Par Guillaume Peroux
Depuis le début des années 90, le secteur a bien évolué partout sur la planète. Nous sommes passés d’une poignée d’aficionados se réunissant pour célébrer la danse, à un marché en plein essor. Si la Réunion est connu pour sa diversité ethnique, sa nature luxuriante, ses plages et son volcan très actif. Elle l’est aussi et de plus en plus pour ses musiques, avec comme fer de lance le Maloya, inscrit depuis 2009 au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Et encore illustré récemment par la victoire du jeune Soan dans l’émission The Voice Kids (France).
Les divers courants de la House à la Techno, en passant par les chemins plus expérimentaux ne sont pas en reste, avec de nombreux producteurs du cru ou ayant jetés leurs valises ici, pour y trouver une nouvelle vague d’inspirations.
On notera la compilation « Digital Kabar » ayant vu le jour cette année, initiée par le label parisien « Infiné » et le festival local « Les Electropicales ». Elle regroupe 18 morceaux d’artistes plus ou moins confirmés, mais ayant tous été inspirés par la transe ancestrale de l’ile.
Zoom sur quelques artistes producteur du genre
On ne peut être exhaustif sur le sujet tant il y aurait de noms à citer dans ce secteur. Voilà donc une sélection de quelques talents représentatifs du paysage artistique électro de La Réunion.
Jako Maron
Le producteur réunionnais Jako Maron, est l’un des pionniers du genre sur l’ile. Véritable explorateur de sons, toujours à la recherche d’un équilibre entre ses traditions et d’une certaine modernité, le tout dans un assemblage expérimental lui étant propre. Auteur entre autre, de l’excellent disque « Les expériences electro Maloya de Jako Maron » sorti l’année dernière sur le label Nyege Nyege Tapes.
Labelle
Labelle,est sans doute le symbole de la richesse du métissage local, mêlant instrumentaux et morceaux chantés avec un certain brio. Sur son dernier opus, "Univers-île", signé sur le label « Infiné », situé comme le précédent au confluent de nombreux courants, le jeune musicien réunionnais rend encore plus concrète son exploration sonore.
Loya
Loya, album d’électro maloya sorti le 16 Septembre sur le label « Indian Ocean ». Parmi les titres de cet opus « Malbar Dance », concocté par Sébastien Lejeune du collectif Mawimbi. L’artiste réunionnais rend hommage à ses racines tamoules en s’inspirant de la scénographie liée à la déesse Kali.
J-Zeus
Natif du Sud de la Réunion, DJ et producteur prolifique, J-Zeus a su se faire une solide réputation artistique dans sa région. Se définissant lui-même comme instigateur du Sega Punk, un style combinant haute énergie et rythmique ternaire du Sega et du Maloya. Il a su briser les codes en mettant en relation House Music, Techno et musiques traditionnelles.
Kwalud
Il est Difficile de lui coller une étiquette. Producteur d’une électro plutôt dark-techno, il compose des bandes son ciselées pour des pièces de théâtre, ou autres projets illuminés. On le retrouve aussi au sein du duo Sauvage Sound System, orienté sur les musiques des ghettos africains. Avec un nouveau projet à paraître, « Pangar », un dialogue tendu entre binaire et ternaire, une exploration électronique aux confins du Maloya et des rythmiques créoles. Les cadences interfèrent, mutent et déboussolent.
Lo Griyo
Lo Griyo est un quartet de multi instrumentistes, composé de Sami Pageaux-Waro, Luc Joly, Cyril Fever et Brice Nauroy. Il a cette précieuse capacitée à vous emmener sur sa terre, faite d’influences de maloya, d’électro, de jazz ou encore de gnawa, qui vous plongent littéralement dans un univers pluriel et envoutant.
Do Moon
Le groupe Do Moon composé de CSZYZ & Flow Di, deux acharnés du groove aux traits métissés. Les deux mounes mixent, et composent avec justesse les influences Electro de Detroit, le groove de la Ghetto House sud-africaine et les sonorités de l'Océan Indien. Ils proposent depuis 2013 une House atypique, résolument ethnique, et faite pour le live. L’un des derniers arrivés sur la scène locale, Stereo Visions (Julien, Adrien & Ago), joue sur le thème du « Live Act techno band », misant donc sur la proximité avec le public. Pour faire simple, trois amis et une multtitude de synthés et autres machines analogiques, avec un objectif bien ficelé… faire danser.
Un œil sur la scène locale
Ils n’ont pas étaient si nombreux les lieux que l’on puisse qualifier de « Temple Electro », mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont marqué le paysage et largement contribué au développement de la scène. Pour n’en citer que quelques-uns et dans un ordre chronologique, le premier fût sans doute « Le Bug » à Saint Pierre, suivi de près par le mythique « Les Potirons » ouvert en plein chef-lieu, et bien sûr le dernier en date et peut-être le plus sulfureux « La Souris Mécanik » à Trois Bassins, qui a fermé ses portes en décembre 2018.
Aujourd’hui, le public à le choix pour ses sorties du week-end de commencer dans un bar comme « Le Choka Bleu » ou une rondavelle sur la plage, pour ensuite partir en « Free Party » dans la nature. Quelques producteurs de soirées arrivent à faire ouvrir les portes du milieu de la nuit, qui reste encore très timide sur le sujet.
Du côté des Festivals nous ne sommes pas en reste, avec le pionnier du genre « Les Electropicales » qui fêtera ses 12 ans au cours de l’édition 2020.
Le petit nouveau « Réunion Sonore » vient de sonner sa 3e édition le 31 octobre dernier, avec un invité de marque « Paul Ritch », entouré de la fine fleur des Dj’s de la scène locale.
Le pilier de nos festivals sur l’ile, « Sakifo », ouvre de plus en plus ses scènes à ce courant, faisant même cette année appel au public (via les réseaux sociaux) pour sélectionner la prochaine tête d’affiche qui prendra la place de Vitalic, présent sur la dernière édition.
Conclusion sur ce secteur en plein expansion
Ce marché se structure chaque année un peu plus, il semble que le bouillonnement de ce courant musical ne fasse que commencer. La Réunion a toujours était une terre fertile pour la création musicale. Il est logique d’y voir pousser de nombreux talents, et bien sûr l’Electro n’en est pas absente. Le métissage de nos cultures s’y retrouve aussi bien dans les sonorités employées que dans l’utilisation des rythmes ternaires. La M.A.O. (Musique assistée par Ordinateur) se démocratisant à grande vitesse, nous pouvons nous attendre à de belles années de production musicale devant nous.
Ressources et citations :
[1] Festival Electropicales - https://www.electropicales.com/
[2] Réunion Sonore Festival - https://www.facebook.com/deddy.casse/
[3]Sakifo Festival - https://www.sakifo.com/festival/
[4] Jako Maron - https://www.facebook.com/jako.maron.music/
[5] Do Moon - https://www.facebook.com/domoonfrance
[6] Labelle - http://www.labelle.re/
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Édité par Walter Badibanga
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