Les médias en Namibie

Par Shishani Vranckx

Ce texte donne un aperçu des médias en Namibie, plus particulièrement en ce qui concerne l’industrie de la musique locale.

Photo: namibiatourismexpo.wordpress.com
Photo: namibiatourismexpo.wordpress.com

Les médias namibiens avant l’indépendance

De 1890 à 1918, la Namibie est initialement une colonie allemande puis protectorat de l’Afrique du Sud après la Première Guerre mondiale. Dans les années 60, de nombreux pays africains accèdent à l’indépendance. L'Afrique du Sud refuse d'accorder l'indépendance à la Namibie, malgré les recommandations des Nations Unies, en raison de la grande richesse économique du pays à savoir l'exploitation minière (en particulier les diamants) et la pêche. La Namibie - alors Sud-Ouest africain - est ainsi illégalement occupée jusqu'en 1990. Pendant la domination sud-africaine, la Namibie est considérée comme la cinquième province de l'Afrique du Sud, et donc sous le régime de l’apartheid.

Sous le régime de l'apartheid (1948-1990), l’état contrôle strictement le type de musique popularisée ainsi que sa diffusion. La radio et la télédiffusion n’atteignent le pays que tardivement avec la radio à partir de 1956 et la télévision en 1981. En 1969, la radio commence à diffuser en langues autochtones, n’étant réservée jusqu’ici qu’aux blancs et diffusant en anglais et en Afrikaans dès 1956. La South African Broadcasting Corporation (SABC), contrôle les médias audiovisuels de la Namibie entre 1956 et 1979 et devient plus tard la South West African Broadcasting Corporation (SWABC) de 1979 à 1990. Conformément à la politique d'apartheid en Afrique du Sud, la SWABC lance Radio Bantu, un service visant à contrôler et à pacifier les « indigènes » à travers de lourdes censures. Les studios de la SABC et SWABC enregistrent la « musique autochtone » dès 1969. La SWABC effectue de nombreux enregistrements sur le terrain à travers le pays dans les années 80 avant l'indépendance. Cependant, ces enregistrements ne sont utilisés qu’à des fins de diffusion et non destinés à la distribution.

Durant l’apartheid, toute  musique portant des messages à l’encontre des autorités, est interdite. Le Reggae, par exemple, est interdit. Seuls le Gospel, la musique romantique et la dance des États-Unis et de l'Afrique du Sud sont diffusés et distribués à travers le pays. Les namibiens sont isolés pendant longtemps des musiques populaires africaines et internationales comme le reggae, suite à cette censure. L’état – qui exerce un contrôle total des médias - réussit à contrôler et à restreindre le secteur musical namibien.

La radio

Après l'indépendance en 1990, la Namibian Broadcasting Corporation (NBC)[i] est mise en place en 1991, et remplace la SWABC. La NBC est une chaîne publique de radio et de télévision. Elle propose des services de radio en huit langues nationales à savoir en anglais, oshiwambo, herero, nama / damara, tswana, rukavango, lozi, afrikaans et allemand. La création de la commission de la communication namibienne en 1992 met fin au monopole des ondes dans le pays, en vertu de la SABC et SWABC. Depuis l’indépendance, des licences de radiodiffusion sont octroyées à deux stations de radio et de télévision indépendantes (Amupala 1998: 4). En 1993, la première radio indépendante est lancée, suivie de diverses radios commerciales et communautaires , y compris : 99 FM , Energy FM , Base FM , Radio Wave , Hit Radio , Kosmos Radio , Fresh FM , One FM , Omulunga Radio, UNAM Radio , Radio Ecclesia , Channel 7 , Westcoast FM , Radio Kairos et Oranjemund Community Radio.[ii]

Toutes les radios ont leur musique «de niche» (urbaine, rock, allemande, afrikaans, «locale», etc.) répondant à la demande des différents groupes socio-économiques, en particulier la jeunesse urbaine. Plusieurs stations et présentateurs de radio tentent de promouvoir le contenu local à la radio avec le slogan : « Local is lekka ! » (La musique locale est géniale!) . Aujourd'hui, environ 90 % de la population namibienne écoute la radio tous les jours, faisant de la radio une plate-forme essentielle pour la croissance de l’industrie. Malheureusement, les gens de plus de 50 ans s’identifient peu aux musiques diffusées sur les radios, souvent commerciales, qui répondent plus à un public jeune[iii].

La Communications Regulatory Authority of Namibia (CRAN)- l’autorité namibienne de régulation des communications [iv] , qui réglemente les services et réseaux de télécommunication, les services de radiodiffusion, les services postaux et l'utilisation et l'allocation des fréquences ; contrôle la radio namibienne.

Outre la radio, il y aurait environ 10 000 juke-boxes dans les shebeens (bars informels), qui jouent également un rôle dans la diffusion de la musique dans toute la Namibie.

La télévision

La NBC est le seul diffuseur de télévision jusqu'en 2001, lorsque la chaine religieuse Trinity Broadcasting Network (TBN)[v] obtient une licence de radiodiffusion. Elle est suivie par la chaîne indépendante One Africa[vi] créée en 2003. Aujourd'hui, les réseaux NBC et One Africa sont essentiels à la promotion de la musique locale et internationale à travers leurs émissions et vidéos musicales. La NBC propose divers programmes musicaux tels que Watagwan, qui permet au public namibien de découvrir et d’apprécier les artistes locaux. Good Morning Namibia[vii], une émission matinale accueille des artistes et promeut leurs spectacles, leurs nouveaux albums et autres nouvelles du secteur. Sessions Studio 6 offre aux téléspectateurs un regard en coulisse sur ce qui se passe en studio lors des spectacles.  Son récent lancement a réuni des musiciens de la scène locale, ainsi que des agences de publicité et des sponsors potentiels. L’émission produite par Christian Polloni, offre aux artistes namibiens l’opportunité de produire de la musique de qualité sans avoir à dépendre sur les équipements et studios des pays voisins. En 2015, la NBC est passée à la diffusion numérique, en collaboration avec TBC et One Africa[viii]. Il existe aujourd’hui  sept chaînes de télévision: la NBC: 1, 2 et 3, One Africa TV, TBN, EDU TV et ThisTV[ix], une chaine musicale lancée en 2015 qui ne diffuse que de la musique namibienne.

Les médias imprimés

La plupart des hebdomadaires namibiens ont une rubrique dédiée au divertissement recouvrant la scène artistique locale. Il existe 12 grands journaux en Namibie. Le New Era[x] est un journal appartenant à l'Etat. Tous les autres sont des journaux privés. La plupart sont basés à Windhoek , à savoir : The Namibian[xi] (Anglais/Oshiwambo), Allgemeine Zeitung[xii] (Allemand), Die Republikein[xiii] (Afrikaans), et les journaux en anglais Windhoek Observer[xiv], Namibian Economist[xv], Namibian Sun [xvi], Informanté[xvii] , Confidenté[xviii] et The Villager[xix]. En dehors de Windhoek il y a le journal anglais Namib Times[xx] basé à Swakopmund et Buchter News[xxi] à Lüderitz.

Red Carpet[xxii] dédié aux arts namibiens et Insight Namibia[xxiii], qui couvre parfois l’actualité artistique en dehors de son orientation économique et socio-politique, sont des magazines populaires. Les deux sont publiés en anglais.

Les médias en ligne

L'Internet est de plus en plus utilisé comme moyen d’accéder à la musique, même si moins de 10 % de la population y a accès. La promotion en ligne de la musique et des arts namibiens se passe principalement à travers les plates-formes de médias sociaux notamment Facebook et Twitter. La plupart des journaux et des stations de radio, ainsi que les musiciens, ont leurs propres comptes sur ces plates-formes.

What’s On Windhoek[xxiv]  est un site important dans la promotion d'événements culturels en Namibie. D’autres blogs à noter Namibian Music Blog[xxv], Our Namibia[xxvi] et Have Plenty Music[xxvii].

Omutumwa News[xxviii], Oshili Nashi Popiwe[xxix], The Zambezian[xxx] et Southern Times[xxxi] sont d’autres exemples de journaux en ligne populaires qui proposent une rubrique musicale.

Les archives

Il existe deux archives qui renferment du matériel audiovisuel en Namibie. Les archives nationales[xxxii]  à Windhoek accueillent divers supports tels que des livres, des articles de presse et des affiches, des cassettes, des CDs, des cassettes vidéo et VHS. La station de radio NBC à Windhoek possède deux bibliothèques. La première est une bibliothèque dotée de livres, magazines, journaux et enregistrements de fichiers à thèmes. Elle est ouverte au public, mais l'emprunt n’est pas autorisé. La seconde est une bibliothèque musicale qui contient une vaste collection de LPs, cassettes, CDs et bandes sur bobine. Ces bandes contiennent des enregistrements historiques de la musique namibienne, mais sont malheureusement dans un état d’abandon total.

Le projet Stolen Moments[xxxiii]  a lancé le processus de numérisation de ces matériaux en collaboration avec la NBC, les Archives nationales et d'autres parties prenantes pour y remédier. Stolen Moments: Namibian Music History Untold (Moments volés : l’histoire quelque peu méconnue de la musique namibienne) est une véritable chasse au trésor nationale qui a pour mission de retracer l’histoire musicale oubliée, supprimée et réprimée sous le régime de l’apartheid. Afin de préserver ces richesses culturelles, ils ont commencé à recueillir des morceaux de la mémoire musicale du pays (enregistrements sonores, articles de presse, cinéma, photographies et traditions orales) de 1950 à la fin des années 80. En faisant appel au public, l’initiative vise à recueillir du matériel médiatique du grand public. Les contributions seront copiées et déposées aux archives nationales de la Namibie. Cela facilitera les travaux de recherche tout en constituant la base d'une archive musicale populaire de la Namibie, comme prévu par les Archives nationales de Namibie.[xxxiv]


Références

Amupala, JN. 1998. Development of Broadcasting in Namibia Press, Centenary celebration 12-13 Octobre 1998, page.4.


[iii] Les plus de 49 ans ne sont pas inclus dans les groupes cibles, expliquant leur frustration quant à la musique diffusée à la radio - à partir d'entrevues menées en 2013 et en 2014 à Windhoek.

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