Les médias en Tanzanie

Par Rose Athumani

Ce texte donne un aperçu des médias en Tanzanie, tout particulièrement pour ce qui est de l’industrie de la musique.

Emetteur de radiodiffusion. Photo: www.mvtvwireless.com
Emetteur de radiodiffusion. Photo: www.mvtvwireless.com

Le secteur des médias locaux en Tanzanie traversent plusieurs phases, notamment celle de l'ère coloniale allemande de 1880 à 1919, qui répond principalement aux besoins de l'administration allemande de l'époque.  L’administration tombe entre les mains des britanniques  de 1919 à 1961, période pendant laquelle les médias ne s’adressent guère à la majorité des Tanzaniens.

Après l’indépendante en 1961, Julius Nyerere, président fondateur du nouveau régime, n’encourage ni ne permet l’épanouissement des médias. Néanmoins, l’industrie de la musique grandit, avec des groupes locaux devenus populaires sur le continent et  certains bénéficiant du soutien de l'Etat. La Radio Tanzanie Dar Es Salaam (RTD) appartenant à l'État, aujourd’hui  la Tanzania Broadcasting Cooperation (TBC) abrite les seules studios d’enregistrement du pays à l’époque. A la fin des années 60 la RDT parraine systématiquement les groupes tanzaniens, contribuant ainsi au développement d'un style de musique typiquement tanzanien : le Mtindo.

Au milieu des années 80,  l’expérience socialiste de Nyerere prend fin, imposant un changement dans la façon dont les médias opèrent. Cet événement ouvre une nouvelle ère de la presse indépendante et de la prolifération de médias écrits et électroniques indépendants.  L’émergence des médias privés et la liberté de la presse depuis le milieu des années 90 ouvre la voie à la grande variété de médias diffusés et imprimés et des médias en ligne d’aujourd'hui.

La Tanzanie compte parmi les quelques pays d’Afrique sub-saharienne où les médias opèrent dans deux langues officielles, à savoir l'anglais et le kiswahili - cette dernière étant la langue nationale. La plupart des Tanzaniens parlent couramment le swahili et le préfèrent à l’anglais, expliquant la raison pour laquelle le kiswahili domine encore les médias locaux.

Les médias imprimés

Le Daily News[i], un journal appartenant à l'Etat, est le fruit d'une fusion forcée de deux journaux, The Standard (publié sous le nom de The Tanganyika Standard[ii] en Janvier 1930 par le Kenyan East African Standard Ltd) et The Nationalist (quotidien du gouvernement publié en Avril 1964). En Janvier 1972, le Tanganyika African National Union (TANU), le principal parti politique dans la lutte pour la souveraineté dans l'état de l’Afrique de l'Est du Tanganyika (actuelle Tanzanie), décide de mettre fin à la rivalité entre les deux journaux et force une fusion qui mène à la création du Daily News publié le 26 Avril 1972. Le groupe qui publie le journal retient le nom Standard et est toujours connu comme le Tanzania Standard (Newspapers) Ltd, et gère actuellement le Daily News[iii], le Sunday News, Habari Leo[iv] et SPOTI Leo. Ces journaux proposent des pages de divertissement et des articles sur les musiciens locaux et parfois internationaux. SPOTI Leo se concentre sur les sports et le divertissement.    

Certains des journaux privés qui sont apparus dans les années 90 incluent The Citizen[v], Mwananchi[vi], Mtanzania[vii] et Tanzania Daima[viii], et proposent de meilleurs reportages sur les artistes locaux, y compris les artistes en herbe qui autrement ne figureraient pas dans les journaux de l'Etat. Mwananchi consacre généralement une page entière aux artistes, rédigée en swahili[ix], alors que The Citizen publication sœur en anglais accorde une page entière au divertissement, couvrant la plupart des artistes locaux[x].

Les journaux tabloïds, tels que Ijumaa, Uwazi et Kiu, publiés en swahili présentent également des articles sur les musiciens et autres célébrités.

Les médias audiovisuels

Le radiodiffuseur public - Tanzania Broadcasting Corporation (TBC)[xi] - est le seul autorisé à couvrir l'ensemble du pays.  Taifa,  l’une des radios de la TBC, diffuse des chroniques, des bulletins d’information et des émissions musicales notamment «Habari na Muziki » (nouvelles et musique). TBC FM diffuse principalement des émissions musicales telles que  « Pasopaso », « Njozi Njema », « Magoma Time » et « Milazo XP ».

La multiplication des radios FM depuis les années 90 est une bénédiction pour l'industrie de la musique, comme le nombre croissant de studios d’enregistrement qui jouent un rôle majeur dans le renforcement de l'industrie de la musique dans le pays.

Clouds FM[xii] est l'une des radios privées les plus populaires à jouer un rôle instrumental dans la promotion des artistes. La radio est diffusée en direct sur le web et a récemment lancé une chaîne de télévision appelée Clouds ​​TV[xiii]. Des artistes populaires tels que Diamond Platinumz, Juma Nature, Lady Jaydee, sont tous à un moment ou à un autre de leurs carrières, passés par Clouds FM

Clouds FM est associé à Talent House Tanzania (La Maison du talent de la Tanzanie) (THT)[xiv], qui forme les jeunes aux métiers du spectacle. La THT, fondée en janvier 2006 est un centre dédié aux arts et au spectacle pour les jeunes qui n’ont qu’un accès limité à la formation professionnelle ou à l’emploi au sein de l’industrie de la musique et du divertissement. La THT soutient plus de 400 jeunes talents prometteurs de la musique, de la promotion musicale, de la danse, de la chorégraphie, du théâtre, de l’écriture de scénario, de la production et post-production.

La populaire Radio One[xv] offre également une programmation musicale avec le «DJ Show » du lundi au vendredi à 15 heures.

Une autre société privée, le Sahara Media Group Ltd[xvi], gère les radios populaires Kiss FM et Radio Free Africa, ainsi que Star TV.

Au niveau des télévisions privées, l’Independent Television Limited (ITV)[xvii] propose des émissions musicales comme « Reggae Ridim »  - essentiellement de la musique reggae d'artistes locaux et internationaux, « African Fiesta », un mélange de musiques du continent, et « Mambo Yoyo », qui met en vedette les artistes locaux. Le bouquet DStv est disponible et offre de nombreuses chaînes musicales internationales telles que MTV, bouquet disponible à ceux qui en ont les moyens. 

Les médias en ligne

Curieusement, la grande majorité des artistes tanzaniens ne disposent pas de leurs propres sites Web, ce qui peut être extrêmement utile à la promotion de leur musique en Tanzanie et ailleurs. Vibe[xviii] et Bongo5[xix] sont des exemples de portails dédiés à la musique locale et internationale. Fas Magazine[xx] et Mambo Magazine[xxi], des magazines en ligne publient parfois des nouvelles des artistes du Bongo Flava. Les blogs musicaux les plus populaires sont Tanzania Dance[xxii] et Wanamuziki Tanzania[xxiii].

Les radios en ligne gagnent également en popularité. Bongo Radio[xxiv], basée aux Etats-Unis, est l'une des radios les plus populaires sur le web et se consacre au Bongo Flava. Une autre station basée aux Etats-Unis, Radio Mbao[xxv], également basée aux Etats-Unis, propose également du Bongo Flava ainsi qu'un mélange de musiques régionales et internationales.   

Les portails musicaux Mziiki[xxvi] et Mdundo[xxvii] proposent le streaming et le téléchargement de musique aux tanzaniens.   

La liberté de la presse et la censure

Comme expliqué plus haut, jusqu'au début des années 90, les quelques publications, radios et télévisions opérant en Tanzanie sont contrôlées par l'État. Le Président fondateur de la nation, Julius Nyerere, craint que l'accès plus large aux réseaux de communication (par exemple en possédant un poste de télévision) creuserait l'écart entre les riches et les pauvres. Même si la situation a fondamentalement changé depuis les années 90, le gouvernement reste prudent sur la façon dont il traite  la liberté de la presse. L’article 18 de la Constitution garantit le droit de chaque Tanzanien à la liberté d'expression et d'opinion alors que  la loi sur la presse de 1976 permet aux autorités gouvernementales d’exercer leurs pouvoirs et d'interdire les publications considérées comme une menace à l’intérêt national. La Loi de 1993 sur les services de radiodiffusion (Broadcasting Services Act) veille à ce que les radiodiffuseurs privés diffusent sur seulement 25% du pays.

L’autorité de régulation des communications de la Tanzanie (Tanzania Communications Regulatory Authority (TCRA))[xxviii] est un organisme gouvernemental quasi-indépendant chargé de réguler le secteur de la radiodiffusion et celui des communications du pays. L’autorité est créée en vertu de la TCRA Act de 2003, la loi sur la règlementation de la communication électronique, les services postaux et la gestion des fréquences du pays et cherche à assurer des règles identiques pour l’ensemble de l’industrie. 

Malgré la garantie constitutionnelle de liberté d'expression, il arrive que le gouvernement réprime l’accès à l’information.  Le gouvernement interdit les journaux qu'il juge aller à l'encontre des principes de la nation, à savoir  The East African[xxix], un journal régional publié à Nairobi, au Kenya, et un journal local Mwanahalisi[xxx], qui publie désormais en ligne. De ce fait, l’organisme international de surveillance Freedom House déclare les médias en Tanzanie «partiellement libres».[xxxi]

Les médias restent des outils de promotion efficaces comme à la période post-indépendante. On pourrait dire que les médias tanzaniens ont joué un grand rôle dans la promotion du Bongo Flava le propulsant sur la scène internationale tout en permettant aux musiciens locaux de collaborer avec des artistes internationaux.

 


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