Les opportunités pour les musiciens au Zimbabwe

Par Innocent Tinashe Mutero

L'industrie des arts au Zimbabwe a connu une croissance soutenue au fil des ans. Dans le secteur musical en particulier, il y a maintenant un nombre élevé d'acteurs. Cette croissance est attribuée au quota de 70% de contenu local que le gouvernement a imposé à toutes les stations de radiodiffusion au Zimbabwe. En effet, selon la loi sur les services de radio et télédiffusion de 2001 (Zimbabwe Broadcasting Services Act, chapitre 12.06), les radios et télévisions zimbabwéennes ont l'obligation de diffuser 75% de contenu local. L'augmentation récente du nombre de musiciens s'explique aussi par les fermetures d’entreprise et les pertes d'emplois qui ont poussé les jeunes chômeurs à se tourner de plus en plus vers le Zim-Dancehall. Au vu de cette croissance, il y a lieu de discuter des opportunités que les institutions gouvernementales et non gouvernementales zimbabwéennes offrent pour soutenir les musiciens à différents stades de leur carrière.

Music Crossroads Zimbabwe. Photo: Facebook
Music Crossroads Zimbabwe. Photo: Facebook

Concours de talents

Starbrite est probablement l'émission de découverte de talents la plus connue au Zimbabwe. Dans le passé, ce concours a découvert des stars comme, parmi d'autres, Prudence Katomeni-Mbofana, Tendai Chidarikire, Mateo, et Potato. Le spectacle se déroule dans un format convivial, et les producteurs voyagent à travers le pays à la recherche de talents de tout âge. Le concours fait l'objet d'une forte couverture médiatique et a été bien accueilli du public.[i]

Zimbabwe Talent Hunt est un nouveau venu parmi les organisations qui présentent des opportunités aux musiciens. C'est une agence dont le but est de découvrir de nouveaux talents, et qui a une plate-forme en ligne facilement accessible où les musiciens peuvent s'inscrire et créer des profils. Les inscrits bénéficient d’une aide et des conseils d'un groupe de mentors bénévoles. Le soutien qui s’adresse aux musiciens de tous genres, va vers l’aide à l’enregistrement et au lancement de leurs albums.[ii]

Zimbabwe’s Got Talent (ou Zim Got Talent) est un concours de talents qui a été lancé en 2014. L'organisation prévoit d'organiser pour les gagnants un voyage d'échange en Chine.[iii]

Chibuku Road to Fame est un concours de talent dont le but est de donner à des groupes défavorisés la chance d'enregistrer leurs premiers albums. Le concours, organisé par le Conseil national des arts du Zimbabwe (NACZ - National Arts Council of Zimbabwe)[iv] et Delta Beverages, est ouvert aux artistes émergents qui n'ont pas encore enregistré de musique. 

Institutions

En plus des compétitions, il y a un certain nombre d'institutions où les musiciens peuvent améliorer leurs compositions, leur présence sur scène et leur style grâce à des ateliers et des cours.

Le centre d'arts Pakare Paye de Norton dirigé par Oliver Mtukudzi, contribue au développement des jeunes talents. Le centre est une plate-forme unique de partage d'expériences où des groupes, des réseaux et des amitiés se forment. Le centre apprend aux artistes en herbe à devenir autonomes. Ils y rencontrent Tuku et d'autres grands artistes de renom qui partagent avec eux leurs savoir-faire et leurs connaissances musicales. Pakare Paye est gratuit pour les apprenants. De plus, le centre offre des instruments aux apprenants assidus qui n'ont pas les moyens d'en acheter. Munya Matarutse, Donald Kanyuchi et Charles Chipanga.[v] comptent parmi les artistes formés à Pakare Paye.

L'académie de musique Music Crossroads Zimbabwe organise plusieurs activités pour les jeunes musiciens à savoir le prestigieux festival Imagine Zimbabwe dans lequel des jeunes musiciens, entre 13 et 20 ans, ont la possibilité de concourir pour gagner une tournée européenne. L'académie permet également aux artistes de participer dans des ateliers sur les compétences et la gestion musicales. Music Crossroads donne également une formation en musique sanctionnée par un diplôme, qui offre à tous les élèves une exemption des frais de 50% qui passe à 60% lorsque l'étudiant progresse dans ses études. La formation a été saluée pour son programme intensif qui permet de développer des compétences utiles dans la vie courante et pour l’adoption de différentes approches au Zimbabwe et dans d'autres pays d'Afrique australe. En outre, grâce à un accord entre Music Crossroads Academy et Midlands State University, les musiciens qui n'ont pas accès à l'enseignement universitaire, peuvent désormais s’inscrire et étudier pour obtenir un diplôme (BSc ou honours degree) en musique et musicologie. L'académie Music Crossroads Zimbabwe possède aussi un campus que les musiciens peuvent utiliser comme un centre créatif pour explorer et expérimenter des idées. L'organisation a une politique de porte ouverte et peut être contactée via plusieurs plates-formes.[vi]

Malheureusement, la plupart des centres musicaux se trouvent à Harare et ses environs. La seule exception est  l'Inkululelo Yabatsha School of  Arts (IYASA) située dans la ville de Bulawayo. L'école organise un programme appelé Isiphiwo Sami Talent Search dans lequel elle donne des formations en musique et autres genres artistiques. Ces formations sont destinées à des élèves et à des enseignants des écoles secondaires. [vii]

Le centre culturel Amakhosi est une autre institution située à Bulawayo. Fondé en 1995, le centre offre un espace de répétitions et de spectacles aux musiciens. Il est également connu pour son approche basée sur la discussion, où des artistes expérimentés et des artistes en herbe partagent librement leurs expériences. L'organisation offre également une formation dans les arts de la scène.[viii]

Il y a cinq établissements offrant des cursus dans différents domaines de la musique: Midlands State University[ix], University of Zimbabwe[x], Great Zimbabwe University[xi], Africa University[xii] à Mutare, et Zimbabwe College of Music[xiii]. Parmi toutes ces institutions, le Zimbabwe College of Music propose un programme solide qui assiste même ceux qui ne sont pas inscrits à l'institution. A titre d’exemple, ils ont, par le passé, organisé des ateliers sur les droits d'auteur et la gestion des arts. Plus récemment, ils se sont activement impliqués dans la sensibilisation des musiciens de Zim-Dancehall sur la censure et les paroles «appropriées». Les conditions d'admission dans ces institutions se trouvent sur leurs sites internet respectifs. De plus amples informations figurent dans l'article sur l'éducation musicale au Zimbabwe.

Scène musicale

Le souhait de tout musicien est d'avoir accès à un espace pour faire connaître son art. Cependant, il est difficile pour les musiciens peu connus de trouver une plate-forme car la plupart des propriétaires de salles sont réticents. Pour combler cette lacune, il y a des lieux comme le (désormais fermé) Book Café, l'Alliance française et le Zimbabwe German Society (ZGS). L'alliance française offre un espace professionnel où les artistes locaux peuvent créer et  présenter un travail de qualité. Le centre facilite les contacts entre créateurs de produits culturels. Le ZGS organise des événements réguliers, tels qu’Acoustic Night et Artists Management Forum ainsi que des événements ponctuels comme le Flame Festival.

Il existe un réseau de festivals au Zimbabwe où les musiciens peuvent partager leur art. Ces festivals organisent généralement en parallèle des ateliers sur divers sujets qui répondent aux besoins des musiciens. On peut citer par exemple Impact Conference du festival HIFA. Le Zim Festivals Network[xiv] est une association dont le but est de coordonner les différents festivals. Pour plus d'informations, voir l'article sur la musique live au Zimbabwe.

Soutien financier

Le plus grand défi pour les musiciens zimbabwéens est d’ordre financier. La plupart des musiciens ignorent les possibilités de financement qui existent, ou alors ils ne répondent pas aux exigences requises pour l’obtention d’une subvention. Le Fonds de la culture du Zimbabwe (Culture Fund of Zimbabwe Trust) offre cependant des subventions qui peuvent être complétées en langue vernaculaire. Ces subventions s’adressent à l'ensemble du secteur artistique. En 2015, le Trust a organisé le programme Culture Impacts, et a également offert des bourses de voyage. Plus tôt la même année, le College of Music avec le soutien du Fonds de la culture, a permis à un groupe de musiciennes de compléter leurs études. Chaque musicien peut consulter le site internet du Fonds de la culture du Zimbabwe pour vérifier les conditions requises pour l’obtention d’une subvention.[xv]

Dans une étude faite en 2013 à la demande de Nhimbe Trust basé à Harare, de Pamberi Trust et d'autres organisations, Melissa Eveleigh a déclaré que «Les occasions manquées, la désinformation, le manque d’information ou encore l’absence de canaux de communication freinent tout progrès» (2013: 9)[xvi].

C'est donc dans un esprit de partage et pour le développement de l'industrie de la musique au Zimbabwe et en Afrique que cet article, bien que non exhaustif, donne des détails sur les nombreuses possibilités offertes aux musiciens zimbabwéens. Les musiciens sont encouragés à visiter les bureaux provinciaux du Conseil national des arts dans leur région  pour obtenir plus d'informations, et à consulter les mises à jour sur les sites internet et les réseaux sociaux des différents organismes artistiques.

 


 

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