Auteur de la Tanzanie (COSOTA)[ii], dépendant du ministère de l'Industrie et du Commerce[iii] a pour mandat de lutter contre le piratage. Cependant, ses opérations semblent exposées à de nombreuses restrictions et conflits potentiels. Par exemple, les entreprises locales de distribution ont été accusées de contribuer au problème.

Bien que la COSOTA soit membre associé de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI)[iv], de la Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs et Compositeurs (CISAC)[v], de l’Organisation Régionale Africaine de la Propriété Industrielle (ARIPO)[vi] et de l’organisation du droit d’auteur Sud /Est Afrique (SEACONET)[vii] et signe des accords mutuels avec de nombreuses sociétés affiliées, elle n'a finalement pas réussi à mettre fin au piratage.

La séparation de ces deux organes (BASATA et COSOTA) complique le processus de protection des droits des musiciens, car le BASATA ne procède qu’à l’enregistrement des artistes alors que la COSOTA supervise la lutte contre le piratage. Chaque organe relève d'un ministère différent, avec son propre plan d'action, sa propre mission et vision. Le gouvernement devrait regrouper ces deux institutions sous un seul ministère afin de faciliter la coordination et la mise en œuvre plus efficace de leurs activités.

Collèges et universités

La Tanzanie a la chance d'avoir de nombreux collèges et universités qui dispensent formation, recherche et services de conseil dans le secteur des arts et de la culture. Ces institutions visent à produire des artistes qualifiés, des administrateurs des arts, des chercheurs et des consultants, pour augmenter le niveau artistique, promouvoir la prise de conscience culturelle et utiliser les arts pour le développement.

En outre, des instituts tels que l'Université de Dar es-Salaam[viii], l’Université de Dodoma[ix] et Tumaini University Makumira[x] à Arusha ont établi des plates-formes pour les musiciens de tous horizons leur permettant de participer à des festivals locaux et à des événements musicaux dans le but de renforcer leurs compétences. Par exemple, le Festival Sanaa of the TaSuBa[xi] , le symposium d'ethnomusicologie de l'Université de Dar es-Salaam et le Festival Gogo de l'Université de Dodoma reflètent les efforts déployés par ces institutions pour promouvoir la musique et la culture de la Tanzanie et du continent. Les événements et festivals permettent également aux chercheurs locaux de partager leurs conclusions et d’établir un réseau auprès d’indépendants et des institutions en Tanzanie et des pays voisins.

Des questions relatives à l'utilité des conclusions des recherches musicales et culturelles ont fait débat. De nombreuses institutions détiennent un certain nombre de rapports de recherche sur leur bureau ou rangés sur les étagères de leur bibliothèques, qui sont inutiles si pas lus et mis en œuvre par les institutions et les intervenants musicaux pertinents. Un défi majeur pour la musique tanzanienne réside non sur la disponibilité de talentueux musiciens ou institutions musicales, mais du manque de coordination des parties prenantes, des ressources financières, ainsi que de la sécurité des artistes. La voie à suivre pour renforcer l'industrie de la musique est d'améliorer la mise en réseau entre les musiciens et les parties prenantes à travers le continent.

ONGs et institutions privées

En soutenant les efforts des universités publiques, par exemple, les institutions privées ont été créées dans le but de faciliter l'éducation musicale, l'assistance juridique et la formation à la gestion des arts, des musiciens et professionnels de la musique. La plupart de ces institutions sont davantage axées sur des questions telles que l'éducation aux droits d'auteur et à la diffusion d'information sur les artistes et les événements. A titre d’exemple, Action Music Tanzania[xii], le Swahili Performing Arts Center of Zanzibar (Swahili Center)[xiii], Sauti za Busara[xiv], la Maison de la Culture[xv], l'Académie de Musique Dhow Countries[xvi] et beaucoup d'autres jouent un grand rôle en organisant des ateliers, des festivals et des séminaires destinés aux musiciens de la Tanzanie et d’ailleurs, dans le but de promouvoir et de renforcer notamment les compétences en écriture, en première lecture et prestation en direct.

Les activités de ces institutions ciblent les musiciens, les professionnels des médias, les gestionnaires des arts, les techniciens et travailleurs culturels de la région. L'échange de connaissances est essentiel à la santé et au développement de tous les styles musicaux en Tanzanie et les ateliers et séminaires techniques et artistiques ont donc été un élément clé.

Quelques institutions locales financent des activités musicales, notamment le Tanzania Culture Trust Fund[xvii] qui vise à promouvoir et à renforcer le secteur culturel tanzanien. Les institutions étrangères sont traditionnellement plus actives à cet égard, et les fonds proviennent souvent des ambassades des pays tels que l'Allemagne, les Etats-Unis, la Russie, la Norvège, la Finlande ou encore le Danemark.

D'autres institutions internationales, y compris les centres culturels étrangers comme le Goethe- Institut[xviii] et l'Alliance Française[xix]. Grâce à ces organes, les gouvernements étrangers financent des activités culturelles en Tanzanie en travaillant avec divers acteurs et intervenants du secteur culturel. Cependant, ces fonds atteignent rarement les zones rurales, où les musiciens ont également besoin d'une assistance.

Pour soutenir les efforts des musiciens, des entreprises privées, comme la Tanzania Breweries à travers sa marque Kilimandjaro Premium Lager, ont sponsorisé des événements de l'industrie comme le Kilimanjaro Tanzania Music Awards (également connu sous le nom de Kili Music Awards), où les fans votent pour leurs artistes préférés et où les gagnants de chaque catégorie sont récompensés de prix qui les encouragent à travailler dur et à se concentrer sur leurs carrières.

Les médias

Il y a plus de 100 journaux et magazines en Tanzanie. La plupart (gouvernementaux ou privés, en swahili et en anglais) propose des pages consacrés à l’art, la culture et au divertissement et sont publiés au moins deux fois par semaine. A titre d’exemple, The Business Times, Majira and Spoti Starehe[xx], The Guardian and Nipashe[xxi], Mwanaspoti and Mwananchi[xxii], The Citizen[xxiii], Daily News[xxiv], Sunday News, Habari Leo[xxv], Tanzanis Daima[xxvi], Mtanzania[xxvii] entre autres.

Les blogs sont également de plus en plus influents et populaires. Des sites tels que Michuzi[xxviii], DJ Choka Music[xxix] et Bongo Flava Link[xxx] publient des articles et photos liés à la musique et représentent une plate-forme où les amateurs de musique peuvent se tenir informés des dernières activités de leurs artistes préférés.

Les audiences choisissent une radio ou une chaine de télévision en fonction de la programmation musicale, entre autres facteurs. La Tanzania Broadcasting Corporation (TBC)[xxxi] appartenant à l’Etat, gère TBC FM et les chaînes de télévision à savoir la TBC1 et TBC2. D'autres stations populaires incluent Choice FMCountry FMMagic FM, Ebony FM, Pride FM, Info Radio, Times FM,  Radio MariaRadio One, Radio Free Africa (RFA), Metro FM et Radio Ukweli. La radio et la télévision contribuent au développement de la musique en Tanzanie grâce notamment à des entrevues avec des musiciens ou par la couverture d’évènements.

Selon le Broadcasting Services Act of 1993[xxxii], toutes les stations de radio et chaines tanzaniennes doivent diffuser un minimum de 70% de contenu local, y compris la musique. Toutefois, nombre d'entre elles ignorent cette règle et continuent à diffuser jusqu'à 90 % de musique des États-Unis et d'autres pays occidentaux. Ces médias sont très actifs dans le secteur de la musique, mais ne se soucient guère du genre de musique diffusée, décevant les artistes locaux.  

La promotion, lorsque les musiciens sont tenus de payer leur temps d’antenne, soulève une autre difficulté. 'Payola' est illégal, mais toléré par de nombreux DJs, bien que si vous leur posez la question, personne ne veut l'admettre.

En conclusion, le développement de la musique en Tanzanie dépend en grande partie des institutions et organisations, privées ou publiques, actives dans le secteur musical, car elles s’adressent à un vaste auditoire. Malgré ces difficultés, ces institutions doivent continuer à œuvrer à la promotion de la musique tanzanienne et de ses traditions au profit des futures générations.


Comments

comments powered by Disqus