Les instruments traditionnels en Namibie

par Minette Mans

Les instruments de musique en Namibie sont traditionnellement utilisés en fonction des circonstances spécifiques à la culture, aux rapports entre les gens, aux instruments, à la danse, aux valeurs et croyances respectives. Penchons-nous sur certains instruments de musique et la particularité des sons qu’ils produisent.

Photo: nycefm.com
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Le cordophone est un instrument produisant un son par l’intermédiaire de cordes pincées, frappées, raclées ou frottées. Bien que le tambour symbolise le son du cœur battant de l’Afrique, l’arc musical est plus fréquent en Namibie - symbole des philosophes et sages d’antan.  En Namibie, les pasteurs migrent avec leurs chèvres, leurs moutons et leurs troupeaux de bovins d'un point d’eau à un autre et d’une zone de pâturage à une autre. Ce mode de vie nomade a contribué à l’abondance d'arcs et autres instruments à cordes.

L’arc musical s’accompagne ou non de chants,  prières et autres sons. Les chants retracent des récits historiques ou des histoires individuelles. Une chanson interprétée par un maître Ombulumbumba, Petrus Tjisuta, parle d’une longue marche entre Johannesburg et Opuwo en Namibie où il rencontra un lion endormi sur le bord de la route.  Il le toucha du bout des doigts. Le lion eut une telle frayeur, qu’il se leva et s’enfuit. L’arc musical est très souvent joué par une femme ou un homme pour «combler une solitude ». Certains arcs se jouent en gardant la corde de son arc suspendue entre ses lèvres tout en la raclant d’une baguette en bois. La corde vibre et émet des sons amplifiés par le mouvement des lèvres.  L’arc musical contient deux (voire plusieurs)  longueurs de fils de tendon ou fils métallique, reproduisant des sons différents. Un son plus résonant s’en dégage lorsqu’un résonateur extérieur est rattaché.

L’arc de chasse traditionnel ou à support arqué est souvent utilisé comme instrument de musique. Le son est produit par la bouche. Ces instruments parfois grands, peuvent être joués à deux. On les appelle N!aoh en langage Kxoe. L’arc est constitué d’une corde en acier ou en fils de tendon bien qu'il y ait une forme inhabituelle de !Gomakhās (à deux cordes métalliques) dans le nord-ouest de la Namibie. La deuxième corde (plus aigüe) est métaphoriquement appelée la voix féminine, et  reproduit une vibration agréable complémentant le son émis par la plus longue corde (voix masculine).

L'usage de l’arc de chasse comme instrument de musique date et est fortement symbolique. L’arc est lié aux rituels de chasse, pour honorer les esprits des proches décédés et obtenir leur bénédiction avant la chasse (Kxoe). L’arc est également joué après une chasse fructueuse (Kxoe,! Kung, Hai//om) et pour rendre grâce après avoir tué son premier élan (Kxoe). L’arc est joué pour le plaisir, pour calmer les animaux en faisant paitre le troupeau (Ovazimba, Ovahimba, Ndonga) et pour le divertissement (Hai//om, Ovazimba, Ovahimba, Ndonga). Pour certains, l'arc est bien plus qu'un simple instrument de musique ou de chasse, et la maitrise du jeu assure une bonne chasse. Selon Olivier (2005) deux ou plusieurs Ju/’hoansis ne sont pas autorisés à jouer simultanément de leurs arcs car cela pourrait être dangereux. Les hommes pourraient par inadvertance se tuer les uns les autres parce qu'ils seraient alors à la fois musiciens, chasseurs et animaux.

L’arc à résonateur existe dans plusieurs cultures en Namibie, chaque langue ayant sa propre appellation vernaculaire. L’arc est constitué d’un support arqué et d’un résonateur en calebasse. Dans les régions du nord-ouest, le musicien reproduit des sons différents en appuyant l’orifice d’une demi-calebasse (otjikola) ou autre résonateur en plastique contre sa poitrine afin d’en modifier la résonance. Dans le nord-est, le résonateur est constitué d'un melon séché, d’une carapace de tortue, d’une boîte de conserve, ou d’un bol en plastique ou en bois. Le placement de la boucle qui relie la corde à différentes longueurs diffère de joueur à joueur, et de culture à culture. Elle peut se placer n'importe où, au cinquième de la corde ou au milieu. Comme les grands arcs de chasse, ces arcs musicaux se tiennent verticalement à l'avant du musicien ou horizontalement au niveau de la poitrine. Le musicien frappe la corde à l’aide d’une baguette en bois habituellement tenue dans la main droite, tandis que la main gauche tient l'arc et crée des vibrations en pinçant la corde avec l'ongle du pouce ou de l'index. On retrouve nombre de sons vocaux dans la musique Ovazimba notamment des aspirations, des clics, et des cris qui animent les chansons douces et le jeu de l’arc.

L'arc musical à support raclé produit un son complètement différent. Sa « corde » est faite de la nervure d’une feuille de palmier et le support de crans que l’on racle avec une baguette. Le joueur garde la ‘corde’ de son arc suspendue entre ses lèvres pour créer une résonance. Traditionnellement joué par les femmes, il n’est pas surprenant qu’une des formes de cet arc soit  associée au «mariage traditionnel» (Ohango) des Ngandjeras. Dans le passé lorsque les jeunes épouses se rassemblaient pour entamer leur voyage vers le nord  à Ombalantu pour assister au rituel d’initiation, certaines d'entre elles jouaient l'Okayagayaga tout en marchant vers leur destination.

Les pluri arcs du nord-ouest sont des instruments constitués de plusieurs arcs et de cordes rattachées à une caisse de résonance en forme de chaloupe. Du grand Otjihumba à 5 cordes (Ovazimba) au  plus petit Ju’/Hoan à 4 cordes, l’accord des cordes diffère en fonction de la structure tonale de la région. Le pluri arc Ju’/hoan, joué par les femmes, est un instrument à cordes métalliques doté d’un résonateur en métal. Il est accompagné par le chant et parfois par la danse et est joué pour le divertissement, même si  en dansant et en jouant des chants de guérison, les chamans peuvent entrer en transe. Le pluri arc à cinq cordes n’est joué que par les hommes. Parmi les Ovahimbas et Ovazimbas, l'Otjihumba accompagne les chants de louange (Omutandu) - une forme d'oralité qui fait partie intégrante du mode de vie et du souvenir ancestral de cette région du nord-ouest.  Il forme un ostinato rythmique entrecoupé de solos instrumentaux qui amplifient et varient le matériau musical. Dans le jeu des Ju’/hoans et Hai//oms, la partie vocale suit la même mélodie. Les Ju ‘/hoansis rapportent que leur arc à cinq cordes est originaire de la région de Nyae Nyae. Son histoire est sacralisée dans le mythe de Kxao N//ae, qui se servit de l'instrument pour retrouver paix intérieure après avoir tragiquement tué sa femme. La musique qu'il joua servi également à calmer les autres qui auraient pu le punir pour se venger.

Traditionnellement, les jeunes hommes de cette région du nord-ouest jouaient le luth ou le ramkie. Le luth joué parmi les peuples Ovazimba, Ovacuvale et Ovangambwe est appelé Otjindjalindja. Il a trois cordes métalliques ou fils de tendons, une caisse de résonance, un manche et une touche et la tête est équipée de trois chevilles. La touche a deux écrous surélevés, ne permettant qu’un seul changement de hauteur pour chaque corde. Le musicien pince la corde de la main droite tandis que les différents sons sont obtenus en touchant la corde, à divers endroits, avec les doigts de la main gauche.

La cithare sur planche ou en cuvette que l’on retrouve occasionnellement dans les communautés Ju’/Hoan, HambukushuBatswana, Sambiyu et  Khoekhoe est un autre instrument à cordes intéressant. Elle se joue avec un archet tenu  dans la main droite, tandis que la gauche effleure l’unique corde pour créer des vibrations. La cuvette ou planche est dotée d'un résonateur d'étain (dans le passé une carapace de tortue). La cithare est symbolique chez les Ju’/hoansis car jouée le soir à  la veille d’une chasse, ou pour annoncer une chasse fructueuse ou même après une chasse infructueuse, afin d'assurer que la prochaine sera couronnée de succès! On dit que le musicien prie et que sa musique remonte jusqu’à dieu qui lui vient en aide. 

Il est probable que les arcs, luths et cithares disparaissent pour être remplacés par plusieurs instruments «modernes» tels que la guitare et le violon. 

L’idiophone est un instrument dont le son est produit par le matériau de l'instrument lui-même. On retrouve ainsi une variété de hochets de cheville et des hochets à main, des bâtonnets, des cloches, des gongs, des plaques en fer ou en bois (dont l’Otjipirangi, attaché aux pieds que l’on frappe au sol), les lamellophones, les xylophones et l’idiophone raclé dans une variété de formats qui dépendent des matériaux disponibles de la région.

Les membranophones incluent différentes formes de tambours et mirlitons, les tambours tubulaires coniques (habituellement utilisés dans les ensembles de deux ou trois Mulupa), les grands tambours en tonneaux à membrane utilisés lors des cérémonies (Eengoma), les tambours en pot d'argile et les tambours à friction. Le Kwanyama eengoma est associé à la cérémonie traditionnelle du mariage des femmes (Efundula) et est utilisé par de grands ensembles de  vingt à quarante percussionnistes.

Les aérophones incluent la corne d’animal avec ou sans embouchure, dont l’une des extrémités se compose d’un renflement fait de cire d’abeille.  L’Ovahimba ondjembo erose annonce le déplacement du bétail. Il y a également des flûtes fermées et ouvertes en roseaux, en cornes d'animaux, ou en tiges de papaye (āb), avec et sans trous, crécelles et sifflets d'écorce ou de métal.

Qu'ils soient utilisés seuls ou accompagnés d'autres instruments, voix ou danses ; les instruments de musique ont tous leurs propres répertoires et font partie d'une symphonie majestueuse.    

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