Togo : un fonds pour soutenir la musique et la culture

En vue de soutenir le développement par la musique et la culture le gouvernement togolais a lancé il y a 3 ans un projet dénommé Fonds d’aide à la culture (FAC). Pour un montant de 800 millions de FCFA ce fonds a déjà financé plus de 354 projets de sorties d’albums et des projets culturels pour le bien des promoteurs togolais. Un coup de pouce aux artistes, réalisateurs, auteurs, peintres, sculpteurs ou musiciens.

(Photo) : Toto Tchilatchi
(Photo) : Toto Tchilatchi

Qu’est-ce que le Fonds d’aide à la culture ?

L’idée n’est pas si récente que ça. « C’est en 1990 que le fonds a été crée par le gouvernement togolais par la loi n° 90-24 du 23 novembre 1990. Mais les crises sociopolitiques que nous avons traversées n’ont pas permis qu’il se concrétise », confie Nicolas Gbadoé, un promoteur culturel à Lomé. Il a fallu attendre 23 ans après, en février 2013, pour réaliser ce rêve des artistes et acteurs culturels togolais. 4 ans plus tôt, le gouvernement l’adoptait en conseil des ministres.

En effet, pour démarrer ce projet, 262 millions FCFA ont été débloqués par les autorités togolaises dans le but de mettre en place le fonds en 2013. Ce montant prenait en compte les frais de gestion ou d’entretien des projets des artistes togolais.

Pour être sélectionné, le gouvernement a considéré un certain nombre de critères pour constituer une sélection des projets à financer. « Il s’agit des critères relatifs à la qualité artistique et scientifique du projet, à la pérennité de l’action, à l’effet structurant, aux valeurs nationales culturelles promues, à l’originalité, aux stratégies de promotion et de distribution contenues dans le projet » a rappelé Kossi Tinaka, alors directeur par intérim du Fonds.

Ainsi en 2013, 103 projets ont été financés sur 315 dossiers soumis. Selon le quotidien national Togo-Presse N°9194 du 17 décembre 2013, il s’agit d’un financement total de 249.232.000 FCFA répartis selon les rubriques diverses : cinéma audiovisuel (17), littérature (21), arts plastiques (16) et arts de la scène (32).

Decrescendo, les arts de la scène reçoivent plus de 76 millions Cfa, le cinéma et l’audiovisuel prennent 48 millions, 47,5 millions sont allés aux arts plastiques, 39,5 millions au patrimoine culturel, et 37,287 millions CFA attribués à la littérature.

Depuis donc 2013 le Fonds d’aide à la culture a existé avec la subvention de l’Etat. Une subvention évolutive. 262 millions en 2013, 300 millions en 2014, ainsi de suite et encore 300 millions en 2016. Déjà un bon bilan de 354 projets financés à hauteur de 800 millions environ.

Cependant, il faut remarquer que le FAC n’a accordé qu’un financement partiel, la moitié, le tiers ou le quart de la demande, alors que certains promoteurs ou artistes attendaient un financement de 100% du budget.

Mais déjà un pas, selon le prof Kodjona Kandaga qui trouve que ce qui fait est « proprement hallucinant ». Le ministre de la culture comprend l’attente de 100% des promoteurs. Pour Guy Madjé Lorenzo, cette enveloppe est encore trop modeste et selon lui, l’État n’a pas les moyens pour financer à lui seul tout le secteur.

« D’autres pistes dont le mécénat et le partenariat privé, comme cela se fait dans de nombreux pays, sont en étude. Nous envisageons d'explorer d’autres sources de financement pour renforcer le FAC. Et nous devons répondre aux demandes croissantes du monde de la culture. Officiellement, le Togo compte près de 6.000 artistes. Tous ne pourront pas évidemment bénéficier d’une dotation publique », a expliqué Guy Lorenzo.

Les impacts sur le développement culturel

« Ce fonds est un atout considérable pour les artistes en particulier et le monde culturel en général, qui ont le devoir d’accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de la politique culturelle au Togo. La question la plus importante serait maintenant de savoir si les fonds alloués chaque année atteignent leurs objectifs. Quel est réellement l’impact de ce projet dans le développement de la culture au Togo ? », a confié Doudoustiker, promoteur culturel au Togo.

Dans le domaine des arts de la scène on a assisté à une sortie de plusieurs artistes qui ont signé de nouveaux albums et des clips vidéo.

« Nous aurions aimé que tout le monde puisse en bénéficier par des installations d’intérêt commun. Par exemple, construire une salle de spectacle où tout le monde peut aller se produire.Le fond est malheureusement trop petit pour construire une salle de spectacle comme on l’aurait souhaité. Mais d’autres stratégies ont été initiées pour des bénéfices collectifs. Et pour que ce fond ne disparaisse point, les autorités culturelles ont décidé de tout faire pour que chacun apporte un projet viable qui puisse être financé », a expliqué Basile Adewoussi, le président du Syndicat des artistes interprètes auteurs et compositeurs du Togo (SARIAC-Togo).

Ce fonds a permis aussi au théâtre togolais de revoir le jour. Certains clubs ont pu même participer à des festivals internationaux ou des rencontres internationales comme le club Unesco de l’Université de Lomé ou les Griots Noirs du Togo.

Dans le domaine de la musique, les associations des artistes, des ateliers de renforcement de capacités ont été organisés et des festivals se sont vus crédités. « Ce fonds est un grand atout pour nous artistes togolais. L’année passée, j’ai pu en bénéficier grâce à un projet que j’ai soumis. C’est une très bonne initiative que le gouvernement a prise. Ce qui manque, à mon avis, c’est la gestion de ce fonds et la manière d’octroyer l’aide aux artistes et promoteurs culturels », a confié Charl’Ozzo, un artiste togolais.

Par ailleurs, on constatera aussi que depuis la naissance de ce fonds, le cinéma togolais a refait surface. C’est dans ce contexte que Steven Af, l’un des géants de la cinématographie togolaise a pu finir son projet de série « Shérifa ».

La littérature togolaise a aussi bénéficié du fonds pour des éditions et publications de livres ; même son de cloche pour le patrimoine culturel dont le gouvernement a renforcé la sauvegarde. Tous les changements ont eu des conséquences nombreuses sur la culture togolaise.

Kang The Dreamer, producteur, arrangeur et artiste Togolais, a pu suivre plusieurs artistes bénéficiaires de ce fonds grâce à son studio qu’il a mis en place pour la production de ces derniers. Selon lui, les retombées de ce fonds sont incommensurables.

Par le passé les artistes devaient faire la courbette aux producteurs avant de sortir leur album ou leur single. « J’entends dire que la culture est le 5ème moyen de richesse du pays. Ce fonds a permis à certains artistes qui peinaient à sortir leur album de le faire un peu plus aisément. Je pense que le gouvernement togolais doit continuer à soutenir les artistes togolais pour que la culture puisse occuper une place de choix au Togo », déclare-t-il.

Pour les autorités togolaises, « il ne saurait avoir un développement harmonieux et durable sans la culture. Les enjeux de la culture sont aujourd’hui très nombreux et demeurent au centre des préoccupations de l’humanité », confie Kossi Tinaka, le secrétaire général du ministère de la culture, directeur par intérim du fond.

En tout état de cause, le Fonds d’aide contribue bien aujourd’hui à une relève de la musique et par ricochet de la culture au Togo.


Les liens :
http://www.republicoftogo.com/Toutes-les-rubriques/Culture/Nouvelles-pistes-de-financement
http://www.legitogo.gouv.tg/annee_txt/1990/Pages%20from%20jo_1990-023ter.pdf http://togopresse.tg/detail/togo-presse-n9841-du-1er-aout-2016/ http://www.alome.com/qui/profil.asp?id=73 https://www.youtube.com/watch?v=NdKIPF03gEE
https://www.youtube.com/watch?v=LkIRTrCjsIM
https://www.facebook.com/steven.af.togo

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