Vivre de sa musique au Swaziland

Au royaume du Swaziland, le gospel mène sans aucun doute en termes de popularité. Les musiciens du gospel se sont fait beaucoup d'argent, et certains comme les Ncandweni Christ Amassadors ou encore Shongwe & Khuphuka Saved Group, sont même populaires au-delà des frontières du pays. Bien que le gospel soit le genre le plus populaire, d'autres genres, tels l'Afro-pop, la soul, le jazz et le hip-hop ont connu une croissance grâce au succès d'artistes tels queTlale MakheneBholoja, Mbongiseni Ngubane et le duo de rappeurs Siyinqaba, entre autres.

Swaziland Music Awards en 2014. Photo: Facebook
Swaziland Music Awards en 2014. Photo: Facebook

Concerts

Les premières sources de revenus des musiciens sont les concerts. MTN Bushfire est l'un des plus grands festivals de musique du pays et attire un public de 15 000 à 25 000 personnes en un week-end. Artistes locaux et internationaux se retrouvent alors sur une même scène. Pour y accéder, les artistes locaux sont invités à prendre part au concours Sibebe Friday Night Live, parrainé par Sibebe Premium Lager. Les intéressés doivent d’abord participer aux concerts organisés par la House On Fire et Sibebe Premium Lager, qui se tiennent tous les fins de mois. House on Fire organise ensuite une Battle of the Bands où le gagnant reçoit une somme d’argent et la possibilité de se produire sur scène au festival Bushfire. Le plus récent vainqueur est Nomsa M, une chanteuse afro-soul qui s’est produite sur la scène du festival en 2015.  

Chaque année, le Swaziland International Trade Fair (SITF) [i] permet aux petites et grandes entreprises de promouvoir leur travail et commercialiser leurs produits et services. L'événement réunit  également  des musiciens swazis. Le Swaziland Arts and Music Association (SWAMA) [ii] présente une liste de tous les artistes inscrits au Swaziland Investment Promotion Agency (SIPA), qui accueille et organise l'événement. SIPA choisit à partir de cette liste les artistes les plus performants et les engage pour animer le festival.

Ces deux évènements sont les plateformes les plus populaires et lucratives. De nombreux musiciens visent à décrocher des engagements corporatifs qui sont bien rémunérés.

L'enseignement de la musique et les ateliers

Le Swaziland est un pays en développement. L’Université Limkokwing de technologie créative, basée en Malaisie, a récemment ouvert un campus au Swaziland [iii] . Le seul établissement d'enseignement supérieur africain qui propose une formation en études multimédia et production musicale, incitant les musiciens swazis à développer leurs compétences techniques. Avec une bonne éducation musicale, ils sont alors en mesure de lancer leurs propres studios d’enregistrement ou labels. Depuis l'ouverture de l'université, on note une nette amélioration au niveau de la qualité de la musique et des clips vidéo - par exemple, Phesheya diplômé de l’Université Limkokwing co-administre les studios Man-Pee et ShalomProductions.

Ceux qui sont intéressés par l'apprentissage des instruments de musique et autres arts du spectacle peuvent s’enregistrer au Yandza, une école de musique ou fondation lancée par le populaire musicien Afro-soul Bholoja (Mbongiseni Ngubane) en 2009. Le jeune musicien Afro-soul/pop Sandziso Matsebula, issu de cette école, suit des cours de guitare au Yandza avant de lancer sa carrière de musicien professionnel.

Les organisateurs du festival Bushfire organisent également des ateliers appelés la Table ronde des Arts. En 2015, cet atelier dirigé par Brian Banda, professeur d'études culturelles et patrimoniales, s’est tenu au Malkerns Country Club.

En 2015, Essential Music Workshop, sponsorisé par  le Swaziland National Council of Arts and Culture (SNCAC) [iv], Destiny Music et MTN Swaziland, a également accueilli des musiciens swazis. L'atelier animé par le pasteur Jabu Hlongwane l'un des fondateurs de Joyous Celebration, a eu lieu au siège de MTN Swaziland. L’atelier portait notamment sur la composition, l'arrangement, l’ingénierie du son, l’art du spectacle, le showbiz et la gestion des artistes.

Concours de nouveaux talents

En 2008, le Swaziland National Youth Council (SNYC), en collaboration avec la SNCAC, a organisé et animé un concours de talents au niveau national. L’Ingcayizivele Arts and Culture Festival fut un succès. En 2015, la Swaziland Arts and Music Association (SWAMA) et la SNCAC décident de raviver l’initiative et lancent le concours Tinkhundla 55 (T55). 

Le Swaziland est composé de 55 tinkhundlas, ‘des structures intermédiaires entre le gouvernement et les chefferies’. Elles sont dispersées à travers les districts : 14 dans le district Hhohho, 11 au Lubombo,  16 dans le  district de Manzini et 14 dans le  district de Shiselweni. Le concours s’adresse aux 55 tinkhundlas. Les juges identifient les talents dans les domaines de la danse et d'autres formes d'expression artistique. 50 participants sont présélectionnés par les juges. Le vote du public détermine le Top 20. Le concours est retransmis en directsur TV Swazi. La grande finale a eu lieu au Mavuso Trade Centre, où les cinq finalistes se sont affrontés pour une toute nouvelle voiture et une somme d’argent (environ 3300 dollars américains). Les cinq finalistes ont également remporté un contrat d’enregistrement avec le label sud-africain SPM Production détenu par Sipho Mkhwanazi.

Radio et TV

Le Swaziland a une station de radio et deux chaînes de télévision nationales. La Swaziland Broadcasting Information and Services (SBIS)  proposela SBIS1 (diffusée en siswati) et la SBIS2 (diffusée en anglais). Pour ce qui est de la télévision, la Swazi TV[v] est la plus populaire, tandis que Channel Swazi (ou Channel S) est une petite station indépendante.

La SBIS2 diffuse 70 % de musique swazie et propose l'hebdomadaire MTN SBIS Top 20 Chart Show et l’émission Swazi Rhythm, animée par DJ Lindz Lindelwa, entièrement dédiée à la musique swazie. 

Quelques musiciens passent à télé pour promouvoir leur musique ou donner des interviews. Par exemple, l’émission The Beat Downanimée par Mangaliso Elfoe Matsebula,  reçoit des artistes [vi].

La couverture radio et TV permet aux musiciens de promouvoir et de commercialiser leur musique.

Droits d’auteur

Au Swaziland il n'existe aucune loi sur les droits d’auteur. Le Swaziland National Council of Arts and Culture (SNCAC) Bill de 2000 n’est qu’un projet de loi et ne s’adresse pas à la collecte des redevances. Les artistes ne reçoivent aucune compensation pour un passage à la radio ou à la télé.

Alors que les possibilités restent relativement limitées pour les musiciens au Swaziland, il est important de reconnaître que le pays est en phase de développement et jette les bases d'une solide industrie de la musique. En 2015, le SNCAC a ravivé le National Arts and Culture Awards et la Music Association (SWAMA) a éluLutfo Dlamini, un homme politique influent et ancien ministre, comme directeur de l’association. Dlamini a déjà proposé de nouveaux ateliers, un festival de musique annuel, le concours T55 tout en soutenant le projet de loi sur les droits d’auteur - de bon augure pour l'avenir de l’industrie musicale Swazi qui permettra aux musiciens de vivre de leur art.


[i] http://sitf.co.sz  

[ii] www.facebook.com/SwaziArtsMusic

[iii] www.limkokwing.net/swaziland

[iv] www.facebook.com/sncac

[v] www.swazitv.co.sz  

[vi] www.facebook.com/thebeatdowntv/

http://www.refworld.org/docid/520e23204.html

Comments

comments powered by Disqus