
Les femmes redéfinissent l’industrie musicale africaine
Pendant des années, les musiciens, producteurs et dirigeants masculins ont exercé une mainmise sur l’industrie musicale en Afrique, rendant l’accès à la reconnaissance et aux opportunités deux fois plus difficile pour les femmes. Mais ces dernières années, une transformation profonde est en cours.
- Mantwa Chinoamadi
De Sampa the Great et Oumou Sangaré à Tiwa Savage et Sho Madjozi, les femmes gagnent du terrain et réécrivent les fondements de la musique africaine. Aux côtés de dirigeantes influentes, ces pionnières prouvent que le genre ne devrait jamais être un obstacle à la réussite. Leur présence ne fait pas que croître : elle transforme l’industrie en profondeur.
Malgré leur contribution indéniable, les femmes de l’industrie musicale africaine continuent de faire face à d’importants défis. Les études montrent que les artistes féminines gagnent significativement moins que leurs homologues masculins, avec des écarts de rémunération persistants dans les différents secteurs de la musique.
Sur les programmations de festivals, les femmes restent sous-représentées et figurent rarement parmi les têtes d’affiche. L’accès au financement et aux réseaux de distribution musicale demeure également un obstacle majeur. Un rapport de l’UNESCO publié en 2022 a révélé que seulement 3 % des producteurs de musique dans le monde sont des femmes, mettant en lumière les inégalités structurelles de l’industrie, y compris en Afrique.
Face à ces défis, les artistes africaines s’appuient sur les plateformes numériques, les initiatives communautaires et les groupes de plaidoyer pour s’imposer. L’essor du streaming via Boomplay, Audiomack et Spotify leur permet d’atteindre directement leur public, contournant ainsi les circuits traditionnels. Les réseaux sociaux sont également devenus des outils puissants, leur offrant une visibilité accrue, un lien direct avec leurs fans et des opportunités de sponsoring.
Mais pour véritablement briser ces barrières, le talent ne suffit pas : un changement structurel est indispensable. C’est là qu’interviennent des organisations comme Arts Connect Africa (ACA). Ce réseau de professionnels de la musique africaine s’engage à rendre l’industrie plus inclusive en mentorant les artistes féminines émergentes, en plaidant pour une représentation équitable dans les festivals et les maisons de disques, et en créant des opportunités au-delà de la scène. L’objectif est d’assurer aux femmes un accès aux postes de direction dans la production musicale, l’ingénierie du son et la gestion de l’industrie.
L’avenir de la musique africaine doit reposer sur l’équité. Les femmes doivent bénéficier des mêmes ressources, des mêmes postes décisionnels et des mêmes plateformes internationales pour faire entendre leur voix. L’industrie ne peut se permettre d’ignorer la richesse du talent féminin qui façonne l’évolution culturelle du continent. Des études démontrent que les secteurs diversifiés sont plus innovants et économiquement performants. Promouvoir l’égalité des genres n’est donc pas seulement un impératif moral, c’est aussi un levier de croissance.
Si l’industrie musicale africaine veut aller au-delà du succès et atteindre l’excellence, elle devra miser sur la puissance créative des femmes, qui réinventent son paysage et brisent les préjugés qui ont longtemps freiné leur ascension sur la scène internationale.
Alors que le monde observe, l’Afrique a l’opportunité de poser un nouveau standard global : un modèle où les voix féminines ne sont pas seulement entendues, mais célébrées au plus haut niveau. Le moment du changement est arrivé, et l’industrie musicale doit être à la hauteur de cet enjeu.
Mantwa Chinoamadi est PDG de Tmusicman, producteur du Standard Bank Joy of Jazz et membre d’Arts Connect Africa (ACA).
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