Les opportunités pour les musiciens en Gambie

Par Sheriff Janko

La musique est une partie intégrante de la culture d’une nation. Les musiciens à travers le monde, en dehors de la popularité seule, profitent d’autres formes de bénéfices économiques qui vont avec ; si l’artiste parvient à profiter des opportunités disponibles.  La florissante industrie musicale de la Gambie a débuté dans les années 60 et 70 avec des groupes formidables qui ont marqué le monde, comme les Super Eagles et Guelewar. Depuis, les musiciens de ce minuscule pays d’Afrique de l’Ouest continue d’attirer un large public à travers le monde grâce à leur style de musique distinctif. De la musique traditionnelle aux genres modernes, les musiciens gambiens contribuent fortement à la promotion de la culture du pays. Ce texte  offre un aperçu des opportunités disponibles pour assurer une carrière professionnelle et durable dans l’industrie musicale gambienne.

Manding Morry Academy. Photo: MMA/Facebook
Manding Morry Academy. Photo: MMA/Facebook

Le soutien gouvernemental

La scène musicale, en développement en Gambie, a connu de grandes transformations grâce à la mise en place d’une nouvelle loi sur les droits d’auteurs. La loi gambienne sur les droits d’auteurs de 2004 remplace les lois coloniales britanniques sur les droits d’auteurs de 1915 qui ne couvraient que les contenus imprimés. La loi institue aussi la création d’un corps autonome, la Société Gambienne de Collection qui collecte les royalties d’artistes dont les œuvres passent à la radio, en boite de nuit, dans les hôtels, des forums et autres. La Société Gambienne de Collection a été inaugurée en Mai 2013, donnant aux musiciens dans le pays un nouveau souffle.

Le gouvernement gambien à travers le Ministère de la Culture, a instauré  le Centre National des Arts et de la Culture (NCAC[i]), une institution semi-autonome établie par une loi de 1989 afin de promouvoir et développer la culture gambienne. Il englobe les arts dramatiques et classiques, les sites culturels, les monuments et musées. Ce centre a créé un environnement favorable à l’innovation et la créativité pour les artistes talentueux dans leur quête d’obtenir une renommée internationale. Cela a aidé à révéler des talents cachés parmi les jeunes artistes locaux. Certaines de leurs chansons ne sont pas seulement utilisées à titre de divertissement mais aussi pour éduquer le public. Plusieurs fois, le président Yahya Jammeh, a soutenu de jeunes artistes, parmi eux Singateh, Jalex, Egalitarian, Oumie Ngum, Samba Bah et la liste continue.

Studios et labels

Parmi les majeures transformations dans l’industrie musicale du pays ces dernières années, il y a l’établissement de nouveaux studios d’enregistrement qui ont boosté autant la qualité que la quantité de la production musicale. Les labels et studios tels que Yellow Gates Studio, Studio River Gambia, Shy Boy, A 9 Success, Block Entertainment et Forest Live Music Production parmi d’autres ont émergé pour contribuer au développement de la scène musicale du pays[ii].

Certains des hits musicaux locaux ont été produits dans ces nouveaux studios. Ces derniers ont aidé de nombreux artistes locaux en les signant à leurs labels et en gérant leurs carrières, de la production à la promotion. Les opportunités que ces nouveaux labels indépendants ont créées sont énormes même s’il y a encore des obstacles et entraves sur le chemin tels que des contraintes financières pour enregistrer leur musique ainsi que la piraterie parmi d’autres. Mais ce qui est important à noter est que même des artistes bien établis dans le pays sont confrontés aux mêmes problèmes.

Les spectacles live

La participation à de larges festivals de musique locaux ou ailleurs en Afrique de l’Ouest ont aussi permis de créer des opportunités et de booster la confiance et la carrière de quelques artistes. Un des plus gros festivals organisés dans le pays est le Open Mic Festival[iii]. Cet événement annuel continue de constituer la plus grande plateforme pour les artistes gambiens. Il a sans aucun doute influencé la music gambienne urbaine ces cinq dernières années, devenant un modèle pour d’autres concerts et promoteurs locaux. Un autre grand  festival est l’International Roots Festival [iv] organisé par le Ministère de la Culture et du Tourisme. Le Briks-Tone Fiesta[v] attire chaque année des africains de la diaspora, parmi eux des artistes et sert de point de rencontre (entre africains et descendants d’africains) et de forum panafricain pour méditer sur les horreurs de l’esclavage et du colonialisme. Ce festival qui a fêté son sixième anniversaire en Mars 2015, attire un bon nombre d’artistes du Royaume-Uni et de la Jamaïque entre autres.

Sponsoring d’entreprises et soutiens non-gouvernementaux

Ces dernières années, les entreprises de téléphonie comme Africell[vi], Gamcel[vii] et Comium[viii], ont soutenus de nombreux artistes locaux notamment pour leur sorties d’album. Des musiciens tels que Mario et l’équipe Gamcel Chartbuster (comprenant plus de 10 artistes dont Magnificent Joe et News of the Town) ont conclu des partenariats avec ces compagnies téléphoniques pour promouvoir leur musique. Malgré ces initiatives, de nombreux artistes locaux ont besoin de soutien et les compagnies locales pourraient faire plus pour les aider.

En dehors du gouvernement et du secteur privé, les organisations non gouvernementales (ONG) offrent aussi des opportunités pour les musiciens. L’Académie de Musique Mandingmorry (MAM)[ix] est un projet de formation musicale par la Fondation d’Arts Dramatiques Mandingmorry (MANFOPA) et soutenu par Roskilde Festival Society au Danemark. Il a déjà accompli d’importantes étapes dans la formation d’artistes en herbes gambiens  en leur apprenant  la théorie et pratique musicale de base. En Mai 2014, étudiants ont été diplômés de ce centre.

L’Alliance Française de Banjoul a au fil des années collaboré avec un nombre de musiciens à travers la promotion et l’organisation de concerts ainsi que l’organisation d’ateliers et de conférences.

Exposition internationale et collaborations

Avec le succès international des musiciens locaux, encourager la création de nouvelles plateformes ainsi que soutenir les structures artistiques actuelles qui aident au développement des artistes. Cela contribuera à la croissance et la promotion des sons gambiens dans le reste du monde.

Le reggae (ou sa version plus moderne la dancehall) demeure l’un des genres les plus populaires dans le pays avec des stars locales telles que Singateh, Egalitarian, T Smallw et d’autres ont aussi décrochés des hits internationaux au fil des années. Par example le ‘Gam-Saints Reconciliation’ (2001) et ‘Rejoice’ (2009) de Singateh ont été des hits à travers la région tout comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni ; comme les hits d’Egalitarian ‘Let’s Kick it Out’ (2009) et son album Sensible Shoes sorti aux Etats-Unis en 2014. Il y a de l’espoir pour les nouveaux artistes tels que Benjamin, T Smallz, Mighty Joe, Gee, Bai Babou et Silky Criss qui sont parvenu à se faire connaitre au-delà des frontières de la Gambie.

Des musiciens gambiens ont récemment entrepris des voyages internationaux, organisant des concerts et prenant aussi contact avec d’autres collègues dans d’autres parties du monde. On peut citer notamment Dr Olugander (Allemagne, Finlande, Estonie et Espagne) ; Singateh (Espagne, Allemagne, Suisse, Autriche et les Etats-Unis) ; T Smallz (Pays Bas, Belgique, Allemagne) ; Egalitarian (France et Etats-Unis), Yusupha Ngum  alias Jollofman (Suède), Pa Omar Jack (Royaume-Uni et Etats-Unis), Jalex (Royaume-Uni, Suède, Etats-Unis) et Jali Madi Kanuteh (Finlande) et d’autres. Alors que certains font de gros profits sur leurs ventes d’albums, notamment Singateh, Mighty Joe, Gee, Bai Babu, T Smallz , Egalitarian, Jalex et ST, le marché musical local grandit sans aucun doute et les artistes gambiens ont de grandes chances de bénéficier de ce processus de transformation.

Beaucoup d’artistes gambiens sont relativement nouveaux dans l’industrie musicale. Certains ont hérité cette carrière de leurs parents tels que les griots. Mais la musique est avant tout une affaire de créativité. Grâce a beaucoup de travail  et une bonne orientation tour artiste avec du potentiel peut réussir. La musique est un don artistique et les musiciens ont le pouvoir d’inspirer spirituellement et de susciter des innovations sociales. La première chose qu’un artiste musicien en herbe doit faire est de s’entourer de  professionnels tels qu’un producteur, un manager, technicien, metteur en scène et un coach qui l’aidera à cultiver les bonnes attitudes indispensables au succès. Même si beaucoup de jeunes artistes gambiens manquent encore des compétences nécessaires, des efforts sont mis en place afin d’assurer qu’ils sont soutenus dans leurs entreprises créatives telles que celles mentionnés ci-dessus. Alors que les acteurs de l’industrie musicale intensifient leurs efforts pour rendre la scène musicale gambienne plus innovante et vibrante, on attend des artistes locaux de devenir compétitifs mondialement.

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